Bush ne veut pas être jugé trop vite

George W. Bush a tenu hier à Washington la dernière conférence de presse de sa présidence. S’il a admis avoir quelques regrets, il n’a reconnu aucune grande erreur.
Photo: Agence Reuters George W. Bush a tenu hier à Washington la dernière conférence de presse de sa présidence. S’il a admis avoir quelques regrets, il n’a reconnu aucune grande erreur.
S'il a exprimé certains regrets, certaines déceptions, le 43e président des États-Unis a surtout souligné qu'avant la crise économique, «la plus grave menace à laquelle [Barack Obama] sera confronté, ainsi que les présidents après lui, est un attentat sur notre sol. J'aimerais pouvoir dire que ce n'est pas le cas, mais il existe toujours un ennemi qui voudrait faire du mal aux Américains. Ce sera une menace majeure». Il a réitéré ses avertissements contre l'«axe du mal», visant plus précisément l'Iran et la Corée du Nord. «La Corée du Nord est toujours un problème, et l'Iran est toujours dangereux», a-t-il déclaré.

Plusieurs fois, il a souhaité «le meilleur» à Barack Obama, mais il l'a aussi prévenu qu'il allait au-devant de «critiques et de déceptions, comme lui».

Devant les journalistes, George W. Bush a semblé incapable d'admettre des erreurs significatives. Le moment le plus intense s'est présenté à l'instant de défendre son bilan de la guerre contre le terrorisme. «Tous ces débats se tairont s'il y a une nouvelle attaque sur le sol américain», a-t-il dit. Aux critiques qui l'accusent d'avoir porté atteinte à l'autorité morale des États-Unis dans le monde, il a tout simplement répondu: «Je ne suis absolument pas d'accord.» L'équipe d'Obama donne priorité à la restauration de l'image des États-Unis sur la scène internationale.

Cependant, il a reconnu pour la première fois son erreur d'avoir crié victoire dans la guerre en Irak, en 2003, sur le pont d'un porte-avions portant une bannière proclamant «mission accomplie». Certains aspects de sa rhétorique, qualifiée de «diplomatie de cow-boy» par plusieurs, étaient d'autres faux pas, a-t-il concédé. Finalement, il a évoqué le fait que sa décision d'entreprendre une réforme de la sécurité sociale s'était produite à un moment inopportun et que l'immigration aurait dû recevoir la priorité.

Sur la gestion de l'ouragan Katrina à La Nouvelle-Orléans en 2005, Bush a dit s'être longuement interrogé après coup: «Aurais-je pu faire autrement, comme faire atterrir Air Force One?» Non, selon lui, car sa protection sur place aurait détourné les forces de l'ordre de la gestion de la crise.

«Il y a eu des déceptions», a souligné le président. Le scandale des mauvais traitements à la prison américaine d'Abou Ghraïb en Irak en fut une «énorme», tout comme l'absence d'armes de destruction massive dans le pays. «Je ne sais pas si vous appelez ça des erreurs ou pas, mais ce sont des choses qui, disons, ne se sont pas passées comme prévu», a-t-il dit aux journalistes dont plusieurs l'ont suivi pendant les huit dernières années.

«Oui» à Obama pour l'économie

Avant de se retirer, George W. Bush a accédé à la demande de Barack Obama de débloquer la deuxième moitié du plan Tarp (Troubled Asset Relief Program), soit 350 milliards de dollars, afin qu'il puisse réagir en cas d'aggravation de la situation du système financier américain.

Le président élu a précisé que son administration mettrait l'accent sur l'aide à apporter aux ménages frappés par les saisies immobilières et sur les petites entreprises, contrastant avec l'usage qu'avait fait l'administration Bush du premier volet du plan. Les fonds avaient servi à recapitaliser les banques mises à mal par la crise du crédit, afin qu'elles puissent recommencer à prêter.

Le Congrès, qui doit entériner cette demande, dispose de 15 jours pour rendre sa décision.

George W. Bush, dont le deuxième et dernier mandant se terminera le 20 janvier prochain, fera jeudi soir ses adieux à ses compatriotes lors d'une allocution télévisée. Il prendra la parole pendant 10 à 15 minutes devant un auditoire à la Maison-Blanche, a précisé sa porte-parole, Dana Perino. «Ce ne sera pas un chant du cygne pour l'administration Bush, même si ce dernier défendra son bilan [...]», a expliqué Perino. «Le président sortant ne cherchera pas à revivre des batailles qui appartiennent désormais au passé. Ce sera une intervention réfléchie, qui se projette dans l'avenir et dans laquelle il tirera les leçons du passé et énoncera ses idées sur l'avenir.»

Que fera-t-il le premier jour de sa nouvelle vie? «Je pense que je ferai du café à [ma femme] Laura et que je le lui apporterai», a-t-il confié aux journalistes. Mais il ne peut envisager l'oisiveté. «Je ne peux pas m'imaginer en chemise hawaïenne, assis sur une plage, a dit le président, surtout depuis que j'ai cessé de boire», faisant pour une rare fois référence à son alcoolisme passé.

Avec Reuters et l'Agence France-Presse

À voir en vidéo