Environnement - Obama va légiférer pour ramener les émissions de GES au niveau de 1990

Le président des États-Unis, Barack Obama, a établi ses cibles de réduction des émissions de GES.
Photo: Agence Reuters Le président des États-Unis, Barack Obama, a établi ses cibles de réduction des émissions de GES.

Le leadership international que le président Obama projette d'exercer en matière de changements climatiques semble se limiter aux objectifs de réduction du gouvernement Harper. Mais en apparence seulement.

Le président Obama a annoncé hier matin qu'il se donne pour objectif avec son budget de réduire les émissions de gaz à effet de serre (GES) de son pays de 14 % par rapport à leur niveau de 2005, ce qui équivaut à les ramener au niveau de 1990 en 2020.

Les précisions du président, divulguées dans ses propositions budgétaires, indiquent sa volonté de plafonner les émissions des grands émetteurs par voie législative et réglementaire dans l'année en cours.

Les permis d'émissions seront vendus aux enchères et non pas offerts gratuitement, ce qui a mécontenté hier plusieurs républicains. Les entreprises pourront soit réduire leurs émissions par la suite, soit acheter des crédits au prix du marché auprès d'entreprises qui auraient dépassé leurs objectifs légaux. On évaluait hier aux États-Unis que cela équivaudrait à augmenter d'environ 11 % le prix de l'essence d'ici 2020 tout en rapportant au Trésor étasunien.

L'administration Obama escompte obtenir d'ici 2020 quelque 645 milliards, dont 80 milliards par année à compter de 2012 grâce à la vente des permis d'émissions. De cette somme, elle entend consacrer annuellement environ 15 milliards à sa politique d'appui aux énergies vertes et redistribuer quelque 60 milliards en crédits de taxes ou d'impôts pour les personnes à revenus modestes qui auraient de la difficulté à assumer leur facture d'énergie pour les besoins de base. L'imposition d'un plafond d'émissions, la vente des permis et la vente des crédits excédentaires sur un marché concurrentiel augmenteront le coût de l'énergie, puisque c'est précisément l'objectif poursuivi que d'inciter les gens à utiliser moins de combustibles fossiles.

De plus, l'administration Obama annonce une augmentation de 30 % du budget de l'Environmental Protection Agency (EPA), l'équivalent d'un ministère fédéral de l'Environnement.

La politique énergétique qui se dessine aux États-Unis vise à doubler d'ici trois ans la production d'énergies renouvelables par l'intermédiaire de crédits fiscaux et de prêts aux entreprises. Le budget entend aussi financer l'amélioration de l'efficacité énergétique des édifices gouvernementaux et des résidences. Il propose aussi une aide gouvernementale aux centrales thermiques qui voudront assainir leurs rejets de contaminants et de GES tout en s'attaquant à rajeunir le système de distribution d'électricité des États-Unis pour en réduire les pertes. Enfin, près de deux milliards de crédits fiscaux créés au profit des pétrolières vont disparaître.

En 2006, les États-Unis rejetaient 7,2 milliards de tonnes de GES, soit dix fois plus que les 721 millions de tonnes rejetées par le Canada.

Les émissions étasuniennes dépassaient en 2005 d'environ 15 % le niveau de 1990, de sorte que la réduction de 14 % du président Obama annule en réalité la hausse de ces 15 années. C'est cependant moins que l'engagement des États-Unis, signé à Kyoto en 1997. Ils visaient alors non pas le niveau de 1990, mais 5 % en bas de ce niveau. Et ils s'engageaient à atteindre cet objectif pour 2012 et non pas en 2020.

Pas de comparaison possible

Pour Matthew Bramley, de l'Institut Pembina, «ce n'est qu'en apparence que l'objectif du président Obama se rapproche de celui de Stephen Harper». Ce dernier s'est engagé à réduire les émissions canadiennes de 20 % par rapport à leur niveau de 2006, ce qui les ramènerait à environ 3 % sous le niveau de 1990.

«Mais la différence majeure avec les États-Unis, explique Matthew Bramley, c'est que nos voisins vont adopter une loi et des règlements qui vont rendre les réductions légalement contraignantes, alors qu'on n'a rien d'autre au Canada que des déclarations de politiciens.»

De plus, ajoute-t-il, la réduction de 14 % s'appliquera sur le territoire des États-Unis, mais rien n'empêchera ce pays de financer d'importants projets de captage de GES ailleurs dans le monde, comme protéger des forêts tropicales, pour augmenter sa performance globale. Et, conclut le porte-parole du Pembina, les États-Unis ont pris huit ans de retard parce qu'ils n'ont pas comme le Canada ratifié Kyoto, ce qui leur donne une excuse que nous n'avons pas. Et là encore, dit-il, la porte n'est pas fermée pour la négociation de réductions plus importantes lors des pourparlers de Copenhague en décembre prochain.

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