États-Unis - Obama prévoit deux ans de déficits abyssaux

Le président américain, Barack Obama, a présenté hier une proposition de budget prévoyant des dépenses de près de 4000 milliards $US cette année et de plus de 3500 milliards en 2010, avec des déficits à l'avenant qu'il espère réduire considérablement vers la fin de son premier mandat, début 2013, grâce à la reprise espérée et à des augmentations d'impôts pour les contribuables les plus riches.

Le document intitulé Une nouvelle ère de responsabilité, dont une version plus étoffée sera soumise au Congrès en avril, prévoit en revanche de réduire le fardeau fiscal d'environ 75 % des contribuables, soit les moins bien nantis et ceux de la classe moyenne, et de jeter les bases d'un système universel d'assurance maladie. Il vise ainsi à réaliser certaines promesses faites par le président démocrate avant son élection en novembre dernier, tout en combattant ce qui s'annonce comme la pire récession à frapper les États-Unis depuis plusieurs décennies.

Pour l'exercice financier en cours (commencé en octobre 2008), la Maison-Blanche prévoit des dépenses publiques de 3940 milliards, prenant en compte le plan de relance de l'économie (de 787 milliards) récemment voté par le Congrès, et un déficit record de 1750 milliards. Ce dernier chiffre représente 12,3 % du produit intérieur brut américain, du jamais vu depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.

Pour l'exercice suivant, l'administration Obama prévoit que les dépenses publiques et le déficit atteindront respectivement 3550 et 1171 milliards. Le trou dans les finances de l'Oncle Sam sera à peu près du même ordre l'année suivante, prévoit la Maison-Blanche. Grâce à une éventuelle reprise de l'économie, le manque à gagner serait ensuite réduit à 581 milliards en 2012 et à 533 milliards en 2013.

Dans l'introduction au document de 140 pages qu'il a présenté hier, le président Obama attribue en grande partie au gouvernement de son prédécesseur le piètre état de l'économie, parlant d'«un héritage de mauvaise gestion et de priorités mal placées, d'occasions manquées et de problèmes structurels profonds trop longtemps négligés».

Selon le président, les investissements dans l'éducation, les énergies propres, la santé et les infrastructures ont été sacrifiés au profit des réductions d'impôts pour les privilégiés.

Le budget de Barack Obama prévoit, à partir de la fin de 2010, d'augmenter la contribution des individus touchant des revenus supérieurs à 200 000 $US et des couples gagnant plus de 250 000 $US, en mettant fin à certaines déductions admissibles.

Barack Obama veut dépenser 634 milliards au cours des dix prochaines années pour étendre la couverture médicale des Américains — 48 millions d'entre eux en sont actuellement privés. Environ la moitié de la somme viendra de l'augmentation des impôts payés par les contribuables riches et l'autre moitié, d'une réduction des paiements faits par l'État fédéral aux compagnies d'assurances, aux hôpitaux et aux sociétés pharmaceutiques dans le cadre des programmes Medicare et Medicaid. Le gouvernement démocrate entend également réduire les coûts du système de santé en informatisant les dossiers médicaux des Américains.

La Défense voit son budget augmenter légèrement, à 663,7 milliards, en 2010, mais le responsable de ce ministère, Robert Gates, a annoncé hier que le Pentagone devra réévaluer tous ses programmes d'armement. Parmi les victimes possibles de coupes budgétaires à venir figurent les avions de combat F-22 de Boeing et les sites de défense antimissile prévus en Pologne et en République tchèque.

Le chef de l'État américain va réclamer 75 milliards supplémentaires pour couvrir les coûts des guerres en Irak et en Afghanistan pendant l'année en cours. Cette somme s'ajouterait aux 40 milliards déjà alloués par le Congrès. Le président réclame pour ces conflits 130 milliards en 2010, puis 50 milliards annuellement.

Le président américain veut par ailleurs éliminer certains programmes inefficaces et sabrer dans les subventions agricoles, tout en créant un marché de quotas d'émissions de gaz à effet de serre.

Les prévisions de la Maison-Blanche sont passablement optimistes. Le pouvoir exécutif américain table en effet sur une reprise dès 2010, avec une croissance robuste de 3,2 % cette année-la, suivie de trois années de croissance dépassant les 4 %.

Plusieurs politiciens républicains ont reproché hier à Barack Obama de vouloir augmenter démesurément les dépenses publiques et les impôts. «L'ère du gouvernement omnipotent est de retour et les démocrates vous demandent de payer la note», a ainsi lancé le chef du parti d'opposition à la Chambre des représentants, John Boehner. «Chacun convient que tous les Américains devraient avoir accès à une couverture santé accessible financièrement. Mais une augmentation des impôts en temps de récession, en particulier pour les petites entreprises, n'est pas la bonne solution», a-t-il ajouté en faisant vraisemblablement allusion aux hausses d'impôts visant les plus riches envisagées par la Maison-Blanche.

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Avec l'AFP et AP

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