Revue de presse - L'herbe verte du voisin

Obama, Obama, Obama, il n'y en avait pratiquement que pour lui cette semaine. La cérémonie d'investiture du nouveau président américain a fait jaser, mais c'est l'homme qui impressionne et les politiciens d'ici qui déçoivent. Le St. John's Telegram croit que Barack Obama a mobilisé ses concitoyens parce qu'il a cherché à attirer l'attention, non pas sur sa personne ni sur les défauts de ses adversaires, mais sur un message centré sur les enjeux et des idées. Le quotidien croit que le désintérêt croissant des Canadiens pour la politique vient du fait que nos politiciens passent plus de temps à s'attaquer qu'à présenter leurs idées. «Peut-être que ce ne sont plus les politiciens dont nous avons besoin», conclut-il.

Mindelle Jacobs, de la chaîne SunMedia, a aussi été séduite par le message d'Obama, axé sur la coopération, la responsabilité et la confiance mutuelle, et par son rejet de la partisanerie et de l'affrontement. «Obama a mis de l'avant un certain idéalisme en politique qui touche une corde chez les citoyens.» Selon elle, les Canadiens en espèrent autant, mais attendent toujours.

Plusieurs commentateurs n'ont pu résister à la tentation de faire la comparaison entre le premier ministre Harper et Obama, mais jamais en faveur du premier. James Travers, du Star, note que, pour la première fois en huit ans, le premier ministre du Canada souffre de la comparaison avec le président américain. Le journaliste reconnaît que les leaders canadiens des dernières huit années ont mieux fait que Bush sur les plans économique, social et diplomatique. Mais il est aussi vrai, dit-il, qu'ils ont peu demandé des Canadiens et qu'en se montrant plus exigeant, Obama vient de changer la donne. Le portrait sans détour qu'il a dressé dans son discours inaugural laissait transparaître une urgence que bien des Canadiens ressentent. «La peur n'est pas une excuse pour l'injustice, la convoitise n'est pas synonyme de libre marché, et rejeter les problèmes de la planète sur les générations futures n'est pas une option acceptable.» Obama est un phénomène que les chefs canadiens ne peuvent et ne doivent pas chercher à imiter. Par contre, ils peuvent et doivent se montrer à la hauteur du défi qu'il a lancé, dit Travers, c'est-à-dire faire de la politique et des politiques fondées sur des principes.

Le Victoria Times Colonist a aussi lu, dans le discours d'Obama, une promesse de faire de la politique autrement. La réaction qu'il suscite montre que les gens ont soif d'autre chose. «Depuis des décennies, dit le quotidien, l'Amérique du Nord et le monde sont englués dans une politique fondée sur la division, menée par des stratégistes toujours en quête de nouvelles lignes de fracture et des politiciens qui traitent leurs adversaires en ennemis malhonnêtes.» Obama, en revanche, cherche à rassembler les gens pour qu'ils travaillent de concert à leurs intérêts communs. Bien des Canadiens en voudraient autant, dit le Colonist. «La politique de la division, du blâme, de l'esquive et de la partisanerie toute crue est devenue la norme au Canada. La victoire d'Obama suggère qu'on peut espérer, enfin, que les politiciens vont en venir à accepter qu'[...]un message honnête d'espoir, de coopération et de sacrifices partagés peut inspirer les Canadiens et provoquer un changement.»

Le cas Khadr

La première décision d'Obama, celle de suspendre la procédure des tribunaux militaires de Guantánamo, a tout de suite eu des échos au Canada et relancé les appels pour le rapatriement d'Omar Khadr au Canada. Le Toronto Star, l'Ottawa Citizen et le chroniqueur Greg Weston, de SunMedia, étaient du nombre. À leur avis, le premier ministre Stephen Harper aurait dû profiter de l'occasion pour mettre fin à son opposition. Obama pourrait décider de juger Khadr aux États-Unis, mais le Star considère que son statut d'enfant-soldat, emprisonné pendant plus de six ans sans jamais avoir été condamné, milite pour son rapatriement.

Selon l'Edmonton Journal, la décision d'Obama permettra aux États-Unis de rétablir leur réputation «en respectant le droit international, qui exige que les enfants-soldats comme Omar soient traités en victimes ayant droit à des chances de réhabilitation et d'intégration sociale, plutôt qu'en criminels de guerre adultes». Mais cette même décision amène une autre question, adressée cette fois au gouvernement Harper: «Quand le Canada commencera-t-il à poser des gestes pour rétablir notre réputation, ternie partout dans le monde, et pour tenter de sauver une vie?»

Le défi budgétaire

Pour l'instant, cependant, la préoccupation immédiate du gouvernement Harper reste le budget qui sera présenté mardi. Plusieurs quotidiens ont offert leurs suggestions pour faire face à la crise, mais le conservateur Calgary Herald s'est limité à un conseil au ministre des

Finances, Jim Flaherty. «Réduisez les taxes, dépensez, maintenez de bas taux d'intérêt pour faciliter le crédit, affichez un déficit s'il le faut vraiment, mais s'il vous plaît, pas de ruses.» Restaurer la confiance fait consensus. Il n'y a donc pas place, dit le Herald, pour des coups partisans comme ceux contenus dans l'Énoncé économique de novembre ou encore des propositions qui suscitent la division, comme le projet de commission canadienne des valeurs mobilières.

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mcornellier@ledevoir.com

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