Obama s’active tous azimuts

Le président Obama et son vice-président, Joe Biden, ont rencontré hier le personnel de la Maison-Blanche.
Photo: Agence France-Presse (photo) Le président Obama et son vice-président, Joe Biden, ont rencontré hier le personnel de la Maison-Blanche.

À peine installé dans le bureau ovale de la Maison-Blanche, Barack Obama s’est adonné hier à un activisme tous azimuts, s’attaquant notamment aux dossiers chauds du Proche-Orient et de la prison de Guantanamo, où tous les procès ont été suspendus pour quatre mois.

Au lendemain d’un discours d’investiture annonçant une rupture avec les années Bush, le nouveau président a téléphoné à plusieurs chefs d’État ou de gouvernement du Proche-Orient, quelques jours après la fin (provisoire?) de la crise de Gaza, au cours de laquelle il avait laissé son prédécesseur parler au nom de la superpuissance dont il prend les rênes.

Il s’est également entretenu avec ses principaux conseillers économiques et militaires pour faire le point sur deux dossiers qui devraient accaparer les énergies de la nouvelle équipe dirigeante: le désengagement en Irak, promis en campagne électorale, et la pire crise économique depuis les années 30.

Pendant ce temps, le Congrès des États-Unis approuvait la nomination de Hillary Clinton au poste de secrétaire d’État, c’est-à-dire de ministre des Affaires étrangères, mais continuait de débattre pour savoir si Timothy Geithner, le candidat pressenti par Barack Obama pour le Trésor, est apte à assumer ses nouvelles fonctions.

Le nouveau président américain a téléphoné hier au président égyptien Hosni Moubarak, au premier ministre israélien Éhoud Olmert, au roi Abdallah II de Jordanie et au président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abas. «Il a profité de cette occasion, lors de sa première journée de travail, pour exprimer son engagement à oeuvrer activement à la paix israélo-arabe dès le début de son mandat, et son espoir qu’ils poursuivront leur coopération» avec les États-Unis, a précisé le nouveau porte-parole de la Maison-Blanche, Robert Gibbs.

En outre, selon une source proche du nouveau gouvernement, le président a proposé au sénateur à la retraite George Mitchell de devenir émissaire pour le Proche-Orient. M. Mitchell, 75 ans, renouerait avec un dossier dont il s’était occupé sous la présidence de Bill Clinton, après avoir été le chef de la majorité au Sénat, de 1989 à 1995. L’ancien sénateur s’est attelé à d’autres dossiers difficiles sur le plan diplomatique, présidant notamment les pourparlers de paix en Irlande du Nord.

Selon le porte-parole de Mahmoud Abbas, Nabil Abou Roudeina, M. Obama «a affirmé qu’il déploierait tous les efforts nécessaires pour parvenir le plus rapidement possible» à la paix, et que «son administration allait travailler avec le président Abbas pour bâtir les institutions palestiniennes».

«Nous ne nous attendions pas à un appel aussi rapide du président», a déclaré à l’Agence France-Presse un autre proche collaborateur de M. Abbas, Yasser Abed Rabbo.

De son côté, le bureau du premier ministre israélien a indiqué dans un communiqué qu’Éhoud Olmert avait rendu compte à M. Obama de la situation à Gaza et «déclaré qu’il espérait que les mesures prises par Israël, l’Égypte, les États-Unis et l’Europe pour prévenir la contrebande d’armes seraient couronnées de succès».

M. Obama exposera son plan pour juguler la crise financière dans les toutes prochaines semaines, a déclaré hier au Sénat le secrétaire au Trésor désigné Timothy Geithner, qui s’est également excusé d’avoir omis de payer une partie de ses impôts pendant plusieurs années.

«Ce que fera le président, c’est de se présenter devant le Congrès, dans les semaines qui viennent, espérons-le, et d’exposer pour le peuple américain un plan global destiné à stabiliser le coeur de notre système financier de façon à ce que les banques, primordiales pour notre économie, puissent apporter le crédit nécessaire au redémarrage de la reprise», a dit Geithner.

Ce dernier s’exprimait devant la commission des finances du Sénat, à l’occasion d’une audition pour sa confirmation à la tête du Trésor. Cette Commission doit prendre sa décision aujourd’hui.

Par ailleurs, à la demande de Barack Obama, les procureurs des commissions militaires siégant à la base américaine de Guantanamo ont demandé et obtenu des juges concernés la suspension pour 120 jours des procédures intentées contre certains prisonniers, dont le jeune Canadien Omar Khadr et un groupe de cinq suspects accusés d’avoir trempé dans la préparation des attentats du 11-Septembre.

Selon un projet de décret obtenu hier par l’Union des libertés civiles américaines (ACLU) et circulant dans les médias, le président prévoit de fermer la célèbre prison d’ici un an.

«C’est la fin des procédures militaires», s’est réjoui un des avocats de Khadr, William Kuebler, lui-même lieutenant commandant dans la marine. M. Kuebler a de nouveau demandé au gouvernement canadien de rapatrier son ressortissant, comme l’ont déjà fait la plupart des pays occidentaux et l’Australie.

«Le président Obama n’a pas voulu commencer sa présidence alors que se poursuit le spectacle de ces procédures injustes et chaotiques, a observé Joanne Mariner, directrice du programme Terrorisme et antiterrorisme de l’organisme de défense des droits de la personne Human Rights Watch. Ce délai devrait donner à la nouvelle administration assez de temps pour rejeter les procédures sans valeur et transférer les autres devant une Cour fédérale.»

Hier, le Pentagone a annoncé qu’il s’attendait, «dans les prochains jours», à recevoir de la Maison-Blanche «des instructions supplémentaires pour un réexamen plus complet» des procédures en cours à Guantanamo.

Le Sénat américain a confirmé hier la nomination d’Hillary Clinton au poste de secrétaire d’État, malgré les craintes réitérées de certains élus républicains au sujet de possibles conflits d’intérêts du fait des activités de la fondation de son époux, l’ex-président Bill Clinton.

Les élus se sont prononcés par 94 voix contre deux en faveur de l’ex-First Lady, qui succède à Condoleezza Rice.

Le Sénat a approuvé hier sept autre choix ministériels faits par le nouveau président.

Promettant une nouvelle ère «de transparence», Barack Obama a annoncé hier qu’il gelait les salaires de certains de ses conseillers et qu’il interdirait à ceux-ci de devenir lobbyistes pour des entreprises faisant affaires avec l’État après avoir quitté leurs fonctions.
***
D’après l’Agence France-Presse, Reuters et Associated Press

À voir en vidéo