Présidentielle américaine - Le camp McCain choisit une stratégie risquée face à Obama

Washington — Distancé dans les sondages à moins d'un mois de la présidentielle américaine, le camp du républicain John McCain a décidé de jouer son va-tout en lançant une série d'attaques contre le démocrate Barack Obama, au risque que cette stratégie se retourne contre les républicains.

La colistière de John McCain, Sarah Palin a ouvert les hostilités en fin de semaine en dénonçant le «copinage», selon elle, entre le sénateur de l'Illinois et Bill Ayers, membre d'un groupe d'extrême gauche radical, les Weathermen, dans les années 1960 et 1970.

«Qui est le vrai Obama?», a demandé hier M. McCain au cours d'un rassemblement électoral à Albuquerque. «La susceptibilité de mon adversaire chaque fois qu'il est interrogé sur son bilan devrait nous inquiéter», a dit le sénateur de l'Arizona. M. McCain a qualifié son adversaire de «politicien de Chicago».

Des attaques

Ces déclarations interviennent après que l'équipe de campagne de John McCain a lancé un nouveau spot télévisé, diffusé au niveau national et intitulé «Dangereux», qui accuse M. Obama d'avoir résumé l'action américaine en Afghanistan à «des bombardements aériens sur des villages, tuant des civils».

Le camp McCain a choisi de redoubler d'ardeur d'ici au 4 novembre pour attaquer Barack Obama et soulever des doutes concernant sa capacité de jugement, son honnêteté et ses fréquentations personnelles.

«Si nous continuons à parler de la crise économique, nous allons perdre», a confié, sous couvert de l'anonymat, un stratège important de John McCain au Daily News.

«La plupart des gens considèrent la nouvelle stratégie du camp McCain pour ce qu'elle est: un acte de désespoir d'une campagne en déroute qui voit l'élection lui échapper», a dit l'ancien porte-parole de la Maison-Blanche, Scott McClellan.

Du désespoir

«Ce genre de campagne [négative] reflète généralement une certaine forme de désespoir de la part d'un candidat qui ne croit plus avoir un message positif assez puissant» à proposer aux électeurs, a également estimé Michael Traugott, professeur de sciences politiques à l'université du Michigan. Cela «peut stimuler la base républicaine mais attirera peu d'indépendants ou d'électeurs indécis», selon lui.

En campagne en Caroline du Nord, M. Obama a dénoncé «les manigances et les calomnies» du camp républicain. Le camp Obama ne se prive cependant pas lui-même de critiquer le camp adverse et a lancé hier un nouveau site Internet où il rappelle l'implication de John McCain dans un scandale financier remontant à la fin des années 1980.

Il n'est pas certain que la tactique visant à ternir l'image de l'adversaire soit la bonne. «En temps de crise, les électeurs veulent entendre les candidats parler des sujets qui les préoccupent plutôt que de les voir se lancer dans des attaques personnelles», a affirmé Eric Davis, professeur de sciences politiques au Middlebury College dans le Vermont.

Les deux candidats devaient avoir l'occasion de s'expliquer directement ce soir à l'occasion de leur second débat télévisé.

«McCain doit stopper sa chute dans les sondages d'ici la fin de la semaine. Si les sondages montrent encore un écart de 8 points après le dernier débat, je ne vois pas comment McCain pourrait revenir, que ce soit au niveau national ou dans les États clefs», a estimé M. Davis.