Obama effectue ses premiers gestes «verts»

L'économie et les véhicules devront prendre le virage vert, a réitéré hier le président des États-Unis, Barack Obama. Il a commencé à honorer ses promesses d'une nouvelle politique environnementale en annonçant des mesures pour réduire les émissions de gaz à effet de serre des automobiles qui rompent radicalement avec les orientations de l'administration précédente. «Les jours où Washington traînait les pieds sont révolus», a déclaré le nouveau président américain.

La secrétaire d'État américaine, Hillary Clinton, a aussi annoncé que Todd Stern devenait l'émissaire chargé du réchauffement climatique. Elle souhaite véhiculer ainsi «le message sans équivoque que les États-Unis seront énergiques, déterminés, stratégiques et sérieux dans la réponse à apporter au réchauffement climatique et au problème qui lui est lié: l'énergie propre».

«Nous montrerons clairement au monde entier que l'Amérique est prête à prendre la tête» du combat, a dit M. Obama. Son premier geste a été de demander à l'Agence de protection de l'environnement (EPA) d'autoriser la Californie à fixer des quotas plus stricts d'émissions de gaz à effet de serre, une option que l'administration Bush avait toujours écartée. Au moins 18 autres États pourraient suivre l'exemple de cet État à la pointe du combat contre la pollution, une fois ce feu vert donné.

Le gouverneur de Californie, Arnold Schwarzenegger, juge que son État a désormais un allié fort à la Maison-Blanche. «Permettre à la Californie et à d'autres États de réduire de façon substantielle leurs émissions [...] constituerait une victoire historique dans la lutte pour un air plus propre et pour des millions d'Américains qui veulent des véhicules plus efficaces en matière de consommation et plus respectueux de l'environnement», a dit l'ancien acteur dans un communiqué.

La Californie aujourd'hui,demain, le continent

Barack Obama a également exigé du département des Transports qu'il définisse d'ici au mois de mars les normes d'efficacité énergétique pour les véhicules. Il a demandé à son administration de presser le mouvement pour qu'une loi de 2007 sur la consommation de carburant s'applique aux véhicules dès l'année 2011, plutôt que 2020. À cette date, les véhicules devront respecter une consommation moyenne de 35 miles au gallon (6,75 litres/100 km), mais les règles d'application n'ont pas été publiées.

«L'Amérique ne sera pas l'otage de ressources déclinantes, de régimes hostiles et du réchauffement de la planète», a dit Barack Obama. Il s'est engagé à ce que son pays soit moins dépendant de l'étranger pour ses approvisionnements en énergie, tout en soulignant que ce virage prendra du temps: «Je ne peux pas promettre que cela se réglera du jour au lendemain.»

Le directeur de l'Institut Hydro-Québec en environnement, développement et société à l'Université Laval, Philippe LePrestre, souligne «qu'Obama, malgré toute sa bonne volonté, devra composer avec un Sénat américain» pour faire adopter ses nouvelles mesures. Il craint que «pour certains, la crise soit un prétexte pour refuser certains de ces avancements, mais elle peut aussi être un excellent moment pour investir dans des infrastructures environnementales plutôt que dans les routes, avec des retombées économiques qui seront équivalentes». Après une inertie de près de 30 ans que M. Obama lui-même critique, l'expert en politique environnementale rappelle que «le leader des négociations post-Kyoto, c'est l'Union Européenne. Le pouvoir des États-Unis, c'est de proposer un modèle post-Kyoto différent».

Émissaire vert

Avocat et expert des questions d'environnement pour le centre de recherche de Washington Center for American Progress, le nouvel émissaire environnemental des États-Unis, Todd Stern, est un ancien conseiller de la Maison-Blanche qui négocia le protocole de Kyoto au nom du président Bill Clinton dans les années 1990. Il sera «le conseiller principal» et le «négociateur en chef» de l'administration du président Barack Obama sur les questions de réchauffement climatique, a noté Hillary Clinton. «Il participera à toutes les discussions sur la politique énergétique au sein du gouvernement susceptibles d'avoir un impact sur les émissions de carbone, et cherchera à créer des alliances», a ajouté la secrétaire d'État.

Pour sa part, M. Stern a implicitement critiqué l'ancien président George W. Bush, affirmant que «ce n'est plus le moment des dénégations, des atermoiements et des disputes. Il est temps que les États-Unis reprennent la place qui leur est due à la table des négociations».

Par contre, alors que quelque 75 pays ont ratifié hier dans l'ancienne capitale allemande de Bonn le traité fondateur de l'Institut international pour les énergies renouvelables (IRENA), les États-Unis ont préféré l'observation à la signature. Il s'agit de la première organisation internationale de ce type.

«Le Canada devrait courir avec les États-Unis», avertit Philippe LePrestre. Le porte-parole d'Équiterre, Steven Guilbeault, déplore également que la prise de conscience américaine ne semble pas trouver d'échos au gouvernement fédéral. Il estime toutefois que l'important, c'est que «la moitié des États et des provinces d'Amérique du Nord, dont le Québec, vont emboîter le pas» à la Californie concernant les nouvelles normes environnementales des automobiles. La ministre Line Beauchamp a en effet réitéré par voie de communiqué l'intention du Québec exprimée en 2007 de se joindre à la Californie en vue de réduire substantiellement les émissions de GES reliées au transport. «L'industrie automobile ne pourra pas faire deux types de véhicules pour les deux marchés, les véhicules verts vont devenir la norme», croit M. Guilbeault

Avec l'Agence France-Presse et Reuters

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