Rice avait donné son feu vert à la torture

La CIA a demandé dès mai 2002 à pouvoir utiliser des méthodes «musclées» d'interrogatoire de suspects de terrorisme et Condoleezza Rice, qui était alors conseillère à la sécurité nationale de George W. Bush, a donné très tôt son feu vert au recours à la simulation de noyade, révèle un rapport explosif du Sénat américain.

L'agence a reçu l'autorisation d'utiliser cette technique largement considérée comme de la torture lorsque, le 26 juillet 2002, le ministre de la Justice de l'époque, John Ashcroft, a conclu que «l'utilisation de la simulation de noyade [était] légale», selon le rapport d'enquête, publié avant-hier, de la commission du Renseignement du Sénat dans le but de faire la lumière sur les dérives consécutives aux attentats du 11 septembre 2001¹ et les abus commis à Abu Ghraïb, à Guantánamo et dans d'autres prisons secrètes.

Neuf jours avant le 26 juillet 2002, selon des documents de la CIA cités par le document, Mme Rice avait rencontré George Tenet, directeur de l'agence de renseignements à l'époque, et avait donné son accord «pour que la CIA puisse procéder à l'interrogatoire prévu d'Abou Zoubaydah», détenu par les Américains et soupçonné d'être un haut responsable d'al-Qaïda au Pakistan.

Mme Rice aurait donc été la première haute responsable de l'administration Bush à donner son feu vert à une technique d'interrogatoire que le ministre actuel de la Justice, Eric Holder, a qualifiée de «torture».

Le rapport sénatorial est à ce jour la chronologie la plus exhaustive établie à partir de documents déclassifiés sur le soutien de l'administration Bush à des méthodes d'interrogatoire hautement controversées dans le cadre de sa «guerre contre le terrorisme». Sa publication vient alimenter la polémique qui fait rage entre démocrates et républicains depuis que l'administration Obama a rendu publiques, la semaine dernière, des notes internes secrètes par lesquelles les conseillers juridiques de l'ancien gouvernement fournissaient, avec beaucoup de détails, des justifications à la CIA pour l'emploi de méthodes abusives comme le waterboarding.

Citant un mémo du département de la Justice datant de 2005, The New York Times révélait lundi que les interrogateurs de la CIA ont eu recours à cette pratique à 183 reprises sur Khalid Sheik Mohamed, le cerveau des attentats du 11 septembre 2001, et à plus de 80 reprises sur Abou Zoubaydah. Cette méthode de torture consistant à déverser de l'eau sur les voies respiratoires d'un individu immobilisé la tête en bas sous une serviette imbibée, afin de provoquer une sensation de suffocation.

Querelle partisane

Le rapport du Sénat établit que Mme Rice, nommée secrétaire d'État lors du deuxième mandat de George W. Bush, faisait partie d'au moins cinq ou six hauts responsables de l'administration, dont le vice-président Dick Cheney, qui se sont réunis en 2002 ou 2003 pour débattre des pratiques d'interrogatoire utilisées sur Abou Zoubaydah et d'autres suspects, qu'ils ont approuvées. Après une réunion en juillet 2003 au cours de laquelle George Tenet a tenu informé notamment Condoleezza Rice, Dick Cheney, John Ashcroft et Alberto Gonzales (alors conseiller à la Maison-Blanche) de l'utilisation de la simulation de noyade, entre autres, ces derniers «ont réaffirmé que le programme de la CIA était légal et qu'il reflétait la politique de l'administration», indique le rapport.

M. Obama a interdit le recours à de telles méthodes deux jours après son investiture, en janvier. Mais tout en rendant publiques les notes internes de l'ex-administration, il a dit et répété ces derniers jours qu'il serait «inapproprié» d'engager des poursuites contre les agents de la CIA qui auraient conduit les interrogatoires, mais n'auraient fait que s'en tenir à l'avis des juristes de l'administration Bush sur ce qui était légal et ce qui ne l'était pas, estimant qu'il revenait au secrétaire à la Justice de déterminer si des collaborateurs de M. Bush méritaient de faire l'objet de poursuites criminelles. Le ministre Holder a prévenu que le droit serait appliqué, quelles que soient les personnalités visées, précisant cependant qu'il n'était pas question de poursuivre les agents de la CIA qui ont agi «de bonne foi».

La polémique place le président dans une position délicate. La Maison-Blanche a rejeté mercredi l'idée d'une commission d'enquête indépendante sur les abus autorisés pendant l'ère Bush, tout comme le chef de la majorité démocrate du Sénat, Harry Reid. «Je pense qu'il serait tout à fait contre-indiqué de commencer à avoir des commissions, comités et tribunaux, avant de connaître les faits», a-t-il dit, jugeant que le mieux était de laisser la commission des Renseignements du Sénat continuer à faire son travail. La Maison-Blanche dit avoir décidé de publier les mémos internes parce qu'elle risquait d'être forcée de le faire de toute façon par l'action en justice d'une grande organisation de défense des libertés, l'ACLU (American Civil Liberties Union).

D'autres démocrates rêvent d'exposer les errements républicains. La présidente de la Chambre des représentants, Nancy Pelosi, voudrait qu'une «commission-vérité» lève «tous les doutes sur les valeurs qui dictent la façon dont nous protégeons le peuple américain».

Les républicains ont accusé le président américain de s'être laissé aller à un geste politique et l'ont prévenu contre les risques de lancer une chasse aux sorcières qui pourrait égratigner certains démocrates. Pour l'ancien chef du service de presse de George Bush, Ari Fleischer, même Obama devrait redouter une enquête, car le «scandale créerait des divisions extraordinaires et dévasterait Washington pour plusieurs années».

Montant aux barricades, M. Cheney a dit que ce qui le «dérangeait», c'était que l'administration Obama ait omis d'inclure dans les notes internes publiées la semaine dernière celles démontrant que le recours aux méthodes «alternatives» avait permis d'obtenir des informations importantes sur al-Qaïda.

Ce que le New York Times n'a pas manqué de railler: «Quand il était vice-président, Dick Cheney n'a jamais voulu reconnaître le droit du public de savoir ce qui se passait. Mais, tout à coup, il est l'apôtre de la divulgation totale», écrivait hier le quotidien en éditorial.

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Avec l'Agence France-Presse, Reuters, The New York Times et BBC
7 commentaires
  • Serge Charbonneau - Inscrit 24 avril 2009 02 h 21

    La Palice, un quart d'heure avant sa mort, il était encore en vie!

    Sommes-nous en train de prendre conscience d'une vérité de La Palice?

    Est-ce une révélation?
    Notre regard angélique est-il devenu troublé?

    «La CIA a demandé dès mai 2002 à pouvoir utiliser des méthodes «musclées» d'interrogatoire de suspects de terrorisme et Condoleezza Rice»

    On va nous dire que ça donnait des résultats!!
    La torture donne des résultats, donc torturons. C'est permis et même, il le faut!
    Vive la torture!

    Après 183 tentatives de noyade et probablement quelques autres méthodes efficacement musclées et scientifiques qui ne laissent pas de trace (le bon vieux bottin téléphonique peut-être?) Khalid cheikh Mohamed a revendiqué la responsabilité des attaques du 11 septembre, ainsi que 27 autres attentats ou projets d'attentat.

    En voulez-vous des aveux, en v'là!
    Soyez assuré que moi aussi j'aurais avoué être l'auteur des attentats et de tout ce que vous voulez pour que cesse cette torture. Vous savez, tout ce que l'on peut dire pour avoir encore quelques souffles de vie. On a beau aimer allah, je crois que personne n'est vraiment pressé de le rencontrer ou plutôt lorsqu'on devient conscient qu'on va vous maintenir en vie pour vous faire souffrir éternellement, on devient prêt à tous les aveux.

    Je me souviens de cette liste d'aveux de cheikh Mohamed. Lorsque j'ai entendu ça, j'ai pouffé de rire!
    http://tf1.lci.fr/infos/monde/ameriques/0,,3410709,00-suis-responsable-septembre-.html


    Les droits humains!!!
    La convention de Genève!!!

    Nos shérifs du monde s'en sont foutus plus que complètement.
    Nous assistions bouche bée et l'esprit au neutre devant ces actes criminels.
    Tueries et massacres, tortures et emprisonnement arbitraire.
    Même des enfants. 15 ans.
    15 ans!! Avez-vous déjà eu 15 ans?
    Avez-vous déjà eu un fils de 15 ans?

    La société interdit de fumer à cet âge, elle interdit de voter à cet âge, de conduire et même d'avoir des relations sexuelles.
    Mais on permet l'emprisonnement et la torture.
    Notre bon régime Harper veut garder le jeune (maintenant vieux, sept ans dans une cage!) Khadr dans sa cage.
    Quel est donc ce gouvernement?
    Est-ce notre gouvernement?
    Nous avons élu ces dirigeants si peu respectueux du droit humain?


    «John Ashcroft, a conclu que «l'utilisation de la simulation de noyade [était] légale»»
    Donc pas de problème la torture est LÉGALE.

    C'est comme le gouvernement démocratique et respectueux des droits économiques d'Afghanistan. On peut violer SA femme, c'est LÉGAL!

    Aimez-vous notre monde?
    Un monde de justice, de fraternité, et de droits humains? (J'allais oublier «la démocratie!)
    L'administration Bush a menti 935 fois en quelques mois sur un seul thème.
    Imaginez si on avait inclus tous les thèmes et les huit ans de cette administration.
    Des milliers de fois, on a menti.
    La haine, la torture, l'avidité, la cupidité, la corruption, le mensonge.

    On devrait passer une loi pour rendre le mensonge légal. Nos élus auraient le droit de mentir légalement, disons pour la sécurité du pays, ou même la sécurité de la planète.
    Droit de mentir, droit de torture, droit d'assassiner, et pourquoi pas droit de violer les femmes des méchants.
    Vive l'État de droit!
    On pourrait dire: «ce sont les valeurs qui dictent la façon dont nous protégeons le peuple américain».

    Obama s'assoit volontairement (ou innocemment?) sur un baril de poudre et il ne cesse de jouer avec le feu. Obama joue avec sa corde. Obama risque d'avoir un fâcheux «accident» avant la fin de son premier mandat.
    Sa seule porte de salut est l'appui massif de la population.
    Son pire ennemi, les médias.

    Avec son comportement non-conforme au comportement "normal", c'est-à-dire au service de l'oligarchie planétaire, Obama se place devant la même situation que les dirigeants progressistes d'Amérique latine sont.
    C'est-à-dire supporté par la population et dénigrés par les médias privés qui font des campagnes de salissage intensives.

    Obama a dit «qu'il serait «inapproprié» d'engager des poursuites contre les agents de la CIA»

    Vous comprendrez qu'il ne peut vraiment pas dire autrement.
    Imaginez, juste de faire sortir la vérité, c'est déjà une bombe.
    De parler de condamnation ce serait «littéralement» du suicide.

    Nous devrions assister à un renforcement de l'acharnement médiatique pour dénigrer Obama. Il faut absolument lui faire perdre ses appuis populaires.
    Il faut lui mettre la population à dos et hop! le tour sera joué.
    Un petit scandale de cul ou d'argent et hop!
    Tiens avec une mineure ou mieux; UN mineur qu'il aurait payé le gros prix.
    Quoi encore... enfin on verra, ils trouveront sûrement.

    Obama marche-t-il dans le couloir de la mort?
    La mort politique, sûrement.
    La mort physique, espérons que non.

    God save Obama


    Serge Charbonneau
    Québec

  • Guillot Sophie - Inscrite 24 avril 2009 05 h 26

    Le vrai procès

    Le vrai procès de l'administration Bush serait quand même de commencer par nous donner une version un peu plus vraisemblable de ce qui a réellement bien pu se passer le 11 septembre 2001 .

    Guatanamo et les exactions encouragées au plus haut sommet de l'état sur les prisonniers, ce n'est que la cerise sur le gâteau. A quand Obama s'attaquera-t-il à ce que la cerise cache ?

  • Gabriel RACLE - Inscrit 24 avril 2009 06 h 05

    Une différence?

    Y a-t-il une différence entre ce que l'on peut lire à propos de ce que pratiquaient les nazis, sous l'autorité de Himmler, et ce qui se passait aux États-Unis sous l'autorité de Dick Cheney?

    « .La torture sous le nazisme
    Les deux services du parti nazi spécialisés dans le renseignement étaient la Geheime Staat Polizei et le Sicherheitdienst des Reichsfuhrer SS. Ces deux services ont torturé des milliers d'individus.

    Himmler, le chef de la Gestapo, par un ordre du 12 juin 1942, autorise la torture. Celle-ci est désignée du terme de " 3° degré " et elle s'applique pour arracher des aveux ainsi que pour obtenir des renseignements importants, concernant surtout la résistance. Cette torture est employée contre les communistes, les marxistes, les témoins de Jéhovah, les terroristes, les résistants, les saboteurs et les éléments anti-sociaux. De plus le " 3° degré " peut comprendre les mesures suivantes : flagellation, alimentation réduite, obscurité, privation de sommeil et exercices épuisants. Il faut aussi savoir que dans tous les territoires occupés, les Allemands ont créé des centres de torture. Certains centres étaient spécialisés dans certains supplices comme la torture électrique ou le supplice de la baignoire poussant les torturés à la limite de la mort pour obtenir des renseignements et des aveux.

    Enfin, il faut signaler la torture gratuite, celle qui fut infligée aux Juifs, par pur sadisme ou sous couvert de pseudo expériences scientifiques. Ce fut la première fois dans l'Histoire que, "légalement", la victime était abandonnée à ses bourreaux sans aucun objectif autre que de faire souffrir. » (Les aveux et les renseignements obtenus par la torture)

    Le supplice de la baignoire est une forme brutale de simulation de noyade. S'y ajoutent privation de sommeil, entraves aux pouces et aux jambes, privation de nourriture, bains glacés, coups, blessures, engelures et orteils perdus, tortures à l'aide d'instruments, le limage des dents, l'arrachage des ongles.

    Rien de nouveau donc sous le soleil des États-Unis. Alors, quelle suite faut-il donner aux chefs des bourreaux états-uniens?

  • Simon Chamberland - Inscrit 24 avril 2009 06 h 10

    Al-Qaïda gagnait

    En réussissant leur coup, les militants d'Al-Qaïda ont réussit à détruire le sentiment de sécurité et la liberté qui régnait aux USA. Pour les terroristes, la victoire n'est toujours que militaire : dès que l'ennemi change sa façon de vivre pour le pire, ils gagnent.

    Non seulement les Américains ont-ils perdu leur sentiment de sécurité et une partie de leurs libertés, ils perdaient leur autorité morale qu'ils avaient au sujet de la torture.

    Heureusement que les USA forment une démocratie. Le changement de régime leur permet de tourner la page sur cette épisode. Et puis il faut le dire : la torture «made in USA» était pratiquée à moins grande échelle que dans bien des pays avec des régimes totalitaires.

  • André Michaud - Inscrit 24 avril 2009 09 h 28

    La fin justifiait-elle les moyens?

    Est-ce que ces tortures ont permis d'empêcher d'autres carnages de fanatiques islamistes? Je n'ai pas encore eu de réponse claire à cette question...

    Je fais parti d'Amestie Internationale et suis contre toute torture pour des raisons politiques ou de divergence d'opinions comme par exemple à Cuba ou la liberté de presse n'existe pas.

    Cependant les terroristes qui massacrent des civils sont avant tout de dangereux criminels et ce n'est pas moi qui va empêcher qu'on les fasse parler pour éviter d'autres carnages. Mais est-ce le cas ?

    A t'on eu des résultats concrets qui justifiaient les moyens ou s'est on acharné seulement par esprit de vengeance?