«Oui, nous le pouvons»

Le 4 novembre, 23h5, Barack Obama est devenu le premier président afro-américain de l'histoire des États-Unis et il fait souffler désormais un vent d'espoir et de changement contagieux à l'échelle planétaire...

La ferveur des foules partisanes et les sondages des derniers jours de la campagne l'avaient annoncé: le 4 novembre, peu après 23h dans l'est du pays, avec plusieurs États clefs en poche, le sénateur de l'Illinois, Barack Obama, réuni avec ses troupes à Chicago, sait très bien, à la fermeture des bureaux de vote dans les cinq derniers États, quel sera son travail pour les quatre prochaines années.

À 47 ans, le candidat démocrate, inconnu du public il y a quatre ans à peine, vient d'obtenir son ticket d'entrée à la Maison-Blanche. Le 44e président des États-Unis, qui doit entrer officiellement en fonction le 20 janvier prochain, sera un Afro-Américain, 140 ans après l'abolition de l'esclavage et 50 ans après la fin de la ségrégation dans ce pays de la démesure, qui vient une fois de plus démontrer qu'à l'intérieur de ses frontières, tout est possible.

Naturellement qualifiée d'historique, la victoire d'Obama ne pouvait être que chargée. Après les deux mandats républicains pilotés par George W. Bush, elle fait en effet souffler un vent d'espoir et de changement sur les États-Unis, mais également sur le reste du monde. Un vent qu'Obama a lui-même alimenté pendant la course à l'investiture démocrate, puis lors de ses longs mois de campagne, avec deux formules désormais passées à l'histoire: «Yes, we can» (Oui, nous le pouvons) et «Change we need» (Le changement dont nous avons besoin).

Il a défini «sa façon de voir les choses, sa vision du monde, voire sa philosophie des relations internationales comme étant à l'opposé de celle de George W. Bush», résumait récemment le politicologue Louis Balthazar, de l'Observatoire sur les États-Unis à la Chaire Raoul-Dandurand de l'UQAM.

Des attentes

Le prochain occupant du bureau ovale en a désormais beaucoup sur les épaules, comme en témoignent les réactions des grandes capitales du monde. Dans les heures qui ont suivi l'annonce des résultats du scrutin présidentiel, Paris, Londres, Moscou, Téhéran, Tel-Aviv, Bagdad n'ont pas manqué de saluer, parfois avec chaleur, le changement de garde à Washington tout en faisant référence, en choeur, à «l'espoir» qui accompagne désormais le règne à venir d'Obama. «En vous choisissant, c'est le choix du changement, de l'ouverture et de l'optimisme qu'a fait le peuple américain, a résumé dans sa lettre de félicitations le président français Nicolas Sarkozy. Alors que le monde est dans la tourmente et qu'il doute, le peuple américain [...] a exprimé avec force sa foi dans le progrès et dans l'avenir.»

Avec une «campagne inspirée» et «une politique stimulante», selon le premier ministre britannique Gordon Brown, Obama et la nouvelle administration américaine sont désormais sur les écrans radars de plusieurs pays, amis comme ennemis, qui attendent avec impatience de goûter aux fruits de l'alternance politique en espérant que Washington fasse «le choix de bonnes relations avec la Russie», a indiqué au lendemain de la victoire le président russe, Dimitri Medvedev, ou encore s'assure de faire «progresser le processus de paix au Moyen-Orient», a espéré le premier ministre israélien, Éhoud Olmert.

Les 12 travaux — et certainement plus — qui attendent Barack Obama sont donc de taille. C'est qu'en ralliant une majorité d'Américains, le nouveau président semble aussi, depuis le 4 novembre, avoir fédéré le reste du globe autour d'une demande sans équivoque: un autre ton dans la diplomatie américaine dont voudraient profiter l'Union européenne, l'Iran, l'Irak, la Chine, la Corée du Nord, la Russie, le Pakistan, mais aussi l'Afghanistan, d'où le président Amid Karzaï a demandé au futur commandant en chef américain de répondre rapidement à sa demande de «mettre fin aux frappes visant les civils en Afghanistan. [...] La guerre contre le terrorisme ne doit pas être livrée dans les villages afghans».

Ordre du jour chargé

Même les talibans, par l'entremise d'un porte-parole, n'ont pas manqué d'interpeller le 44e chef d'État américain en affichant l'espoir qu'il va «mettre fin à une longue période de guerre et ouvrir une période de paix». En Irak, Obama a par ailleurs promis de retirer les troupes américaines 16 mois après son entrée à la Maison-Blanche.

À l'approche du jour de l'assermentation, le 20 janvier prochain, un constat s'impose de lui-même: la liste des choses à faire — la «to do list», comme l'appellent les voisins du Sud — du successeur de Bush est finalement, à l'image de la population américaine, menacée d'embonpoint. Et, pour la suite des choses, autant les origines du nouveau président, sensibilisé depuis son plus jeune âge à l'ouverture et à la diversité humaine, que l'équipe qu'il est en train de se bâtir pour le gros oeuvre pourraient bien l'aider à en venir à bout, estiment, sur le mode de la prospective, plusieurs observateurs de la scène politique américaine.

«Nous sommes en mesure de prévoir avec certitude un changement réel et significatif», écrit d'ailleurs Louis Balthazar dans un texte qui scrute «le mindset de Barack Obama». «La seule fermeture annoncée de la prison de Guantánamo témoigne déjà d'une orientation profondément différente de la sécurité nationale, sans parler de l'engagement résolu du président élu en matière d'environnement.»

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