Une crise qui pourrait devenir chronique - Mexico et Los Angeles sont aux prises avec de graves pénuries d'eau

Quelque cinq millions d’habitants de Mexico ont passé la fin de semaine de Pâques sans eau ou avec des quantités très réduites.
Photo: Agence Reuters Quelque cinq millions d’habitants de Mexico ont passé la fin de semaine de Pâques sans eau ou avec des quantités très réduites.

Deux des plus grandes villes d'Amérique du Nord, Mexico et Los Angeles, se retrouvent aux prises avec des pénuries d'eau, une crise qui pourrait devenir chronique avec les changements climatiques et se propager à d'autres régions et d'autres villes.

Environ cinq millions d'habitants de Mexico ont passé la fin de semaine de Pâques sans eau ou avec des quantités très réduites à cause de réparations majeures au système de canalisations, qui fuit de partout, et en raison de la baisse exceptionnelle des réserves de la ville.

Le réservoir de Cutzamala, qui alimente une partie de la mégapole de 25 millions d'habitants, était rempli à 48 % la semaine dernière alors qu'il devrait plutôt se situer autour de 63 % à ce moment-ci de l'année. Les gestionnaires de l'approvisionnement de la ville attribuent cette situation à la sécheresse qui frappe la région depuis quelques années, et particulièrement depuis l'an dernier, à l'augmentation de la population et aux fuites croissantes d'un vieux système de canalisations qui perdrait entre 40 et 50 % du précieux liquide.

La mégapole, qui a été construite sur une série de lacs volcaniques, a surexploité ses réserves souterraines d'eau en y puisant huit fois plus d'eau que leur taux de recharge.

Les autorités mexicaines ont choisi la fin de semaine de Pâques pour interrompre le service d'eau parce qu'une partie de la population sort de la ville pour rendre visite à sa famille. Des centaines de camions ont par ailleurs été mobilisés pour distribuer de l'eau dans 9 des 13 arrondissements et dans les 13 districts de banlieue.

En 60 ans, selon l'agence la Prensa, la disponibilité de l'eau a été réduite de 75 % dans ce pays qui compte aujourd'hui plus de 107 millions d'habitants, passant de 18 000 m3 par habitant en 1950 à 4312 m3 en 2007. Sur les 653 nappes souterraines connues de ce pays, 101 sont surexploitées, selon l'Institut de la statistique nationale et l'Institut de géographie. Globalement, 77 % de l'eau au Mexique est utilisée par l'agriculture.

Los Angeles

Une sécheresse endémique associée au réchauffement du climat et à la surexploitation des sources locales explique en Californie la pénurie d'eau que Los Angeles tente présentement de contrôler par une politique décrétée par le gouverneur Arnold Schwarzenegger. Cette politique exige de toutes les villes qu'elles planifient une réduction globale de 20 % de leur consommation d'eau afin de gérer la pénurie en cours.

Le Conseil municipal de Los Angeles a cependant défait, vendredi dernier, le plan de rationnement de l'eau préparé par les gestionnaires municipaux. Mais si la Ville refuse d'adopter un plan de rationnement compatible avec les exigences de la politique de l'État, l'agence fédérale qui fournit son eau à Los Angeles a le pouvoir d'imposer elle-même les mesures de rationnement que le conseil veut éviter.

Le plan rejeté par le conseil municipal, qui dit vouloir examiner le dossier plus à fond, imposera des tarifs supérieurs à ceux qui dépasseront la limite mensuelle allouée à chacun. Cette limite sera par ailleurs abaissée, une autre facette du problème.

La Californie voit fondre au sens le plus littéral du terme ses réserves d'eau, soit les glaces et les neiges qui couvrent le sommet des montagnes de la Sierra Nevada, des réserves en déclin constant avec le réchauffement du climat. Les chercheurs estiment que le quart de ces réserves auront disparu d'ici à 2050. Cette situation devrait affecter sensiblement les fermiers qui vont perdre plus de 400 000 hectares dans ce qui est considéré comme le jardin des États-Unis, selon un rapport synthétisant 37 études qui ont été publiées le 1er avril.

Déjà, cet hiver, des milliers d'hectares de la Central Valley, où poussent certains des légumes et fruits offerts dans nos grandes surfaces, ont été transformés en déserts poussiéreux, ce qui a fait perdre un milliard en revenus et coûté 40 000 emplois à la Californie. En raison d'une sécheresse qui semble s'installer depuis quelques années, les autorités fédérales qui gèrent les grands réservoirs avaient réduit de 40 % les allocations d'eau dans les différents bassins de cet État. Présentement, les grands réservoirs fédéraux sont à leur plus bas niveau depuis 1992.

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