Un plan de relance de 825 000 000 000 $US - «Can he ?»

Barack Obama a rencontré Nancy Pelosi, la leader démocrate au Congrès.
Photo: Agence Reuters Barack Obama a rencontré Nancy Pelosi, la leader démocrate au Congrès.

La lutte à la crise économique et financière sera le premier défi que devra relever le nouveau président américain, Barack Obama. Elle lui donnera l'occasion de mettre en oeuvre une première série de changements, mais déterminera surtout le moment et l'ampleur des nombreuses autres réformes promises.

Aussitôt assermenté, Barack Obama a tenu à mettre tout de suite les choses au clair. «Notre économie est gravement affaiblie», a-t-il rappelé aux millions d'Américains qui écoutaient son discours d'investiture. «Les défis auxquels nous faisons face sont réels. Ils sont importants et nombreux. Nous ne pourrons les relever facilement ni rapidement. Mais, sache-le, Amérique, nous les relèverons.»

L'économie américaine est officiellement en récession depuis au moins un an. Il y a eu deux millions de pertes d'emplois seulement au cours des quatre derniers mois et il pourrait y en avoir trois à cinq millions de plus durant la prochaine année. Le déficit du gouvernement fédéral devrait exploser de 455 milliards à 1200 milliards cette année, soit plus de 8,3 % du produit intérieur brut (PIB).

«La stabilisation du marché financier et la relance de l'économie américaine sont des enjeux cruciaux pour Barack Obama. Pour lui, il n'y a absolument rien de plus important que cela», observe Pierre Martin, directeur de la Chaire d'études politiques et économiques américaines de l'Université de Montréal. Cela tient à la gravité de la crise économique proprement dite, qui est déjà pire que celles du début des années 2000 et 1990 et qui commence à se rapprocher de la terrible récession du début des années 1980. Mais cela tient aussi au fait que le nouveau président démocrate. qui a fait campagne avec le slogan électoral «Yes, we can!», n'aura probablement pas les moyens d'honorer la plupart de ses nombreuses promesses électorales tant que la crise ne sera pas passée.

La valse des milliards

Le Congrès démocrate étudie un plan de relance économique de 825 milliards. On y trouve notamment pour 275 milliards de baisses de taxes et 550 milliards en améliorations temporaires du filet social, ainsi qu'en dépenses d'infrastructures routières, scolaires, énergétiques et technologiques censées, entre autres, aider un virage vert.

L'administration Obama doit aussi décider ce qu'elle fera des 350 milliards restants du plan de sauvetage du secteur financier de l'ancien secrétaire au Trésor, Henry Paulson. La première moitié du 700 milliards a aidé à ramener un peu de confiance parmi les banques. Mais cela ne sera pas suffisant alors que le ralentissement économique revient frapper, comme un boomerang, les principales responsables de la crise.

«Ce sont des montants astronomiques, qui visent à stabiliser la situation économique, mais, beaucoup aussi, à changer l'atmosphère et à ramener la confiance des consommateurs et des investisseurs», explique Francis Généreux, économiste principal au Mouvement Desjardins. «Il est maintenant à espérer que cela marche, ce qui permettrait le début d'une reprise vers la fin de l'année.»

À en croire les sondages, un changement d'humeur aurait déjà commencé à s'opérer. Trois Américains sur quatre affirmaient cette semaine qu'ils envisageaient l'avenir du pays avec plus d'optimisme depuis l'assermentation d'Obama.

Ce n'est qu'un début

Le nouveau président ne sera pas au bout de ses peines, même s'il réussit à ramener la croissance économique. Il sera alors aux prises avec un gouvernement dont la dette publique passera en deux ans de 41 % à 54 % du PIB et dont les dépenses augmentent en flèche, à cause des deux guerres qu'il mène en Irak et en Afghanistan, mais aussi et surtout à cause du vieillissement de sa population.

Le seul maintien des programmes existants commanderait déjà beaucoup d'efforts, note Francis Généreux. Les promesses de Barack Obama d'en faire plus encore, ne serait-ce qu'en améliorant le système de santé, l'obligeront à la fois à comprimer fortement les dépenses et à augmenter les impôts, particulièrement des plus riches.

Cette crise devrait également amener des remises en cause. L'économiste du Mouvement Desjardins ne serait pas étonné, par exemple, que les États-Unis cherchent à réduire un peu leur dépendance sur la consommation intérieure qui a poussé, ces dernières années, les ménages à s'endetter de plus en plus et a contribué à fragiliser tout le système. Le géant américain pourrait se décider à laisser ses consommateurs épargner et s'en remettre un peu plus, pour son développement, aux exportations et à l'investissement étranger.

Barack Obama devra également trouver le moyen d'éviter qu'une pareille crise se répète. Il devra resserrer la réglementation du marché financier sans l'étouffer. Sa plus grande ouverture d'esprit à l'égard des forums multilatéraux facilitera la vie à ceux qui essayeront d'améliorer les mécanismes de gouvernance internationale, qui ont tellement fait défaut cette fois-ci, pense le professeur Pierre Martin. L'exercice promet d'être délicat dans un monde où les États-Unis demeurent la plus grande puissance planétaire, mais où ils doivent aussi, désormais, tenir compte de l'ascension d'autres puissances, comme l'Union européenne et la Chine.

Différent de Clinton

Bien rares sont les présidents américains à avoir fait face à des problèmes d'une telle ampleur, observe Francis Généreux. Il est vrai qu'au moment de succéder à George Bush père, Bill Clinton avait aussi dû faire face à une importante crise économique et que cela ne l'a pas empêché de connaître ensuite des années de croissance exceptionnelle et d'assainir les finances publiques.

«Le contexte était différent. La crise était déjà en voie de se résorber et on n'était pas aux prises avec deux guerres», note l'économiste du Mouvement Desjardins. Les temps étaient tellement différents que le Congrès démocrate avait même refusé à Bill Clinton le plan de relance économique qu'il réclamait parce qu'on le trouvait trop cher. Son prix: 94 milliards.

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