04-11-08

Photo: Agence France-Presse (photo)

Barack Obama et John McCain ont mis le point final à l'une des courses présidentielles les plus extraordinaires de l'histoire des États-Unis, hier, en faisant campagne à un train d'enfer, alors que les derniers sondages continuaient, non sans quelques hésitations, de prédire la victoire du candidat démocrate. La crainte est d'ailleurs que la ruée sur les urnes soit telle, aujourd'hui, que les systèmes électoraux aient du mal à absorber le choc dans plusieurs États clés.

Détendu, selon son entourage, comme il ne l'a pas été depuis des mois, apparemment soulagé de voir la course s'achever, confiant de voir le resserrement des sondages lui donner la présidence au photo-finish, le républicain John McCain, 72 ans, s'est soumis hier à un éreintant marathon, avec des meetings dans pas moins de sept États, de la Floride à l'Arizona, en passant par le Tennessee, la Pennsylvanie, l'Indiana, le Nouveau-Mexique et le Nevada. Ultime incursion en terres conservatrices pour M. Obama, qui s'est concentré de son côté sur la Floride, la Caroline du Nord et en Virginie, trois États républicains où une victoire lui ouvrirait la voie vers la présidence.

«Il reste un jour avant que nous n'emmenions les États-Unis dans une autre direction», a lancé M. McCain à quelque 500 personnes réunies dans un stade de 65 000 places à Tampa, en Floride. «Les experts ne sont peut-être pas au courant, les démocrates ne sont peut-être pas au courant, mais "Mac est de retour", et nous allons gagner cette élection», a-t-il assuré, appelant ses partisans à se «battre» jusqu'à la fin.

«Il nous reste un jour pour changer les États-Unis d'Amérique», a dit en écho M. Obama au cours d'un meeting à Jacksonville, en Floride, devant 9000 partisans, chantant à l'unisson: «Oui nous pouvons!» «Je n'ai qu'un mot à te dire Floride: demain», a dit M. Obama. Il a estimé, lors d'une émission de radio matinale, que la victoire irait sans doute au camp le plus motivé. «La question va être: qui en a le plus envie? Et j'espère que nos sympathisants en ont vraiment envie, parce que je pense que le pays en a vraiment besoin.»

En désespoir de cause, le Parti républicain est revenu à la charge avec une nouvelle publicité qui met en vedette l'ex-pasteur de Barack Obama, le controversé Jeremiah Wright. C'est notamment le cas en Pennsylvanie, où M. McCain a passé beaucoup de temps au cours des dernières semaines à tenter de rallier à son discours sur Joe le Plombier cette importante partie de l'électorat que constituent les travailleurs blancs. «Si vous considérez voter pour Barack Obama, considérez ceci: il a choisi cet homme comme conseiller spirituel», peut-on entendre dans la publicité, avant d'entendre le pasteur crier: «Que Dieu ne bénisse pas l'Amérique; que Dieu damne l'Amérique!» Que, donc, M. McCain échoue demain à arracher la Pennsylvanie, vu l'énergie qu'il y a investie, pourrait être clou dans le cercueil de sa candidature.

Prenait fin hier la campagne présidentielle la plus longue (21 mois) et la plus coûteuse (un milliard de dollars) de l'histoire des États-Unis. Une bonne partie de l'électorat a accompli son devoir électoral au cours des dernières semaines: 27 millions de votes par procuration ou par anticipation ont déjà été enregistrés, un record. On s'attend à ce qu'au total 130 millions d'électeurs inscrits se rendent aux urnes aujourd'hui. Un degré de mobilisation inégalé depuis 1960. Il n'est pas impossible que l'affluence retarde la fermeture des bureaux de vote.

Les enquêtes d'opinion donnent toujours à penser, par une marge de sept à huit points, que le candidat démocrate est le mieux placé pour être élu à la présidence et devenir le premier président noir de l'histoire du pays. Un sondage Gallup publié dans USA Today va même jusqu'à donner une avance de 11 points, avec 53 % des intentions de vote contre 42 % à McCain. Pour être élu, un candidat doit par ailleurs remporter au moins 270 voix des 538 grands électeurs. RealClearPolitics en donnait hier 278 à Obama, sur la base de son analyse des derniers sondages, contre seulement 132 à John McCain. Ce décompte ne prend pas en considération les résultats des sondages dans les États clés que sont la Floride, l'Ohio et la Virginie, où M. Obama a une avance trop mince pour être jugée concluante.

Indices

Les tout premiers résultats électoraux qui seront diffusés ce soir pourraient donner d'importants indices sur la tournure que prendra la soirée, puisque la plupart des États où la décision des électeurs sera décisive se trouvent dans l'est du pays et autour des Grands Lacs. Les bureaux de vote ferment à 19 heures en Virginie, un État sous contrôle républicain à l'échelle présidentielle depuis 1964. Que cet État passe aux démocrates, ce qui est plausible, donnerait le ton. Une demi-heure plus tard, les bureaux ferment dans deux autres États importants, l'Ohio et la Caroline du Nord, remportés par Bush en 2000 et 2004. À 20 heures, ils ferment en Floride et au Missouri.

De ces cinq États, M. McCain ne menait hier que dans ceux de la Caroline du Nord et du Missouri — par moins de un point de pourcentage. Il était à la traîne en Ohio, en Virginie et en Floride. Le problème pour M. McCain est qu'il lui faut remporter toutes ces batailles pour espérer décrocher la présidence. Défi de taille auquel n'a pas à faire face M. Obama, dont la solidité des appuis dans les États du Nord-Est, des Grands-Lacs et de la côte ouest lui donnent une marge de manoeuvre mathématique autrement plus grande.

Une nouvelle série d'États mettent fin à la journée de vote à 21 heures, heure à laquelle, dans le scénario le plus bref, l'un ou l'autre des candidats pourrait atteindre le chiffre magique de 270 grands électeurs. M. Obama a beaucoup misé sur le Colorado et le Nouveau-Mexique dans l'espoir de percer la muraille républicaine dans cette partie du pays. Il aura besoin de les remporter s'il a fait chou blanc dans les bastions républicains qu'il convoitait à l'est.

Les derniers bureaux de vote ferment à minuit dans la républicaine Alaska, terre de Sarah Palin. Une heure plus tôt, la Californie, l'État le plus pesant du pays avec ses 55 grands électeurs, aura donné ses votes à Barack Obama où il dispose, dans les sondages, d'une avance de 24 points de pourcentage sur John McCain.

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