George Bush entretient l'espoir

Le président américain, George W. Bush, a pris la parole hier à la Maison-Blanche avant l’ouverture des marchés. Il compte toujours sur l’adoption rapide d’un plan de sauvetage financier.
Photo: Agence Reuters Le président américain, George W. Bush, a pris la parole hier à la Maison-Blanche avant l’ouverture des marchés. Il compte toujours sur l’adoption rapide d’un plan de sauvetage financier.

Pendant que les places boursières rebondissaient avec force après la chute de lundi, la classe politique américaine réfléchissait hier aux façons de relancer les discussions et aux amendements susceptibles de séduire ceux qui s'opposent à l'opération de sauvetage de 700 milliards de dollars américains proposée par l'administration Bush.

Certaines informations laissaient croire que le plan de sauvetage, dénoncé tant par des démocrates que par des républicains, pourrait se retrouver dès aujourd'hui sur le plancher du Sénat. La Chambre des représentants, où a eu lieu son rejet lundi, a suspendu ses travaux jusqu'à demain matin pour cause du nouvel an juif.

Le président George W. Bush, dont les paroles n'ont presque plus aucune influence sur les républicains, a de nouveau brandi le spectre d'une crise grandissante si les deux partis n'arrivaient pas à s'entendre sur la manière d'insuffler un peu de vie au système financier.

«La réalité, c'est que nous sommes dans une situation urgente, dont les conséquences seront pires chaque jour si nous n'agissons pas», a dit le président Bush hier matin, 45 minutes avant l'ouverture des marchés. «Mais je promets aux citoyens [américains] et aux citoyens du monde que ce n'est pas la fin du processus législatif», a-t-il ajouté en insistant sur le fait que «mon administration va continuer à travailler étroitement avec les dirigeants des deux partis».

La chute boursière de lundi aura des conséquences extrêmement négatives sur les fonds de retraite et l'épargne du public, a prévenu M. Bush. Lundi, 1200 milliards se sont envolés en fumée. «Si nous poursuivons dans la même voie, le dommage économique sera douloureux et durable.»

Le secrétaire du Trésor, Henry Paulson, a passé la journée au téléphone, selon les informations de la presse politique dans la capitale américaine. Parmi les hypothèses plausibles figuraient la simple relance du plan avec l'espoir de convaincre quelques représentants de plus, ou l'inclusion de certains amendements, comme un soutien accru aux chômeurs.

Les candidats s'en mêlent

De leur côté, les deux candidats à la présidence ont proposé, simultanément, de faire passer de 100 000 $ à 250 000 $ l'assurance fédérale qui couvre les dépôts bancaires. Dans un communiqué, le sénateur Barack Obama a indiqué qu'il en parlerait à certains leaders et membres du Congrès.

Le sénateur John McCain a dit qu'il fallait travailler plus fort pour convaincre un nombre suffisant de représentants de chaque côté de la Chambre. «Ce qui est à risque, c'est le crédit des gens — leur capacité d'acheter une voiture et d'honorer leurs paiements hypothécaires, la possibilité pour les petites entreprises d'obtenir du crédit», a dit M. McCain. «C'est en train d'affecter Main Street.»

La négociation d'un accord survient alors que l'ensemble des 435 sièges à la Chambre des représentants est en jeu cet automne dans le cadre d'élections générales, ce qui a pesé très lourd dans la balance lors du vote sur le plan Paulson lundi. Au Sénat, c'est le tiers des sièges.

Devant la grogne parmi leurs électeurs, qui voient le plan comme un vulgaire renflouement de Wall Street avec l'argent des contribuables, certains représentants ont eu peur pour leur poste. Selon l'agence Bloomberg, toutefois, les appels que recevaient les représentants hier étaient plus partagés qu'au cours des journées précédentes.

Pour l'essentiel, le plan du secrétaire du Trésor vise à racheter les mauvaises créances qui empoisonnent les livres des établissements financiers. Ces titres, liés au secteur hypothécaire en grande partie, sont le résultat d'une situation où Wall Street a misé lourdement sur des instruments financiers sophistiqués qui sont peu ou pas supervisés par les autorités réglementaires.

Au coeur du casse-tête figurent des milliers de personnes qui, séduites par l'engouement immobilier sans en avoir les moyens, ont souscrit à des hypothèques ésotériques, dont la principale particularité est celle d'une hausse radicale des paiements après un certain nombre de mois.

Au fil du temps, ces hypothèques ont été regroupées, réemballées puis revendues sous forme de produits financiers. Or leur valeur a chuté parce que les nouveaux propriétaires de maisons n'arrivaient plus à effectuer leurs paiements hypothécaires.

Crédit au ralenti

Depuis quelques mois, donc, les rouages du crédit tournent de plus en plus lentement, en particulier parce les établissements, qui ont privilégié le profit immédiat au détriment de la saine gestion du risque, ont resserré les critères de prêts et n'osent plus se confier de l'argent entre eux. L'hypothèse du plan, c'est que l'achat par Washington de ces créances toxiques permettrait de dégager de l'argent pour lubrifier les engrenages de l'économie.

Les démocrates qui s'y opposent estiment qu'il s'agit ni plus ni moins d'un sauvetage qui profite aux mieux nantis de Wall Street, alors que les républicains trouvent qu'il s'agit d'une forme inacceptable d'interventionnisme gouvernemental.

Au Sénat, le plan pourrait faire l'objet de discussions dès mercredi, a dit hier le sénateur John Kerry, du Massachusetts. Il semble convenu que l'appui au plan est plus fort au Sénat qu'il ne l'est à la Chambre des représentants.

Une autre façon de relancer le crédit serait une baisse des taux d'intérêt. Selon certains produits dérivés liés aux taux d'intérêt, en début de semaine, le marché semble croire que les chances d'une baisse de 50 points de base au cours du mois d'octobre se situent à 50 %. La prochaine réunion de la Réserve fédérale américaine est prévue les 28 et 29 octobre, mais elle a le pouvoir d'agir à tout moment.

La Bourse rebondit

Après le plongeon collectif de la veille, Wall Street a repris des couleurs. Le Dow Jones, qui a chuté de 7 % lundi, a repris 4,7 % hier. Sur le Nasdaq, le rebond s'est chiffré à 5 % alors que le S&P 500, qui donne le meilleur portrait des divers secteurs de l'économie, a grimpé de 5,2 %. Depuis un mois, respectivement, les trois places boursières ont tout de même perdu 6 %, 12 % et 9 %.

Ce vif rebond, prévisible, est survenu sur l'espoir qu'entretiennent certains acteurs de voir un accord accepté cette semaine, mais s'expliquait aussi par ces milliers d'investisseurs qui ont profité du faible cours des actions pour acheter massivement.

À la Bourse de Toronto, où le pétrole en mène large, la remontée a été de 4 %. La journée a été marquée notamment par le cours du light sweet crude pour livraison en novembre, qui a progressé de 4,27 $US à 100,64 $US.

En Europe, où les places boursières ont grimpé de 1 % ou 2 %, les yeux sont rivés sur Washington. Mais il y aura aussi des gestes.

«Nous préparons quelques mesures, et pas seulement au niveau européen; il faut faire quelque chose au niveau global», a dit le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, sur les ondes de France 24.

Selon l'Agence France-Presse, le porte-parole de M. Barroso a évoqué une réunion proposée dans les prochains jours à Paris par le président français, Nicolas Sarkozy, et le sommet de l'Union européenne à la mi-octobre.

Pour circonscrire les dommages dans l'actuel climat de panique boursière et prévenir toute forme de manipulation, le gendarme des valeurs mobilières aux États-Unis, la Securities and Exchange Commission, a interdit certaines stratégies d'investissement, comme la vente à découvert. Cette mesure est en vigueur jusqu'à demain et peut être prolongée.
5 commentaires
  • andré michaud - Inscrit 1 octobre 2008 08 h 09

    Modérer le crédit; une nécessité!!

    Si cette crise peut servir à faire modérer le crédit, elle aura eu ses bons côtés. La surconsommation et la surpollution qui en résulte ne devraient plus être stimulées.Laissons le marché se calmer et se régulariser tout seul..sinon il ne se disciplinera pas...Cependant il faudrait renforcir la surveillance du marché et réglémenter les méga salaires astronomiques des big boss..


    Vivre selon ses moyens ,comme me le disait mon père, c'est ne pas dépenser plus que l'on gagne...Si cette loi économique de base pour une saine économie avait été respectée, il n'y aurait pas eu de crise.

    Déjà plein de jeunes à l'aube de la vingtaine sont surendettés , et je ne parle pas de prêts étudiants, avec l'achat de vêtements et autres trucs griffés et de luxe, restaurants, gadjets électroniques..restreindre leur crédit serait leur faire une grande faveur, et favoriser leur éducation économique.

  • Gilles Bousquet - Inscrit 1 octobre 2008 08 h 29

    Photo révélatrice de M. Bush

    On peut voir ici, sur cette photo de M. Bush, qu'il regarde à droite, sa droite, pour ne pas avoir à faire face à la réalité. Il a les yeux un peu fou qui réflètent son intérieur.

  • Gilles Bousquet - Inscrit 1 octobre 2008 10 h 35

    @ M. André Michaud

    M. André Michaud écrit : «La surconsommation et la surpollution qui en résulte ne devraient plus être stimulées»

    Vous avez raison en principe mais le capitalisme américain et un peu canadien a besoin de surconsommation et de sur-production même si ça fait de la surpollution pour assurer le plein-emploi.

    Si les Américains modèrent trop de consommer des choses peu utiles pour commencer à rembourser leurs dettes incluant leurs cartes de crédit pleines, ils vont créer une dépression qui va créer plus de dépressions et du chômage aux États-Unis et aussi au Canada puisque nous leur vendons 80 % de nos exportations.

    Fait que, le gouvernement américain va se sentir le besoin de supporter leurs banques au détriment de la santé de leurs citoyens, physique et monétaire.

    Sont pas sortis de l'auberge ni du bois.

  • Natalie Vielle - Inscrite 1 octobre 2008 16 h 41

    Inévitable !!!

    La crise financière américaine est tout simplement un reflet de notre société. Cette culture d'excès: surconsommation, surprotection de la surproduction, profits au détriment du bien commun...
    Les compagnies américaines sont tout simplement sujettes au même comportement. Comme de nombreux ménages américains, ces mega organisations ont exercé une mauvaise gestion des fonds, effectué des emprunts massifs et se sont endettées sans limite: la chutte était inévitable.
    Ce ne sont pas aux américains à payer la note: 700 milliards de dollars. C'est vraiement se foutre du monde que d'envisager une telle chose.
    Il est tant de ces chers PDG se responsabilisent.

  • marcel vinet - Inscrit 1 octobre 2008 17 h 54

    proposition

    il faudrait prendre le 700 milliards de dollars et le redonner au prorata a ceux qui ont économisé toute leur vie et qui perdent beaucoup dans cette crise,ainsi l argent serait géré par les épargnants eux meme et ca ferait beaucoup de tetes pour relancer l économie au lieu de redonner ca aux dinosores de la finance qui vont encore tout bouffer comme s il ne s était rien passé....