Dernière campagne électorale américaine - Les positions d'Ottawa restent top secrètes

Le gouvernement canadien ne veut rien révéler des analyses qu’il faisait des débats entre les candidats à la présidence américaine, Barack Obama et John McCain.
Photo: Agence Reuters Le gouvernement canadien ne veut rien révéler des analyses qu’il faisait des débats entre les candidats à la présidence américaine, Barack Obama et John McCain.

Ottawa — Les positions du gouvernement canadien pendant la dernière course présidentielle américaine sont gardées top secrètes. Même en utilisant la Loi d'accès à l'information, Ottawa refuse de dévoiler ce qu'il pensait des débats et des enjeux abordés par Barack Obama et John McCain durant l'été et l'automne dernier.

Le NPD a demandé à recevoir tous les documents du gouvernement canadien concoctés l'été dernier et qui faisaient état de la course présidentielle. Ils sont arrivés avec neuf mois de retard et complètement caviardés. Impossible de lire quoi que ce soit.

Pour justifier sa décision de ne rien révéler, le gouvernement utilise l'article 15 de la Loi sur l'accès à l'information. Or, cette exemption est généralement utilisée quand les informations touchent les activités militaires entre pays alliés ou encore les services de renseignements. Ce n'est pas le cas ici.

Par contre, il y a une ligne de l'article 15 qui stipule que l'information ne doit pas être divulguée si elle peut «porter injure» à un autre gouvernement ou «endommager» les relations entre les deux pays. Visiblement, le gouvernement a utilisé cette possibilité pour censurer tout le document.

Le député du NPD, Thomas Mulcair, juge cette censure «absurde». «Est-ce que la recension des positions de McCain et d"Obama, avec l'opinion du Canada, c'est de la sécurité nationale? On utilise à mal une disposition de la loi pour cacher de l'information», dit-il.

Une flèche au commissaire Marleau

Les critiques sont de plus en plus nombreuses concernant le dysfonctionnement de la Loi sur l'accès à l'information, sensée garantir au public le droit de recevoir des documents du gouvernement. Le délai maximal de 30 jours n'est jamais respecté, alors que les documents arrivent régulièrement 6, 12 ou même 18 mois après la demande. Souvent, le caviardage est important ou total, ce qui rend le document inutilisable.

«C'est triste à dire, mais on est rendu au point où il faut se demander si on a encore une loi d'accès à l'information au Canada», dit Thomas Mulcair.

Le député lance une pointe au commissaire à l'information, Robert Marleau, responsable de faire respecter la loi. Son bureau est inondé de plaintes depuis trois ans. «Je ne veux pas lui manquer de respect, mais il est d'une inutilité totale, affirme M. Mulcair. Il a sans doute beaucoup de qualités humaines, mais il n'est pas proactif. Pour les ministères, il n'y a aucune conséquence à ne pas respecter la loi. Ils ne se font jamais taper sur les doigts, alors ils continuent. Ce n'est pas le bon commissaire pour faire face à un gouvernement aussi cachottier.»

Depuis un an, M. Marleau tente de restructurer son bureau pour traiter plus rapidement les plaintes, qui sont de plus en plus nombreuses. Mais le commissaire n'a pratiquement jamais utilisé son droit de lancer des enquêtes sur les abus de certains ministères, contrairement à son prédécesseur. M. Marleau dit utiliser une approche basée sur la sensibilisation.

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