Scandalisé, Obama veut bloquer les primes des dirigeants d'AIG

Barack Obama en compagnie du secrétaire au Trésor, Timothy Geithner, hier, à Washington.
Photo: Agence Reuters Barack Obama en compagnie du secrétaire au Trésor, Timothy Geithner, hier, à Washington.

Le président américain, Barack Obama, a assuré hier qu'il ferait tout pour empêcher l'assureur American International Group (AIG), qui a reçu 170 milliards de dollars de l'État pour éviter la faillite depuis septembre, de verser les bonus promis à ses dirigeants.

M. Obama, qualifiant la situation d'«outrage» fait aux contribuables, a indiqué avoir demandé à son secrétaire au Trésor, Timothy Geithner, d'employer tous les moyens légaux pour bloquer le paiement des bonus qui s'élèvent à 165 millions. Il s'est ainsi joint à la grogne populaire, le sujet ayant fait jaser sur toutes les tribunes samedi et dimanche.

«Au cours des six derniers mois, AIG a reçu du Trésor des sommes importantes. J'ai demandé au secrétaire Geithner de se servir de ce moyen de pression et d'employer tous les moyens légaux pour bloquer ces primes et veiller au bon usage de l'argent du contribuable», a dit le président américain. Le principal conseiller économique de la Maison-Blanche, Lawrence Summers, a précisé que le gouvernement tentait de «limiter» les primes et avait déjà réussi à les réduire.

Dans une lettre envoyée au secrétaire au Trésor américain le week-end dernier, le chef de la direction d'AIG, Edward Liddy, affirmait que la firme a «les mains liées», même si l'assureur est aujourd'hui contrôlé à 80 % par l'État. Des contrats avec ses dirigeants obligent légalement l'assureur à honorer ses engagements pris alors que la firme était en bonne santé financière. AIG a annoncé qu'elle allait se plier aux injonctions de la Maison-Blanche et revoir sa politique de versements des bonus, mais que, d'ici là, il n'y avait aucun moyen légal de bloquer les paiements.

Barack Obama demandait toutefois hier comment les bénéficiaires des primes justifient «un tel scandale auprès des contribuables qui maintiennent la compagnie à flot avec leur argent?». Selon lui, ce sont les «comportements inconsidérés» et «l'appât du gain» qui ont mis AIG en état de «détresse financière». Cela rend encore plus difficilement compréhensible que, parmi les grands bénéficiaires de ces primes, figurent les responsables de la division d'AIG pour les produits financiers, ceux-là mêmes dont les actes seraient pour une grande part la cause des problèmes de l'assureur et, par extension, du système financier, a-t-il ajouté.

Le président de la Commission des services financiers de la chambre des représentants, le démocrate Barley Frank, a ajouté qu'il estime que verser 165 millions de dollars en bonus à ses dirigeants revient à «récompenser l'incompétence». «Ces gens ont peut-être des droits sur ces bonus, [mais] ils n'ont pas un droit éternel sur leur emploi» a rappelé l'élu démocrate.

M. Obama n'a pas précisé comment il comptait bloquer les primes alors que Lawrence Summers a reconnu dimanche la difficulté d'empêcher AIG de les verser.

Le président américain s'est livré à ce message alors qu'il devait faire une annonce d'aide aux petites entreprises touchées par la crise économique à la Maison-Blanche. Avant de commencer son discours, il a dit qu'il avait quelques mots à dire au sujet d'AIG. Lorsqu'il a perdu la voix en raison d'une quinte de toux, il a lancé à la blague qu'il s'en «étrangl[ait] de colère». «Ce n'est pas seulement une question de dollars. Il y va de nos valeurs fondamentales», a-t-il ajouté.

C'est la deuxième fois que le président s'indigne pour des primes versées à des employés des sociétés de Bourses américaines malgré la crise. Dans les premiers jours de son mandat, il les avait qualifiées de «honteuses» et avait établi un plafond salarial de 500 000 $ pour les sociétés qui bénéficient de l'aide étatique. Le président a ajouté que la situation d'AIG «illustre la nécessité d'une réforme globale de la réglementation financière pour que nous ne nous retrouvions pas dans la même situation».

Sous l'administration Bush, les autorités américaines avaient défendu la décision très controversée de sauver AIG par le fait que sa faillite pourrait avoir des conséquences en cascade sur le reste de la finance mondiale. Le groupe avait en effet souscrit des milliers de milliards de dollars de contrats assurant le bon remboursement d'emprunts à risque.

Quand le secteur immobilier s'est enfoncé dans la crise et que ces emprunts ont perdu leur valeur, ceux qui avaient souscrit un contrat auprès d'AIG se sont retournés vers lui, plaçant l'assureur devant une dette insurmontable. La firme a perdu près de 61,7 milliards au dernier trimestre de 2008, un record historique pour une société.

Avec l'Agence France-Presse et Associated Press

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