Un mois avant le changement de garde - Les sept grands défis de Barack Obama

Les célébrations de sa victoire à peine terminées, Barack Obama aura une quantité phénoménale de dossiers à faire avancer, parmi lesquels on compte les problèmes en Afghanistan et en Irak.
Photo: Agence France-Presse (photo) Les célébrations de sa victoire à peine terminées, Barack Obama aura une quantité phénoménale de dossiers à faire avancer, parmi lesquels on compte les problèmes en Afghanistan et en Irak.

Près de 73 % des Américains sont satisfaits de la manière dont Barack Obama gère sa transition, et ils ne sont que 16 % à avoir une opinion défavorable de lui. Une majorité d'entre eux attendent des améliorations importantes sur l'économie, espèrent un rapide retrait d'Irak et imaginent que le nouveau président aidera à redorer l'image de l'Amérique dans le monde. Des attentes énormes. Le président élu en est conscient et il met déjà en garde contre tout espoir démesuré, en particulier sur le redressement de l'économie. Passage en revue des principaux dossiers sur lesquels est attendu — le mot est faible — Barack Obama.

Iran, Corée du Nord

La prolifération nucléaire

Depuis environ un an, la politique de confrontation directe de l'administration de George W. Bush à l'égard des pays de l'«Axe du mal», comme l'Iran et la Corée du Nord, a laissé place à une approche plus classique de la carotte et du bâton. La première rencontre depuis les années 80 entre diplomates américains et iraniens de haut niveau a eu lieu cette année à Badgad. Des négociations de normalisation avec la Corée du Nord ont, en outre, abouti en octobre au retrait de ce pays par les États-Unis de sa liste des États sponsors du terrorisme. Récemment, Pyongyang a annoncé avoir changé d'avis et qu'il conserverait son arsenal atomique, sans doute afin de renégocier un accord de désarmement plus favorable avec l'administration Obama. Ce dernier, qui s'est dit «prêt à discuter avec les ennemis de l'Amérique», souhaite poursuivre sur cette voie diplomatique avec ces deux pays, sans pour autant renoncer à l'usage éventuel de la force puisqu'il affirme vouloir recruter 92 000 soldats de plus. Une ligne partagée par sa secrétaire d'État, Hillary Clinton, qui a appelé à la relance des efforts diplomatiques pour convaincre l'Iran de renoncer à l'arme nucléaire, tout en avertissant Téhéran qu'il pourrait être rayé de la carte s'il attaquait Israël.

Irak et Proche Orient

Le calendrier du retrait

L'accord de sécurité irako-américain, le Status of Forces Agreement (Sofa), récemment signé entre le gouvernement irakien et l'administration Bush, et qui doit être approuvé ces prochains jours par le Parlement irakien, devance les intentions de l'administration Obama. Le président élu avait en effet prévu de retirer toutes les «troupes de combat» américaines d'Irak en seize mois, soit fin mai 2010. Or, le Sofa programme un retrait des forces de combat pour fin 2011. Obama va devoir décider s'il adhère à son projet initial ou s'il adopte le calendrier du Sofa déjà fixé. Quoi qu'il en soit, comme l'a confirmé ce mois-ci le secrétaire à la Défense, Robert Gates, «il y aura toujours [en Irak], et pour des années, une force militaire américaine chargée du contre-terrorisme ainsi qu'un contingent de conseillers militaires». Contrairement à George W. Bush qui souhaitait changer le Moyen-Orient, y compris par la force, note Fouad Ajami, un expert de l'université Johns Hopkins, «Barack Obama et ses conseillers en politique étrangère marquent un retour à une "realpolitik" qui accepte de manière résignée les façons de fonctionner des autocraties étrangères».

Par ailleurs, la question israélo-palestinienne ne paraît pas être une priorité immédiate de Barack Obama, qui a adopté une ligne pro-israélienne pendant sa campagne, à l'instar d'Hillary Clinton, critiquant même l'administration Bush au mois de mai parce qu'elle ne mettait «pas assez la pression contre le Hamas».

Afghanistan et Pakistan

Le «vrai front» de la guerre

L'Afghanistan est le dossier de politique étrangère le plus urgent du prochain président. Samedi, le chef d'état-major interarmées, l'amiral Michael Mullen, a annoncé que les États-Unis allaient envoyer entre 20 000 à 30 000 soldats en renfort en Afghanistan d'ici à l'été. L'Afghanistan, reconnaît l'actuel secrétaire à la Défense Robert Gates, qui restera en poste sous la nouvelle administration, «pose un défi sur le long terme encore plus complexe que l'Irak». Les talibans ont multiplié, cette année, les attaques conventionnelles contre les forces d'occupation et l'armée afghane, ainsi que les attentats terroristes et les meurtres et enlèvements de travailleurs étrangers. Pour le président élu, l'Afghanistan, en particulier la zone frontalière afghano-pakistanaise, est le «vrai front de la guerre contre le terrorisme». Il s'est engagé à lancer des attaques en territoire pakistanais s'il dispose d'informations lui permettant de localiser des leaders terroristes, à l'instar de Bush qui a commencé à le faire cet été. La difficulté provient du fait que les talibans et al-Qaïda se servent du Pakistan, en particulier des zones frontalières afghano-pakistanaises, comme sanctuaire pour lancer des attaques.

Guantánamo

Après la fermeture, les procès

Obama a promis de fermer le centre de détention de Guantánamo Bay, en territoire cubain, où sont retenus environ 250 prisonniers. Il a promis d'abolir les tribunaux militaires et de déterminer quels «ennemis combattants illégaux» méritent réellement d'être jugés par des cours militaires ou civiles. Mais il ne précise pas comment, ni où les prisonniers seront détenus durant cette procédure. Ken Gude, expert du Center for American Progress qui a élaboré un plan de fermeture de Guantánamo pour le président, estime qu'une quinzaine de détenus dangereux mais impossibles à juger par manque de preuve continueront à être enfermés indéfiniment sans jugement, et préconise la construction d'une prison spéciale en Afghanistan.

Économie

Un nouveau New Deal

S'il aime volontiers se draper de l'aura de Abraham Lincoln, c'est surtout à Franklin Delano Roosevelt que Barack Obama fait référence lorsqu'il cherche à vendre son plan de relance économique. Comme son prédécesseur en 1929, le président élu et son équipe économique entendent s'attaquer à la crise en offrant des réductions fiscales à la classe moyenne pour soutenir la consommation, mais surtout en finançant de grands travaux d'infrastructure qui comprennent la modernisation du réseau routier, la construction d'écoles ou la réparation de digues. L'affaissement d'un pont à Minneapolis en août 2007 ou la rupture des digues de La Nouvelle-Orléans lors de l'ouragan Katrina en 2005, ont montré le délabrement des infrastructures du pays. Le soutien public ne devrait pas être difficile à obtenir. Le plan prévoit aussi une augmentation de l'aide alimentaire aux plus démunis et une prolongation de la durée des indemnités chômage. Le montant de ces incitations pourrait atteindre 775 milliards de dollars (556 millions d'euros).

Barack Obama a surpris en laissant entendre qu'il souhaitait que le nouveau Congrès élu, plus ancré à gauche que l'actuel, planche dès le 6 janvier sur ce plan de relance, qui a déjà reçu le soutien de groupes démocrates progressistes et de syndicats. Les tenants de la rigueur budgétaire crieront au loup, mais il est probable qu'un plan généreux alliant création d'emplois (les premiers chiffres font état de 3 millions de postes) et réductions d'impôts permette au nouveau président de trouver rapidement les majorités nécessaires au Congrès. Certains tablent même sur un vote avant le jour de l'investiture, le 20 janvier.

Écologie

Une énergie verte

Pendant sa campagne, Barack Obama n'a cessé de plaider pour un «programme Apollo» de l'énergie. A Denver, en septembre, lors de la Convention démocrate, il proposait de consacrer 15 milliards de dollars par an (17,7 milliards d'euros) sur dix ans à la recherche sur les énergies renouvelables. A terme, espère-t-il, ces énergies propres devraient diminuer la dépendance des États-Unis au pétrole étranger. Les personnes qu'il a choisies pour diriger sa politique énergétique et environnementale, dont le Prix Nobel de physique Steven Chu comme secrétaire à l'Énergie, partisan déclaré des énergies alternatives, ont rassuré les environnementalistes. Signe de la volonté affichée dans ce domaine, Barack Obama a fait de l'amélioration des performances énergétiques des bâtiments fédéraux un point central de son plan de relance.

Seule ombre au tableau, le président élu, électoralisme oblige, est non seulement favorable à l'éthanol de maïs, mais a voté pour les subventions à la production de ce biocarburant, un positionnement qui s'est avéré crucial pour convaincre les électeurs de l'Iowa, État producteur d'éthanol. Les environnementalistes espèrent parvenir à le convaincre de changer d'avis sur ce carburant controversé.

Sur le plan international, Obama a promis de réintégrer les négociations de l'ONU sur le changement climatique. Son intention de réduire de 80 % d'ici 2050 les émissions de gaz à effet de serre par rapport à leur niveau de 1990 augure d'un changement d'attitude par rapport à l'administration Bush. La crise économique et les pressions qu'il ne manquera pas de subir des principales industries concernées pourraient néanmoins freiner son ardeur.

Finance

Wall Street sous surveillance

L'affaire Madoff, la crise des subprimes, l'effondrement de fleurons de la banque et l'endettement des ménages minés par les taux d'intérêts plaident pour une plus stricte régulation des marchés bancaires et financiers. Si une partie du secteur rechigne, Barack Obama sait qu'il a l'opinion derrière lui. Wall Street pourrait donc connaître un serrement de vis. Les hedge funds, les sociétés privées de courtage ainsi que les instituts de prêts hypothécaires sont visés. La nomination d'anciens de l'administration Clinton à des postes clefs, comme Lawrence Summers au Conseil économique ou Timothy Geithner comme secrétaire au Trésor, tout deux étiquetés modérés, a rassuré les marchés. Mais Obama a aussi suscité des critiques: Summers comme Geithner sont des protégés de Robert Rubin, l'ancien secrétaire au Trésor de Clinton qui n'a pas vu venir la crise des subprimes et a agressivement milité en faveur de la dérégulation des marchés. Contrairement à Bush, Obama a en revanche toujours plaidé pour une aide directe aux propriétaires privés incapables de rembourser et menacés de saisie. Le refinancement des dettes hypothécaires est une option envisagée, mais aucune décision n'a été prise. Obama sera attendu sur ce dossier, car, jusqu'ici, le plan de relance Paulson, du nom de l'actuel secrétaire au Trésor, n'a tendu la main qu'aux banques et, depuis vendredi, à l'industrie automobile.

Santé

Des soins pour tous

La réforme du système de santé fut une priorité de la campagne démocrate (jusqu'à l'effondrement des marchés) dans un pays où 50 millions de personnes n'ont pas d'assurance-maladie et où des dizaines de millions d'autres sont mal assurées, en dépit de primes d'assurance souvent exorbitantes. Obama a promis de s'y atteler en proposant notamment la création d'une Caisse fédérale d'assurance sur le modèle de celle qui couvre les fonctionnaires. La crise ne fera que rendre le problème plus aigu à l'heure où des dizaines de milliers de chômeurs grossiront les rangs des non assurés, l'assurance-maladie aux Etats-Unis dépendant généralement de l'employeur. Le déficit budgétaire pourrait mettre un frein aux ambitions d'Obama. Toutefois, le choix de Tom Daschle, ancien sénateur du Dakota du Sud et ardent patrisan de la caisse fédérale, indique qu'Obama a de la suite dans les idées. Il profitera en outre durant la première moitié de sa présidence d'une majorité démocrate au Congrès, acquise à la nécessité de réformer le système de santé. Sa connaissance des arcanes du Congrès devrait permettre à Daschle de contourner les obstacles qui avaient tué dans l'oeuf le plan de santé de l'ancienne First Lady, Hillary Clinton, en 1994. Peu au fait du fonctionnement du Congrès, elle s'était mis à dos les ténors de son propre parti.

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