La curieuse stratégie de John McCain

John McCain hier à Arlington, en Virginie.
Photo: Agence Reuters John McCain hier à Arlington, en Virginie.
Au début du mois de septembre, John McCain avait le vent en poupe, mais le vent semble avoir tourné. «Les gesticulations à haut risque du candidat républicain, qui espérait ainsi bousculer la campagne, se sont retournées contre lui», a estimé E.J. Dionne, un commentateur politique réputé de Washington.

M. Dionne faisait allusion à l'irruption soudaine de M. McCain dans les négociations à Washington sur le plan de sauvetage de Wall Street. Le sénateur de l'Arizona a annoncé qu'il suspendait sa campagne pour s'occuper de la crise, mais quand il est intervenu dans les discussions, ce fut pour adopter une position floue.

Longtemps considéré comme le champion du consensus, M.

McCain a semblé rejoindre la minorité républicaine de la Chambre des représentants qui se démenait pour torpiller un accord entre les deux partis que la plupart de ses collègues républicains du Sénat approuvaient.

Un débat éloquent

L'appel de M. McCain à un report du premier débat présidentiel le 26 septembre a été rejeté sèchement par M. Obama et le sénateur de l'Arizona a dû faire marche arrière. Dans ce bras de fer, le candidat aux 26 ans d'expérience parlementaire a plié face à un adversaire qui n'évolue sur la scène politique nationale que depuis quatre ans.

Théoriquement, la politique étrangère, qui constituait le sujet central de ce premier débat, est le domaine de prédilection de John McCain et il aurait donc dû s'imposer. Pendant leurs campagnes respectives, il s'est souvent révélé un meilleur débatteur que Barack Obama, plus hésitant, plus verbeux et plus facile à déstabiliser. Mais le Barack Obama qui s'est présenté à l'université du Mississippi, où s'est déroulé le débat, s'est avéré plus incisif et plus concis qu'à son habitude. Il a également fait preuve d'un calme inébranlable face à un McCain dont la condescendance a été abondamment commentée à l'issue du face-à-face. Tous les sondages ont montré que M. Obama avait remporté ce duel.

Après le débat, M. McCain est resté en retrait, demeurant entre son quartier général d'Arlington, près de Washington, et son domicile tout proche.

Incompétence

Alors que chacun s'accorde à dire que l'élection se jouera dans une poignée d'États clefs comme l'Ohio ou la Floride, M. McCain est ensuite parti faire campagne... dans l'Iowa, un État qui compte sept grands électeurs et dont tous les sondages prédisent qu'il tombera dans l'escarcelle de M. Obama. Mike Murphy, stratège de M. McCain lors de sa campagne de 2000, a mis ce déplacement à un mois du scrutin sur le compte de l'incompétence de son entourage.

Les gaffes de sa colistière Sarah Palin ont également déstabilisé la campagne républicaine. Certains conservateurs ont suggéré de l'écarter du ticket républicain.

«John McCain, le candidat de l'expérience, doit maintenant lutter contre l'idée qu'il est synonyme de risque, qu'il est un homme susceptible de prendre des décisions précipitées en situation de crise. Barack Obama, dont la nouveauté même était symbole de changement, mais suscitait également des doutes, fait maintenant figure de candidat ayant du sang froid, impassible, qui avance calmement, mais sûrement», a estimé M. Dionne.

M. McCain avait prévu une seule réunion publique hier dans le Colorado avant de passer le week-end dans son ranch de l'Arizona.