Après les fleurs, le pot

«Obama a repoussé à plus tard les décisions les plus difficiles», regrette le Los Angeles Times.
Photo: Agence France-Presse (photo) «Obama a repoussé à plus tard les décisions les plus difficiles», regrette le Los Angeles Times.

Washington — La lune de miel pourrait être plus courte que prévu. Applaudi pour avoir d'emblée répudié les politiques les plus controversées de son prédécesseur texan depuis son entrée en fonctions, le président Obama commence aussi à être la cible de reproches, à droite comme à gauche.

Beaucoup de républicains accusent Obama d'agir à la hâte sans réfléchir aux conséquences. Ils disputent sa décision de fermer Guantánamo alors qu'il semble avéré (selon une enquête du New York Times) qu'un détenu libéré en 2007, Said Ali al-Shiri, est devenu un chef d'al-Qaïda au Yémen.

À gauche, on reproche au contraire à Obama de se réserver la possibilité de continuer de détenir indéfiniment des suspects de terrorisme, puisque son ordre exécutif ordonnant la fermeture dans un an de Guantánamo se propose simplement d'«étudier» la manière dont seront traités les prisonniers trop dangereux mais impossibles à juger.

«Obama a repoussé à plus tard les décisions les plus difficiles», regrette le Los Angeles Times. L'Union des libertés civiques «félicite» Obama, mais déplore l'«ambiguïté» de ses décrets. «S'il maintient ne serait-ce qu'une partie du travesti de justice de l'administration Bush, il se retrouvera dans le même bourbier», met en garde l'organisation de gauche. Obama n'interdit pas non plus à la CIA d'expédier des détenus dans leur pays («rendition»), assurant simplement qu'ils ne seront pas renvoyés si le pays d'accueil pratique la torture. Il laisse également ouverte la possibilité pour la CIA d'utiliser des protocoles d'interrogatoire spéciaux. Pendant sa première semaine, ont expliqué ses conseillers, «Obama voulait vite montrer qu'il tenait ses promesses de campagne, tout en ramenant les attentes à un niveau plus réaliste».

Certains signes montrent qu'Obama entend poursuivre des stratégies employées par l'administration précédente. Malgré les récriminations répétées d'Islamabad, il a fait bombarder, vendredi, par des drones de la CIA, un village de l'ouest du Pakistan qui aurait servi de base à des membres d'al-Qaïda. Quinze personnes, dont trois enfants, ont été tuées. Il pourrait aussi se montrer «pragmatique» sur l'Irak, jugent certains commentateurs en notant qu'Obama n'a pas réitéré sa promesse de quitter l'Irak en 16 mois depuis sa rencontre jeudi avec ses généraux. «Ses principes sont fermes, mais il les met en application souplement», approuvait hier un sénateur démocrate.

Une approche parfois contradictoire: il s'est mis lui-même en difficulté en établissant d'emblée des règles d'éthique proscrivant l'emploi de lobbyistes dans son gouvernement. Dans la foulée, il a proposé de nommer secrétaire adjoint à la Défense William Lynn, qui est vice-président du groupe Raytheon, un fabricant d'armes... ce qui l'a contraint à demander à ce que Lynn soit exempté de ses règles éthiques à peine promulguées! Il n'est pas certain que la désignation de Lynn soit confirmée rapidement par le sénat, qui traîne des pieds pour valider les candidats nommés par Obama. Il va d'ailleurs commencer la semaine sans ministre de la Justice, ni secrétaires au travail, au commerce, à la santé et au trésor. Par contraste, Bill Clinton et George W. Bush avaient déjà tous leurs hauts fonctionnaires en place sauf un, au lendemain de leur inauguration.

Autre accroc: la mise en route de son titanesque plan de relance de 825 milliards de dollars pourrait prendre beaucoup plus de temps qu'il ne l'anticipait, en raison des récriminations des républicains du Congrès. Le projet, qui a été discuté à huis clos samedi à la Maison-Blanche, s'est achevé de manière acrimonieuse. «Je peux accepter certaines de vos revendications, mais pas d'autres, car c'est moi qui a emporté l'élection», aurait déclaré le président à l'intention des républicains qui avaient été conviés. Un échange qui estompe la volonté «bipartisane» jusqu'alors affichée par Obama.

Ce plan de relance démesuré, qui pourrait être soumis aux voix du Congrès à la mi-février, «n'est pas un programme à court terme pour stimuler l'emploi», plaidait samedi soir le président. «C'est un plan qui investit dans nos priorités les plus importantes comme l'énergie, l'éducation, la santé et une nouvelle infrastructure indispensable pour que nous restions forts et compétitifs au 21e siècle». À gauche, l'influent Prix Nobel d'économie Paul Krugman n'a pas épargné le nouveau président, qu'il juge trop «conventionnel» dans son approche de la crise financière. Krugman, qui n'est pas loin de préconiser une «nationalisation temporaire de plusieurs banques importantes» pour résoudre la crise, se demande si Obama aura l'«audace» nécessaire pour prendre le problème à bras le corps. «Et si on n'agit pas tout de suite, on pourrait être empêtré pendant très longtemps».

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