Palin a passé le test de l'entrevue, Obama fait appel aux Clinton

Washington — Sarah Palin, colistière-surprise du républicain John McCain à l'élection présidentielle américaine de novembre, a accordé jeudi sa première entrevue depuis sa nomination, prônant à ABC une ligne dure envers la Russie et se déclarant prête pour la vice-présidence. Quasi inconnue sur le plan national, la gouverneure de l'Alaska a été appelée le 29 août dernier par McCain pour compléter le «ticket» républicain. Les médias ont depuis lors passé sa vie privée au crible.

En choisissant cette mère de cinq enfants aux positions tranchées sur le refus de l'avortement et le droit à détenir des armes, McCain a galvanisé la frange conservatrice de l'électorat républicain et donné une nouvelle dynamique à sa campagne. Les sondages donnent désormais le «ticket» républicain à égalité ou devant le démocrate Barack Obama et son colistier Joe Biden.

Mais Sarah Palin, dont la prestation au congrès d'investiture républicain de St. Paul avait suscité l'enthousiasme des républicains, avait jusque-là différé les demandes

d'entrevue.

Face aux caméras d'ABC, elle a adopté jeudi une ligne dure dans le conflit du Caucase, plaidant pour l'entrée de la Géorgie et de l'Ukraine dans l'OTAN, au risque de devoir défendre militairement ces pays en cas d'une intervention russe.

«Peut-être le faudra-t-il. Je veux dire qu'il existe un accord au sein de l'OTAN, si un autre pays membre est attaqué, il faut s'attendre à être mobilisé, a-t-elle dit. Et nous devons surveiller la Russie. Que la Russie ait exercé une pression aussi forte en envahissant sans provocation un pays démocratique plus petit qu'elle, c'est inacceptable.»

Interrogée jeudi soir sur sa maigre expérience — Palin n'a été élue gouverneure de l'Alaska qu'en décembre 2006 et était auparavant mairesse d'une petite ville de la banlieue d'Anchorage — la candidate républicaine à la vice-présidence a affirmé qu'elle se sentait prête à assumer cette fonction. «J'ai répondu oui [à McCain] parce que j'ai confiance dans cette aptitude [...]. Avec la mission qui est la nôtre, la réforme de ce pays et la victoire dans la guerre, on ne peut pas vaciller», a-t-elle dit.

Palin a également apporté des éclaircissements sur l'expression «mission divine» qu'elle a employée naguère pour caractériser la guerre en Irak. Cette expression, a-t-elle dit à ABC, renvoie à une citation d'Abraham Lincoln. «Je ne prétendrai jamais connaître la volonté de Dieu ni prononcer ses paroles, mais ce qu'Abraham Lincoln a dit, et que relayaient mes propos, c'était de prier non pas pour que Dieu soit à nos côtés, mais pour que nous soyons aux côtés de Dieu», a-t-elle expliqué.

À sept semaines de l'élection présidentielle, John McCain est en tête avec 48 % des intentions de vote, contre 44 % à Barack Obama, selon un sondage AP-GfK publié hier. Cette enquête a été réalisée du 5 au 10 septembre, après les congrès d'investiture des deux partis et la désignation des colistiers.

Selon ce sondage, 80 % des personnes interrogées estiment que John McCain, parlementaire depuis 1982, dispose de l'expérience nécessaire pour être président. Seuls 46 % sont de cet avis en ce qui concerne Barack Obama, sénateur depuis quatre ans.

«Aujourd'hui, nous entamons la dernière ligne droite de cette campagne, a expliqué hier David Plouffe, directeur de campagne de Barack Obama, dans une note. Nous répondrons, vite et avec vigueur, aux attaques de McCain. Nous porterons le combat sur son terrain en ce qui concerne les grandes questions intéressant les Américains.» Le camp démocrate a diffusé deux messages électoraux présentant John McCain sous les traits d'un incurable héritier de George Bush.

Barack Obama a recours aux deux meilleures cartes de son parti, le couple Clinton, pour tenter de contrecarrer un ticket républicain revigoré dans la course à la Maison-Blanche. Pour la première fois, l'ancien président Bill Clinton est déterminé à rejoindre sa femme Hillary pour battre campagne en faveur de Barack Obama.

MM. Obama et Clinton ont par-tagé un déjeuner d'une heure et demie jeudi, après des mois d'échanges amers pendant les primaires démocrates.

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