Obama révoque une clause antiavortement

Washington — Le président américain Barack Obama a autorisé à nouveau hier le financement d'organisations pratiquant ou facilitant l'avortement à l'étranger, étendant aux grandes questions de société la remise en cause des politiques de son prédécesseur George W. Bush.

M. Obama a signé un décret abrogeant l'interdiction faite à toutes les organisations non gouvernementales bénéficiaires de financement de l'État américain de pratiquer l'avortement ou de dispenser des services relatifs à l'interruption de grossesse en dehors des États-Unis, a dit un porte-parole de la Maison-Blanche, Bill Burton.

Signe de la sensibilité de cette question, M. Obama a signé le décret hors présence de la presse, à la différence d'autres décrets au grand retentissement signés la veille et ordonnant la fermeture du camp de Guantanamo. La séance photo à laquelle devait donner lieu la signature a été annulée et la presse n'a obtenu qu'une confirmation laconique que la signature avait bien été apposée au bas du décret.

Cette interdiction était l'une des pommes de discorde dans la grande querelle de société entre les membres très actifs du mouvement contre l'avortement et leurs adversaires. Elle a été instituée par le président républicain Ronald Reagan en 1984, dénoncée par l'un de ses successeurs démocrates, Bill Clinton, puis rétablie dès 2001 peu après son entrée en fonctions par le républicain George W. Bush.

L'avènement du démocrate Barack Obama a suscité une vive inquiétude chez les militants anti-avortement. Plusieurs dizaines d'entre eux ont manifesté hier devant les grilles de la Maison-Blanche. Parmi les panneaux qu'ils brandissaient, l'un proclamait: «Holocauste américain, l'abortion», sur fond de foetus mort reposant sur le drapeau des États-Unis. La veille, les opposants à l'avortement s'étaient réunis par milliers à Washington, à l'occasion de la marche annuelle «pour la vie» marquant l'anniversaire d'une décision de justice capitale sur le droit des femmes à l'avortement aux États-Unis.

L'intention prêtée à M. Obama d'utiliser cet anniversaire pour autoriser à nouveau le financement des organisations pratiquant ou facilitant l'avortement était l'une des grandes préoccupations des manifestants qui, chaque année, recevaient le soutien de M. Bush. M. Obama, qui a fait la promesse globale de réconcilier un pays profondément divisé, aura donc choisi de ne pas agir le jour de cet anniversaire. Mais, dans une déclaration publiée jeudi, il a dit rester «déterminé à protéger la liberté des femmes de choisir» entre avoir un enfant ou pas.

Le 36e anniversaire de l'arrêt «Roe contre Wade» rappelle aux Américains «que cette décision non seulement protège la santé des femmes et la liberté de reproduction, mais symbolise un principe plus large: que le gouvernement n'a pas à se mêler des affaires de famille les plus intimes», a-t-il dit, marquant une nouvelle fois de manière spectaculaire sa différence avec M. Bush.

M. Obama évoquait l'une des décisions les plus fameuses et les plus controversées de la Cour suprême. L'arrêt du 22 janvier 1973, «Roe contre Wade», dit que le droit à la vie privée, présent dans la Constitution, garantit aux femmes la liberté d'avorter. Cet arrêt est depuis lors soumis aux attaques constantes des opposants à l'avortement.

M. Obama a reconnu jeudi que l'avortement était une «question sensible, qui souvent nous divise». Mais, a-t-il ajouté, «quel que soit notre point de vue, nous sommes unis dans la volonté ferme d'empêcher les grossesses non désirées, de réduire le nombre des avortements, et de soutenir les femmes et les familles dans le choix qu'elles font».

Cellules souches

Par ailleurs, les autorités américaines ont donné leur feu vert au premier essai sur l'homme d'une thérapie réalisée à partir de cellules souches embryonnaires humaines, une première mondiale ouvrant la voie à la guérison de lésions et maladies incurables.

«La Food and Drug Administration a autorisé un essai clinique de phase I de la société Geron pour traiter des patients souffrant de graves lésions de la moelle épinière», a indiqué Susan Cruzan, une porte-parole de l'agence américaine des médicaments.

Geron précise avoir utilisé dans ces recherches des lignées de cellules souches embryonnaires créées avant le 9 août 2001, date à laquelle le président George W. Bush avait annoncé l'interdiction d'utilisation des fonds fédéraux pour financer des recherches sur de nouvelles lignées.

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