«Nous allons reconstruire», dit Obama

Le président américain Barack Obama applaudi par le vice-président, Joe Biden, et la présidente de la Chambre des représentants, Nancy Pelosi, au moment de s’adresser aux membres des deux chambres du Congrès, hier soir, au Capitole, à Washington
Photo: Agence France-Presse (photo) Le président américain Barack Obama applaudi par le vice-président, Joe Biden, et la présidente de la Chambre des représentants, Nancy Pelosi, au moment de s’adresser aux membres des deux chambres du Congrès, hier soir, au Capitole, à Washington

Se faire rassurant sans minimiser l'ampleur de la tâche qu'il reste à accomplir. Le président américain Barack Obama a tenté hier soir de convaincre ces concitoyens du bien-fondé de ses mesures contre la crise économique, promettant du même coup que le pays sortirait de la récession «plus fort qu'auparavant», au cours de son premier grand discours devant le Congrès. «Notre économie est affaiblie et notre confiance, ébranlée; nous vivons des temps difficiles et incertains; mais ce soir je veux que tous les Américains sachent ceci: nous allons reconstruire, nous allons nous rétablir, et les États-Unis d'Amérique en sortiront plus forts qu'auparavant», a ainsi plaidé M. Obama.

«Ce pays doit maintenant se rassembler, relever avec vigueur les défis qui se présentent et prendre en main son avenir une fois de plus», a également insisté le président.

Ce discours, prononcé à quelques heures de la présentation de son premier budget, a d'ailleurs été l'occasion de commencer à articuler ses politiques en parlant «franchement et directement» aux Américains. Élu pour amener d'importants changements à la politique qui se pratique à Washington, il leur a dit d'entrée de jeu que le temps des achats frénétiques et extravagants, des réglementations vidées de leur contenu et des finances avec peu ou sans perspectives à long terme était révolu. Ces façons de faire ont trop souvent marqué la dernière décennie, a-t-il rappelé. Des reproches sentis à l'administration précédente.

Pendant trop longtemps, a poursuivi le président, les Américains ne pensaient pas à leurs prochains paiements d'hypothèque, les hommes politiques ont laissé partir les excédents en réduisant les impôts pour les riches, et les réglementations ont été supprimées pour aider les entreprises dans leur recherche de profits rapides. Il a en outre critiqué les gens qui ont acheté des maisons sans avoir les moyens de les payer, mais aussi les banques qui leur ont accordé des prêts qu'ils ne pouvaient rembourser.Relancer l'économie et réduire le déficit

Maintenant que la machine américaine a besoin d'un sérieux électrochoc, Barack Obama a annoncé la création d'un «fonds de prêts qui sera le plus important effort jamais consenti» pour les consommateurs et les petites entreprises. Du même souffle, il a promis que les dépôts bancaires étaient en sûreté et il a dit qu'il relancerait les prêts bancaires. Il entend d'ailleurs veiller à ce que les grandes banques aient assez d'argent pour prêter. Toutefois, a ajouté M. Obama, le Congrès devra se prononcer sur une loi rapide pour revoir la «règlementation dépassée» du système financier.

Il a également prévenu que le sauvetage des banques pourrait coûter plus cher que prévu. «Mais bien que le coût de l'action soit important, je peux vous assurer que le coût de l'inaction serait encore plus grand parce qu'il résulterait en une économie balbutiante non pas pour des mois mais des années, peut-être une décennie», a-t-il ajouté.

Le leader américain a par ailleurs indiqué que son plan permettrait de créer pas moins de 3,5 millions d'emplois en deux ans. S'adressant au secteur automobile, il a justement indiqué que les États-Unis ne pouvaient pas abandonner cette industrie: «Nous nous engageons à tenir le cap d'une industrie automobile rénovée et récréée qui peut soutenir la concurrence et gagner.»

Les États-Unis investiront aussi à long terme dans les nouvelles technologies et les énergies renouvelables. Virage majeur par rapport au présidence de George W. Bush, Barack Obama a entre autre averti que son pays prenait du retard en matière énergétique et annoncé un objectif de doublement en trois ans de la production d'énergie renouvelable. Il compte en même temps demander une loi imposant des quotas d'émissions de gaz à effet de serre.

Le gouvernement injectera en outre des fonds importants pour l'éducation, a soutenu le chef de la Maison-Blanche, soulignant que les États-Unis avaient «l'un des plus fort taux d'arrêt des études au lycée parmi les pays développés». «Il en va de la responsabilité de chacun de participer à l'effort [pour changer cela], a-t-il poursuivi. C'est pourquoi ce soir, je demande à tous les jeunes de s'engager à suivre pendant un an au minimum des études ou des formations professionnelles.»

En matière de santé, il a indiqué vouloir «réformer» un système qui laisse des millions de citoyens de côté. Cette réforme «apportera les plus grands moyens jamais accordés aux soins préventifs, parce ce qu'il s'agit d'un des meilleurs moyens pour maintenir les gens en bonne santé et contrôler les dépenses», a dit M. Obama. La recherche pour vaincre le cancer deviendra une priorité.

S'il reconnaît que les mesures proposées seront coûteuses, le nouvel homme fort de Washington a néanmoins exprimé son intention de diviser par deux le déficit américain d'ici 2013, indiquant que son administration avait identifié 2000 milliards américains d'économies sur 10 ans. Il a notamment affirmé la nécessité de tailler dans certaines dépenses publiques jugées inefficaces. M. Obama a aussi indiqué que son budget éliminerait les contrats sans appel d'offres qui ont coûté des milliards en Irak, et réformerait le budget de la Défense «pour que nous n'ayons pas à payer pour des systèmes d'armes qui datent de la Guerre froide et dont nous ne nous servons pas». Et tous les coûts liés à la guerre seront désormais comptabilisés.

Il a ainsi préparé le terrain pour la présentation de son premier budget, demain. Un document qui devrait refléter la dure réalité à laquelle le pays est confronté. Il a d'ailleurs prévenu tous les parlementaires qu'ils «devront faire le sacrifice de priorités tout à fait valables pour lesquelles les dollars ne sont pas au rendez-vous».

En matière de politique étrangère, M. Obama assure qu'une «nouvelle ère» de dialogue diplomatique a commencé. Il a aussi promis une justice rapide pour les terroristes malgré la fermeture de Guantánamo.

Le discours prononcé hier devant les deux chambres du Congrès réunies est une déclaration politique de l'envergure du discours sur l'état de l'Union prononcé chaque année par le président. Les chefs de plusieurs autres pays devaient également être à l'écoute, inquiets qu'ils sont de voir la locomotive économique américaine tarder à redémarrer.

Les adversaires républicains ont par la suite vertement critiqué le président. Le gouverneur Bobby Jindal, choisi pour prononcer le discours républicain en réponse à l'allocution de M. Obama, s'en est pris à la politique «irresponsable» du président américain en matière économique. Il a néanmoins assuré que les républicains pourraient travailler avec l'administration Obama. M. Jindal s'en est entre autres pris au plan de relance de 787 milliards de dollars de l'administration Obama, affirmant qu'il garantissait des hausses d'impôt futures et une augmentation de la dette des États-Unis pour financer des projets inutiles.

Reste à savoir si les paroles de leur «Commander in chief» suffiront à rassurer des Américains traumatisés par la débâcle des derniers mois.

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