Élection au Congrès américain - L'horizon s'assombrit pour les républicains

Washington — L'espoir des républicains de n'enregistrer que de modestes pertes lors des élections au Congrès le 4 novembre semble s'amenuiser. La panique sur les marchés financiers américains, la hausse du chômage et les autres déboires économiques attisent la colère des électeurs envers le parti qui occupe la Maison-Blanche depuis près de huit ans.

La totalité de la chambre des représentants sera renouvelée en novembre, de même qu'un tiers du Sénat. Le rejet lundi par la chambre des représentants du plan pour renflouer le système bancaire américain, dû au moins en partie à une forte opposition des républicains, ne peut qu'accentuer l'incertitude dans une campagne électorale déjà chaotique. Il faudra cependant un certain temps pour en évaluer l'impact exact.

L'économie

«Dans les faits, les démocrates profitent d'une dynamique acquise grâce à la crise économique de ces dernières semaines», a déclaré Larry Sabato, professeur de sciences politiques à l'Université de Virginie. Si la tendance n'est pas irréversible, «globalement, les déboires économiques nuisent au parti du président, et le parti du président c'est le Parti républicain», ajoute-t-il.

La situation économique étant la préoccupation majeure des électeurs, le candidat démocrate à la présidentielle, Barack Obama, distancé dans les sondages après la convention républicaine début septembre, connaît maintenant une embellie.

Larry Sabato invoque différents cas de circonscriptions législatives où les candidats républicains étaient donnés gagnants et où, dans les derniers sondages, ils voient les intentions de vote en leur faveur décliner. Il cite l'exemple du chef du groupe républicain au Sénat, Mitch McConnell. D'après un récent sondage publié par le Courier-Journal, il serait au coude à coude avec son concurrent démocrate dans sa circonscription du Kentucky. Les précédentes enquêtes le donnaient largement gagnant.

Dans l'Oregon, le sénateur républicain Gordon Smith, qui brigue un troisième mandat de six ans, se retrouve lui aussi au coude à coude avec son rival démocrate, alors qu'il semblait en tête jusque-là.

Un bon départ

L'horizon politique s'était pourtant dégagé pour les républicains durant l'été, quand ils avaient réussi à faire adopter une législation autorisant davantage de prospection pétrolière en mer, sur fond de flambée des cours de l'or noir.

Les candidats républicains aux élections au Congrès avaient été confortés ensuite par le choix de la très conservatrice et jeune Sarah Palin comme colistière de John McCain. Mais Palin, qui n'a guère d'expérience politique nationale, et encore moins au plan international, déçoit au fil des interviews télévisées qu'elle accorde. Nombre de républicains se mettent à douter de son aptitude à devenir vice-présidente.

«Nous étions bien partis, jusqu'à jeudi soir», a déclaré le représentant républicain Tom Cole, en faisant allusion au jeudi 18 septembre, lorsque le secrétaire au Trésor, Henry Paulson, et le président de la Réserve fédérale, Ben Bernanke, ont mis en garde contre les conséquences catastrophiques d'un rejet par le Congrès du plan de renflouement de 700 milliards de dollars. Puis est venu «le choc politique», ajoute Tom Cole, un néo-conservateur de l'Oklahoma, à la pointe des efforts pour accroître le nombre d'élus républicains.

Son alter ego, le représentant démocrate Chris Van Hollen, ne se hasarde pas à prédire combien de sièges son parti, déjà majoritaire, pourrait remporter le 4 novembre, et se borne à dire qu'il en gagnera de toute façon. «Il ne fait aucun doute qu'on a assisté à un changement de taille. Les électeurs sont très tournés vers l'économie», a-t-il dit. Et, estime Van Hollen, «ils souffrent des conséquences de huit années de politique économique de Bush».

Le représentant républicain Paul Ryan, du Wisconsin, a peut-être résumé la situation politique avec justesse, peu avant le rejet du plan de renflouement: «Le problème, c'est que nous ne sommes qu'à un mois des élections», a-t-il dit. «Nous craignons tous d'être battus.»