Crise économique - Obama promet d'agir vite

Barack Obama
Photo: Agence France-Presse (photo) Barack Obama

Trois jours après avoir été élu président des États-Unis, Barack Obama a promis hier de s'attaquer «de front» à la crise économique et dit espérer qu'un plan de secours complémentaire à hauteur de 100 milliards $US sera adopté à l'intention des contribuables américains avant son entrée en fonction, le 20 janvier prochain. À défaut, il s'est engagé à en faire sa toute première priorité dès son arrivée à la Maison-Blanche.

M. Obama donnait hier à Chicago, devenue en quelque sorte capitale nationale officieuse depuis mardi soir, sa première conférence de presse depuis sa victoire électorale.

Conférence de presse à saveur surtout économique. Tels sont les défis qui l'attendent dans l'immédiat (les statistiques d'octobre indiquaient hier que le chômage avait bondi à 6,5%, son plus haut niveau depuis plus de 14 ans) et qui orienteront sans doute l'ensemble de sa présidence. Le nouveau président était accompagné de son vice-président, Joe Biden, et de grands noms du monde économique américain: Paul Volcker, ancien patron de la Réserve fédérale, Robert Rubin et Larry Summers, anciens secrétaires au Trésor sous Bill Clinton. «Nous avons besoin d'un plan de sauvetage pour la classe moyenne», a déclaré M. Obama. Pour autant, son message était hier chiche de nouvelles mesures. En contenu, sa conférence de presse était pour l'essentiel une répétition du discours électoral qu'il tient depuis deux mois.

«Nous sommes confrontés au plus grand défi de notre temps en matière économique. Nous allons devoir agir rapidement», a-t-il déclaré, afin de «diminuer la crise du crédit, aider les familles de travailleurs et rétablir la croissance et la prospérité».

Le plan de secours pour lequel il milite est porté au Congrès par la majorité démocrate, mais fait l'objet d'objections de la part de l'administration Bush. Le plan prévoit le lancement de travaux publics à des fins de création d'emplois, une extension d'urgence de l'assurance-chômage et une aide financière à l'intention des États qui peinent à financer leurs politiques sociales, notamment en santé. M. Obama a réitéré qu'il faudra absolument aider l'industrie automobile américaine, qui est au bord du gouffre, à «s'adapter à la chute de la demande». Le Congrès a approuvé début septembre une enveloppe de 25 milliards de prêts à taux réduits pour que l'industrie américaine produise des modèles moins gourmands en carburant et plus écologiques.

Dans un deuxième temps, a promis le président élu, un plan additionnel de secours de plus de 100 milliards devrait inclure dès le début de 2009 des baisses de taxes pour les familles dont les revenus sont modestes ou modérés.

Contrairement à ce que certains espéraient, M. Obama n'a pas annoncé, hier, le nom très attendu du prochain secrétaire au Trésor. «Il n'y a aucun doute que les gens veulent savoir de qui notre équipe sera composée, a-t-il déclaré en conférence de presse. Je veux agir de façon réfléchie et rapide, mais je veux insister sur la réflexion autant que sur la rapidité.» Des nominations sont attendues d'ici la fête de la Thanksgiving, le 27 novembre prochain.

Reste que jamais, de mémoire de correspondant politique américain, un président élu ne s'est montré aussi pressé d'assumer les fonctions présidentielles, sans attendre l'investiture du 20 janvier. Le président élu s'est entretenu dès jeudi, par téléphone, avec les dirigeants de neuf pays — Allemagne, France, Grande-Bretagne, Israël, Japon, Mexique, Corée du Sud, Canada et Australie —, signalant au moins symboliquement qu'il s'employait à prendre des mains du président Bush ses responsabilités en matière de politique étrangère. La crise financière et la réforme du système financier, la guerre en Afghanistan, la réchauffement climatique et les dossiers nucléaires iranien et nord-coréen ont apparemment dominé les conversations.

Lundi, à la Maison-Blanche, il sera l'invité, en compagnie de sa femme Michelle, du président George W. Bush et de son épouse Laura, question de projeter, en apparence, une image de saine collaboration bipartisane en ces temps de crise. M. Obama a dit s'attendre «à des discussions substantielles avec M. Bush, une fois que nous aurons fait le tour du propriétaire».

Le cabinet

Des indices commencent à affleurer, qui donnent une idée du cabinet dont il veut s'entourer. «Un groupe de personnes unies dans un projet commun mais diversifiées dans leurs points de vue», a résumé Robert Wexler, un élu démocrate de la Floride. Obama a nommé jeudi au poste hautement stratégique de directeur de cabinet le représentant de l'Illinois Rahm Emmanuel, vétéran de l'époque de Bill Clinton, un homme de 49 ans surnommé Rahmbo pour son mordant et sa ténacité, considéré comme l'architecte de la majorité démocrate retrouvée aux législatives de 2006.

Avant sa conférence de presse, M. Obama avait réuni hier matin son nouveau comité ad hoc d'experts économiques. Plusieurs de ses membres — Summers, Volcker, Rubin et le milliardaire Warren Buffett — sont des candidats pressentis par les médias à la fonction de secrétaire au Trésor, poste décisif qui devra superviser la mise en oeuvre du plan de sauvetage financier de 700 milliards adopté en octobre par le Congrès. Un autre candidat est Timothy Geithner, président de la Réserve fédérale de New York.

Au poste de secrétaire à la Défense, la rumeur insiste sur la candidature de son titulaire actuel, Robert Gates, nommé par M. Bush au début de son second mandat. Le signe, disent certains observateurs, que M. Obama a, dans ce domaine, un souci de continuité. Le sénateur John Kerry voudrait devenir secrétaire d'État. Une autre rumeur place à la tête de l'Agence de protection de l'environnement (EPA) Robert F. Kennedy, avocat et lobbyiste au Natural Resources Defense Council, la plus importante organisation environnementale aux États-Unis. Une autre candidature inspirante est celle de Lisa Renstrom, ancienne présidente du Sierra Club.

M. Obama a en revanche décliné l'invitation qui lui a été faite par M. Bush de participer au sommet international d'urgence sur la crise économique qui se tiendra samedi prochain à Washington en présence des membres du G20. «Nous n'avons qu'un seul président à la fois. Je veux faire en sorte que nous adressions au monde le bon message: je ne suis pas le président. Je ne le serai pas avant le 20 janvier.»

Pas plus qu'il n'habite déjà à la Maison-Blanche. En conférence de presse, M. Obama n'a pu échapper à une question bébête sur la tradition qui veut que les présidents américains aient presque toujours eu des chiens pendant leur séjour à Washington. Oui, la famille Obama en aura un, comme il l'a promis à ses deux filles. Sa préférence, a-t-il dit, serait de prendre un chien de refuge qui soit croisé... «comme moi».