Sarah Palin évite le pire

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La grande question à propos de l'unique débat entre les deux candidats à la vice-présidence américaine était de savoir si la républicaine Sarah Palin allait confondre les sceptiques, ceux qui doutent de ses compétences et du sérieux de sa candidature, ou si elle allait faire honte au «ticket» qu'elle partage avec John McCain.

La réponse se situe entre ces deux extrêmes: la gouverneure de l'Alaska a évité le pire hier soir, ne commettant pas de gaffes majeures et paraissant plus compétente qu'on l'avait cru, devant Joe Biden, un vétéran en politique, qui a nettement fait preuve d'une plus grande assurance, maîtrisant beaucoup mieux ses dossiers.

Parlant de l'embellie observée depuis quelques mois en Irak, elle s'est même assez bien défendue en politique étrangère, ce qui devait être sa principale faiblesse.

Joe Biden n'a pas tardé à attaquer le candidat républicain à la présidence, John McCain, l'accusant dès le début du débat d'être «à côté de la plaque» sur les questions économiques. Il a par exemple fait référence à la déclaration récente du candidat républicain à la Maison-Blanche sur la solidité des fondements de l'économie, alors que Barack Obama, le candidat démocrate à la présidence, avait évoqué il y a près de deux ans le danger des subprimes.

Mme Palin a répliqué qu'en parlant des «fondamentaux», John McCain évoquait en fait la population active.

Même si les deux candidats à la vice-présidence s'entendent sur la nécessité d'une meilleure surveillance du secteur financier, Biden a de nouveau attaqué le candidat républicain à la présidence en arguant qu'il a fait fausse route en favorisant la «déréglementation» — un terme qu'il a plusieurs fois répété — de ce secteur. Selon lui, cette déréglementation a favorisé l'éclosion de «la pire crise économique que nous ayons connue».

Il a en outre critiqué les réductions d'impôts et de taxes consenties par l'administration républicaine aux grandes entreprises, citant le nom de la pétrolière Exxon Mobil.

Sarah Palin a prétendu que le plan économique de Barack Obama allait entraîner des hausses de taxes et d'impôts pour la classe moyenne, son adversaire répliquant que 95 % des familles américaines ne connaîtraient pas de telles hausses sous un gouvernement démocrate.

Sur ce dossier, M. Biden paraissait nettement mieux informé que son adversaire. Sarah Palin a cependant réussi à éviter le pire, détournant assez habilement la conversation pour parler de ses réalisations en tant que mairesse ou gouverneure en Alaska, ou en promettant d'aider «Joe Sixpack» (l'Américain moyen) et les mamans des enfants qui jouent au hockey.

Tout au long du débat, les deux candidats évitaient de se mettre en avant, préférant citer les mérites de leur colistier. La gouverneure de l'Alaska a présenté M. McCain comme un réformateur, malheureusement, a-t-elle dit en se tournant ostensiblement vers M. Biden, peu écouté au Sénat. M. Biden siège au Sénat depuis 1972.

Sur les changements climatiques, Sarah Palin a admis, contrairement à ce qu'elle avait déjà soutenu, que l'activité humaine y joue un certain rôle. Son adversaire a évidemment répliqué que celle-ci en était la principale cause, comme le disent la plupart des scientifiques, et que reconnaître cette réalité était nécessaire à la recherche d'une solution.

Sarah Palin a dit qu'en tant que sénatrice de l'Alaska, elle était sensible au problème.

Joe Biden a quant à lui souligné que John McCain avait voté pas moins de 20 fois contre des plans qui auraient favorisé le développement d'énergies propres, comme les biocarburants.

Sur les questions de politique étrangère, Mme Palin a fait mieux que ce que plusieurs commentateurs avaient laissé présager. Elle n'a pas manqué de vanter les mérites de l'envoi provisoire de troupes (la «surge»), qu'elle attribue à ces deux «héros» que sont le général Petraeus et John McCain lui-même. Elle a également mis en relief le fait que la plupart des parlementaires démocrates avaient voté, en 2003, en faveur de cette guerre, qu'ils critiquent aujourd'hui .

Joe Biden a dit que le sénateur républicain de l'Arizona avait eu tout faux depuis le début de la guerre, ayant cru que les Américains seraient accueillis en libérateurs en Irak et n'ayant pas prévu le conflit violent entre les communautés chiite et sunnite.

«Nous devons gagner en Irak», a insisté la candidate Sarah Palin, estimant que «nous approchons de plus en plus de la victoire».

Joe Biden a plutôt plaidé pour un calendrier de retrait des troupes américaines dans ce pays.

Très fière de voir que l'envoi de renforts sur le terrain a porté ses fruits, réduisant l'intensité de l'insurrection, la gouverneure de l'Alaska a dit que Barack Obama avait voté contre une rallonge du budget pour cette campagne militaire. Encore une fois, Biden a répondu du tac au tac en soulignant qu'Obama n'avait pas voté contre ce budget mais que c'est plutôt son adversaire, John McCain, qui avait voté contre un projet qui prévoyait une rallonge assortie d'un échéancier pour le retrait des troupes.

Joe Biden a insisté pour que plus de ressources soient consacrées à la guerre contre les talibans et al-Qaïda en Afghanistan, alors que Sarah Palin a soutenu, comme le président George W. Bush le fait depuis des années, que l'Irak est bel et bien au coeur de la guerre contre le terrorisme. Pourquoi? Parce que le général Petraeus et Oussama ben Laden lui-même l'ont déjà dit, selon Mme Palin.

Cette dernière s'est montrée plutôt modérée sur les questions de morale et de religion, même quand on lui a demandé si on devait accorder certains droits aux couples homosexuels.

Reste à savoir comment sera reçue la performance de la gouverneure de l'Alaska auprès de l'électorat, à 33 jours de l'élection présidentielle du 4 novembre.

Sa nomination-surprise le 29 août, quelques jours avant la convention de son parti, a enthousiasmé l'électorat conservateur et religieux, toujours méfiant à l'égard du trop «libéral» John McCain, tout en intriguant les électeurs indépendants.

Très vite, on s'est toutefois aperçu que les doutes, voire les critiques, n'étaient probablement pas sans fondement.

Certes, elle n'est pas dépourvue de qualités: elle projette l'image d'une femme forte, les deux pieds sur terre, proche des gens; sa feuille de route comme mairesse d'une petite ville et gouverneure de l'État — elle occupe ce poste depuis 20 mois — n'est pas des plus mauvaises. Le hic, c'est qu'elle a offert des réponses souvent faibles, parfois même gênantes, lors des rares entrevues qu'elle a accordées à la télévision. La populaire émission satirique Saturday Night Live en a fait ses choux gras.

L'inexpérience de Sarah Palin, surtout en matière de politique étrangère, inquiète de nombreux Américains, car c'est elle qui sera appelée à succéder à John McCain si ce dernier, âgé de 72 ans, est élu en novembre mais meurt en cours de mandat. Selon un sondage publié hier par le Washington Post, six électeurs sur dix, et deux femmes sur trois, estiment que la gouverneure n'a pas l'expérience nécessaire pour devenir «Commander in chief». Deux électeurs indépendants sur trois estiment que Mme Palin n'a pas l'expérience requise pour devenir éventuellement présidente. Le tiers des électeurs se disent moins enclins à voter pour John McCain en raison de Sarah Palin.

Pour être prise au sérieux en tant que personnage politique de premier plan, Sarah Palin se devait d'offrir une très bonne prestation hier soir. Comme le titrait hier matin le Christian Science Monitor, un journal à tendance plutôt libérale de Boston: «À la traîne dans les sondages, Palin doit faire appel à son barracuda intérieur», une allusion au surnom ichtyologique qu'elle a acquis en raison de sa combativité comme basketteuse collégiale.

En près de cinq semaines comme colistière, elle n'a accordé qu'un nombre limité d'entrevues, au cours desquelles elle a paru prise au dépourvu sur des questions portant, non seulement sur des enjeux de politique étrangère, mais sur la politique intérieure. Contrairement à son vis-à-vis démocrate qui s'y est prêté des dizaines de fois, Sarah Palin n'a pas encore tenu de véritable conférence de presse.

À plusieurs reprises cette semaine, John McCain a vanté les qualités de sa colistière, la décrivant comme une personne «intelligente, qualifiée et informée». «Plus les Américains ont l'occasion de la voir, et plus ils l'aiment», a dit John McCain au réseau Fox News.

Son adversaire démocrate, Joseph Biden, est un habitué des débats, surtout au Capitole, siège du pouvoir législatif à Washington. M. Biden est un vétéran de la politique fédérale américaine. Il est actuellement le président du Comité sénatorial des relations étrangères après avoir présidé celui de la justice. Il a tenté à deux reprises de devenir le candidat présidentiel pour son parti, en 1988 et cette année. À cette dernière occasion, il a mis fin à sa campagne dès janvier. Mais Biden a la réputation d'être porté sur la logorrhée et il n'est pas à l'abri lui non plus des gaffes.

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Avec l'Agence France-Presse et Reuters
5 commentaires
  • mariepgendreau - Inscrite 3 octobre 2008 02 h 58

    La logorrhée politique

    Littér. ou méd. Flux de paroles inutiles; besoin irrésistible, morbide de parler.
    Cour. Discours trop abondant. è logomachie.
    Adj. et n. logorrhéique.

    (Le Petit Robert de la langue française)

  • Denis Beaulé - Inscrit 3 octobre 2008 03 h 55

    Eh oui !

    Si, donc, en une semaine elle a pu déjà tant apprendre, qui sait, qu'est-ce qui dit qu'en quatre autres semaines elle ne pourra[it] apprendre le quadruple ? Lorsqu'on est plate, drabe ou timoré de nature, il s'avère assez ardu d'y pallier. Mais lorsque que c'est 'seulement' ou surtout de connaissances qu'on manque et qu'on est capable d'apprentissages, cela on peut (plus aisément) y pallier.

  • Ginette Bertrand - Inscrite 3 octobre 2008 09 h 09

    Pour faire suite à M. Denis Beaulé

    Je serais tentée de déduire de votre intervention un excellent message aux futurs électeurs du prochain chef du Parti libéral :

    Trouvez-vous quelqu'un possédant la "boll" de Dion et le réflexe "bon soldat" de Palin, outre les qualités hautement photogéniques et la (vraie ou fausse) candeur assumée de la dame.

  • Jacques Morissette - Inscrit 3 octobre 2008 09 h 27

    Petit message aux politiciens : En politique, les connaissances sans un bon jugement et un certain sens de l'équité sociale ne valent rien.

    Donnez toutes les connaissances à quelqu'un qui manque de jugement, c'est comme de vouloir faire avancer un navire sans gouvernail. Cependant, une personne peut avoir un certain jugement, mais s'en servir pour défendre ses intérêts personnels. C'est autant au féminin qu'au masculin! Ce qui devrait primer en politique, c'est plus l'intérêt de la véritable majorité plutôt que l'intérêt sous le tapis d'une certaine clique, d'une petite classe sociale ou même d'un parti politique.

    Un bon capitaine est la personne qui défend tout le monde à son bord, plutôt que de défendre uniquement les officiers qui sont de son bord, et cela au nom de la solidarité sociale. C'est le vrai remède à l'injustice en société et à la violence engendrée à long terme par lesdites injustices. Alors que dans nos sociétés, chez les Harper, Bush et autres bachi-bouzouks du genre, on pense que seule la répression sociale est le bon cataplasme à appliquer à ses maux.

    JM

  • Kim Huynh - Inscrit 3 octobre 2008 11 h 28

    Question d'experience en politique

    R Reagan ,J.F Kennedy meme Bill Clinton n'avaient pas beacup d'experience avant de devenir le Commandant-en-chef de les EU.
    Et aujourd'hui ayant 72 ans ne nous dit rien en terme de logevite.