Barack Obama évite une prise de position trop marquée

Barack Obama «surveille de près la situation à Gaza», a indiqué samedi soir, 27 décembre, une porte-parole du président américain élu. La secrétaire d'État, Condoleezza Rice, avait auparavant précisé que «les États-Unis tiennent le Hamas responsable de la rupture du cessez-le-feu et du regain de violences à Gaza». On peut voir dans l'attitude de M. Obama un attentisme délibéré. On peut aussi y voir un refus de se positionner — contrairement à Mme Rice — sur la question des responsabilités des deux protagonistes, Israël et le Hamas, dans l'escalade militaire.

Lors de sa prise de pouvoir, le 20 janvier, M. Obama peut trouver le dossier israélo-palestinien dans une situation «très différente» d'aujourd'hui, analyse Robert Malley, qui fut conseiller spécial du président Bill Clinton. Trois scénarios sont possibles d'ici là: «Un cessez-le-feu obtenu sous l'égide d'un médiateur; une poursuite des bombardements israéliens et des tirs de mortiers palestiniens sur Israël; et enfin une intervention militaire israélienne dans Gaza pour y renverser le Hamas.» Or l'attitude de l'équipe Obama face au mouvement islamique palestinien ne lui semble pas fixée.

Elle maintiendra, selon lui, les «trois conditions» du Quartet (États-Unis, Europe, Russie, ONU) pour l'intégrer dans une négociation: reconnaissance d'Israël, renoncement à la violence et acceptation des accords précédemment signés. Pour autant, le débat n'est pas tranché quant à l'ouverture de pourparlers (ils passent actuellement par l'intermédiaire du Caire), ni à quel niveau. Dans l'entourage de M. Obama, estime M. Malley, beaucoup «restent convaincus que parler au Hamas sans conditions affaiblirait encore plus [Mahmoud Abbas]», un président palestinien au pouvoir réel limité.

Publié récemment par le Council on Foreign Relations (CFR) et la Brookings Institution, un gros volume intitulé Vers une nouvelle stratégie américaine au Moyen-Orient passe pour contenir des indications sur les tendances dominantes au sein de l'équipe Obama. Rédacteurs du chapitre sur le conflit israélo-arabe, les analystes Steven Cook et Shibley Telhami estiment «urgente» une action dans une situation où «la solution des deux États israélien et palestinien ne sera bientôt plus possible». Motif: son «échec engendrerait des complications sérieuses» pour

Washington dans toute la région.

Mais les coordinateurs de l'ouvrage, Richard Haass, ex-directeur politique du département d'État, et Martin Indyk, ancien responsable du dossier Proche-Orient au Conseil national de sécurité sous Bill Clinton, jugent que les divisions politiques internes des Israéliens et des Palestiniens et les difficultés de l'Autorité palestinienne à contrôler son territoire «réduisent les perspectives d'un accord de paix viable quels que soient les efforts extérieurs». La résolution de ce conflit, selon eux, ne constituera que la troisième priorité de M. Obama, les deux premières (une fois admis le désengagement de l'Irak) étant la négociation avec l'Iran, ensuite un accord «atteignable» israélo-syrien.

À ce jour, M. Obama n'a toujours pas désigné son responsable du dossier proche-oriental. Le nom le plus cité est celui de Dennis Ross, qui occupa ce poste sous le président Bush père, puis sous Bill Clinton. Celui-ci souhaiterait voir ses prérogatives étendues jusqu'à inclure l'Iran. Les deux autres noms sont ceux de Richard Holbrooke, architecte de l'accord de paix en Bosnie-Herzégovine en 1995, et de Daniel Kurtzer, ex-ambassadeur américain en Égypte et en Israël. M. Holbrooke, diplomate chevronné, n'est pas un spécialiste du Proche-Orient. Son choix, comme celui de M. Ross, serait perçu du côté arabe comme favorable à Israël.

Dans le Washington Post, dimanche, l'expert du CSIS (Center for Strategic and International Studies), Anthony Cordesman, estimait qu'Israël est conscient que son offensive militaire «n'aura aucun effet décisif» contre le Hamas. En revanche, «chaque fois que ce type de violences surgit, il devient plus difficile d'avancer» sur le terrain politique. Et de conclure: à présent, «l'administration Obama devra attendre deux ans ou plus avant de pouvoir réengager un sérieux mouvement» vers un processus de paix.

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