George W. Bush n'a pas attendu l'élection de Barack Obama pour envisager des dates de retrait - L'accord Bagdad-Washington satisfera-t-il les Irakiens ?

La présence d’une armée d’occupation est inacceptable aux yeux de très nombreux Irakiens.
Photo: Agence Reuters La présence d’une armée d’occupation est inacceptable aux yeux de très nombreux Irakiens.

D'abord, le prochain président américain a répété cette semaine qu'il veut mettre fin à l'engagement militaire de son pays d'ici à 16 mois, quitte à interpréter ce calendrier de façon large, en écoutant ses conseillers sur le terrain. Ce retrait devra se faire de façon «responsable», a dit Barack Obama.

Le Parlement irakien lui a récemment donné cette latitude en approuvant un «accord sur le statut des troupes» américaines (SOFA, pour employer l'acronyme anglais) qui prévoit un départ complet de celles-ci à la fin de 2011, soit dans 24 mois.

Il faut toutefois noter que cette entente a été entérinée, le 27 novembre, par une faible majorité des législateurs irakiens, qui en étaient parfois venus aux coups pen-

dant leurs débats, et qu'elle devra faire l'objet d'un référendum l'été prochain.

Les États-Unis signent des «SOFA» avec tous les gouvernements des pays où des troupes américaines sont stationnées. La durée de cette présence militaire fait souvent l'objet d'ententes séparées. Quand les négociateurs américains ont commencé à discuter avec leurs vis-à-vis irakiens, il y a près d'un an, ils refusaient de considérer des dates pour le retrait des G.I.'s. Mais il est clair que le président sortant George W. Bush n'a pas attendu l'élection de Barack Obama, le 4 novembre, pour changer d'avis sur cette question, sur laquelle le premier ministre irakien Nouri al-Maliki s'est montré intraitable.

À Washington, il devenait évident qu'on ne pourrait pas garder indéfiniment plus de

140 000 soldats en Irak tout en renforçant le contingent en Afghanistan, où l'«insurrection» gagne en puissance. Et il devenait de plus en plus difficile de justifier le coût de l'opération à mesure que se multipliaient les signes avant-coureurs du ralentissement économique qui est maintenant confirmé.

Le 30 juin 2009

L'accord sur le statut des troupes remplacera le mandat confié à ces dernières par l'Organisation des nations unies, qui vient à échéance le 1er janvier. Il prévoit que les militaires américains se retireront totalement des villes irakiennes d'ici le 30 juin prochain, alors que le départ des derniers soldats est prévu pour décembre 2011.

Pour convaincre une majorité de parlementaires, le gouvernement à majorité chiite du premier ministre al-Maliki a dû arracher des concessions aux négociateurs américains. Outre ce calendrier de retrait, Washington a dû accepter que les soldats américains et les contractuels de la Défense soient dorénavant soumis aux lois irakiennes et, par conséquent, sujets à d'éventuelles poursuites pénales. C'est la situation qui prévaut dans la plupart des pays où des troupes américaines sont stationnées mais, jusqu'à présent, les soldats et les autres agents de l'oncle Sam bénéficiaient dans les faits de l'impunité en Irak. L'entente limite en outre le droit qu'ont les militaires américains d'arrêter et de détenir des suspects irakiens.

D'autre part, sur le plan intérieur, Nouri al-Maliki a dû faire des concessions politiques. La tenue d'un référendum répond à une exigence qui avait été formulée par les partis sunnites et les nationalistes. L'intervention de l'influent ayatollah chiite Ali al-Sistani en faveur de cette disposition a contribué à aplanir les difficultés à ce chapitre.

Le gouvernement irakien a également promis de confier quelques ministères additionnels à des députés issus des partis sunnites et d'alléger les lois qui interdisent aux anciens membres du parti Baas de Saddam Hussein d'occuper des emplois dans la fonction publique.

«Cet accord est un succès à plusieurs niveaux. C'est la première fois qu'on voit en Irak un accord transcommunautaire et transethnique qui a fait l'objet d'un débat public», observe Sami Aoun, professeur de science politique à l'Université de Sherbrooke.

L'opposition la plus farouche au «SOFA» a été menée par Moqtada al-Sadr, un leader chiite populiste généralement considéré comme radical, dont l'appui avait permis à Nouri al-Maliki de prendre le pouvoir en 2005. Depuis lors, les relations se sont détériorées entre Sadr et Maliki, ce dernier ayant mâté les milices du premier avec l'appui américain, le printemps dernier.

Une cause de perdue

Moqtada al-Sadr, qui a toujours réclamé le départ des troupes américaines, se trouve en quelque sorte obligé de décrier un accord qui lui fait perdre une de ses principales causes.

«Moqtada al-Sadr se cherche une place dans le jeu politique irakien. Il a beaucoup de partisans dans le sud du pays et dans Sadr City [un quartier chiite de Bagdad], mais il ne dispose par d'un parti politique. Il ne pouvait faire autrement que d'être contre l'entente. Depuis le début de l'occupation, ses milices sont pourchassées, par les Américains puis par l'armée irakienne. Par son opposition, il vise à affirmer son existence. De plus, il est en contact avec l'Iran, qui a des réserves sur le pacte», note Louhay Bahry, professeur de science politique irakien et chercheur au Middle East Institute de Washington.

L'Iran a jusqu'ici envoyé des messages contradictoires, certains hauts responsables de ce pays décriant l'accord américano-irakien et d'autres vantant les talents de négociateur du premier ministre irakien.

«Maliki s'est imposé comme un leader irakien capable de jouer les médiateurs entre Téhéran et Washington. Il a compris qu'il devait ménager les intérêts des deux capitales», observe Sami Aoun.

Si l'accord est rejeté par référendum en juillet prochain, le gouvernement irakien devra entrer dans une nouvelle ronde de pourparlers avec les États-Unis afin de mettre fin à l'occupation plus rapidement.

Même si on se dit confiant, officiellement à Washington et à Bagdad, un verdict négatif n'est pas totalement exclu. «Le climat est confus. D'ici un an, trois élections auront lieu en Irak: des élections provinciales en janvier, un référendum en juillet et des élections générales à la fin de 2009», rappelle Louhay Bahry.

Les stratèges américains et l'actuel gouvernement irakien s'entendent sur la nécessité d'une présence militaire américaine minimale en attendant que l'armée irakienne puisse assurer la sécurité sur tout le territoire; en même temps, la présence d'une armée d'occupation est inacceptable aux yeux de très nombreux Irakiens.

«Si un gouvernement irakien fait des pas vers une réconciliation entre les différents groupes ethniques et religieux du pays, rétablit la situation économique et met fin à la corruption, on peut être sûr d'assister à un retrait total des forces américaines. Sinon, ce gouvernement devra demander au gouvernement américain une protection prolongée», juge Louhay Bahry.

Accaparés par le maintien d'une armée et d'une police nombreuses et en grande partie détournées dans les méandres de la corruption, les revenus pétroliers ne suffisent pas pour relever le niveau de vie des Irakiens.

D'autre part, l'insécurité qui perdure éloigne les investisseurs. Depuis le début de 2008, les attentats ont connu une certaine recrudescence, même si on est loin du sommet atteint un an et demi auparavant. La violence semble aujourd'hui plus ciblée: on a assisté récemment à des tentatives d'assassinat contre des personnalités politiques et à des attaques contre des édifices gouvernementaux, de même qu'à une montée de la violence contre la minorité chrétienne.

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