Finies la torture et les prisons secrètes

Barack Obama a ordonné hier la fermeture de la prison de Guantánamo d'ici un an ainsi que le gel de toutes les procédures devant les tribunaux d'exception qui y siègent, de même que la fermeture, «le plus tôt possible», des geôles secrètes de la CIA et l'interdiction des formes d'interrogatoires, largement qualifiées de torture, qui ont été pratiquées par les États-Unis depuis le 11-Septembre 2001.

Deux jours après l'assermentation du nouveau président, sa secrétaire d'État, Hillary Clinton, a par ailleurs présenté, en compagnie de son patron, les émissaires américains pour le Proche-Orient et l'Afghanistan. Il s'agit respectivement de George Mitchell et de Richard Holbrooke.

Barack Obama a signé trois décrets très attendus sur le sort des prisonniers faits dans le cadre de la «guerre contre le terrorisme» lancée par son prédécesseur. En réaction aux attentats du 11-Septembre 2001, ce dernier avait en effet mis en place un dispositif qui a été décrié aux États-Unis comme à l'étranger.

Avant de procéder à la fermeture du pénitencier de Guantánamo, le nouveau chef de l'État américain créera un comité formé de ministres et de hauts fonctionnaires pour passer en revue les motifs de détention des quelque 245 hommes qui s'y trouvent encore, dont le Canadien Omar Khadr.

La prison de Guantánamo «sera fermée le plus tôt possible, pas plus tard qu'un an après la date du présent décret», exige le président. Si des détenus s'y trouvent encore au moment de la fermeture, «ils seront rapatriés dans leur pays, libérés, envoyés dans un pays tiers ou transférés dans une autre prison américaine, conformément à la loi et aux intérêts liés à la sécurité nationale et à la politique étrangère des États-Unis». En attendant, les prisonniers devront être traités dans le respect des Conventions de Genève.

En ce qui concerne les individus soupçonnés de crimes et qui n'auront pas été envoyés à l'étranger, le comité de révision devra déterminer s'ils seront déférés à des tribunaux réguliers, comme le souhaitent la plupart des organisations de défense des droits de l'homme.

Dans un décret séparé, Barack Obama a annulé toutes les directives du gouvernement Bush régissant les interrogatoires des prisonniers qui sont encore en vigueur et qui contreviennent à la Convention contre la torture, aux Conventions de Genève ou au code de conduite de l'armée américaine. Barack Obama a enfin ordonné la fermeture de toutes les prisons secrètes de la CIA et interdit à l'agence de renseignements d'en ouvrir de nouvelles.

Réactions

Le président a signé les trois documents à la Maison-Blanche, en présence de son conseiller juridique Greg Craig et d'un groupe d'officiers militaires à la retraite qui avaient fait campagne, avec l'organisation Human Rights First (HRF), en faveur d'un retour aux principes du droit américain (civil et militaire) et international. «Ces décrets signifient une rupture claire d'avec les politiques de torture, de procès injustes et de détention prolongée sans accusation du gouvernement Bush», a noté hier HRF dans un communiqué.

Les organisations de défense des droits fondamentaux se sont réjouies de voir Barack Obama remplir promptement une de ses promesses électorales. Dans son discours d'investiture mardi, ce dernier avait brièvement évoqué le sujet en déclarant: «Nous rejetons l'idée qu'il faille faire un choix entre notre sécurité et nos idéaux.»

L'Union américaine des libertés civiles (ACLU) a vu dans les décisions présidentielles «le premier rayon de soleil après huit longues années de noirceur au cours desquelles les valeurs chères aux Américains de justice et de respect des garanties prévues par la loi ont été bafouées».

«Il s'agit clairement d'un pas important dans la bonne direction. Le calendrier et les modalités sont désormais les points essentiels [...] Le procès ou la libération [de] plus de 240 prisonniers ont déjà des années de retard», a déclaré Irene Khan, secrétaire générale d'Amnesty International, dont le siège est à Londres.

La porte-parole de la section canadienne francophone de l'organisme, Anne Sainte-Marie, a salué «la volonté politique de respecter les conventions internationales et de reclassifier les personnes se trouvant à Guantánamo». Mme Sainte-Marie a en revanche déploré que le gouvernement canadien persiste dans son refus d'exiger le rapatriement d'Omar Khadr, un jeune Canadien arrêté en Afghanistan en 2002 et accusé par une commission militaire d'avoir tué un soldat américain.

Même s'il a vu dans l'annonce de fermeture du centre de détention «une bonne nouvelle», le ministre des Affaires étrangères, Lawrence Cannon, a dit à la radio de Radio-Canada hier qu'il ne fera rien pour en sortir Omar Khadr.

En effet, même si le procès de ce dernier est suspendu pour au moins quatre mois et que sa prison disparaîtra avant la fin de l'année, Ottawa répète qu'il doit subir jusqu'au bout les procédures intentées à son endroit. Le bureau du premier ministre Stephen Harper refuse de dire ce qui adviendra si le procès ne reprend jamais.

«Nous savons qu'il y a eu un décret aujourd'hui au sujet de la fermeture de Guantánamo Bay et suivons avec intérêt les développements, incluant ceux qui pourraient avoir un impact sur le cas d'Omar Kadhr», a ensuite indiqué dans un courriel au Devoir une porte-parole de M. Cannon, Catherine Loubier.

Émissaires

Pour sa première journée au département d'État, où elle a été reçue avec enthousiasme par les employés, la rivale du nouveau président avant l'investiture démocrate, Hillary Clinton, s'est immédiatement mise au travail en téléphonant à plusieurs dirigeants du Proche-Orient.

«La politique étrangère américaine s'appuie sur trois piliers: la défense, la diplomatie et le développement», a dit la secrétaire d'État devant une foule de fonctionnaires et de diplomates, flanquée de Barack Obama et du nouveau vice-président, Joe Biden.

L'ex-première dame a annoncé officiellement la nomination de George Mitchell, un des artisans de la paix en Irlande du Nord, au poste d'émissaire au Proche-Orient, et de Richard Holbrooke, connu pour avoir mené à bien les accords de Dayton pour l'ex-Yougoslavie, comme représentant spécial pour l'Afghanistan et le Pakistan.

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Avec l'Agence France-Presse et La Presse Canadienne

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