Barack Obama désavoue de nouveau son ancien pasteur

Philadelphie — Cherchant à polir son image de rassembleur, Barack Obama a de nouveau pris ses distances, hier, avec des propos enflammés tenus par son ancien pasteur, estimant que les déclarations de ce dernier contre le racisme prêté aux États-Unis donnaient «une image déformée du pays».

Les propos du révérend Jeremiah Wright risquent de faire ombrage aux efforts d'Obama pour imposer une image fédératrice et non partisane, et non l'image du seul défenseur de la communauté afro-américaine. «Nous avons entendu mon ancien pasteur, le révérend Jeremiah Wright, recourir à un langage incendiaire pour exprimer des opinions qui risquent non seulement d'aggraver les divisions raciales, mais dénigrent aussi la grandeur et l'excellence de notre nation; cela offense aussi bien les Blancs que les Noirs», a dit dans un discours celui qui aspire à devenir le premier président métis des États-Unis.

Les sermons enflammés de Wright ont été reproduits largement par les médias américains et sur le site de vidéos YouTube ces derniers jours, plaçant Obama sur la défensive alors même qu'il semble avoir le vent en poupe face à sa rivale Hillary Clinton.

«Les déclarations qui ont provoqué cette récente tempête ne relevaient pas simplement de la controverse. Ce n'étaient pas simplement là l'effort d'un homme de religion pour évoquer ce qu'il perçoit comme une injustice», a dit Obama. «Au lieu de ça, ces déclarations ont donné une vision faussée du pays.»

L'équipe de campagne d'Obama craint que cette polémique ne coûte au sénateur de l'Illinois des soutiens chez les électeurs blancs dans des États comme la Pennsylvanie, où se tiendront les prochaines primaires le 22 avril.

Obama estime que les points de vue de Wright reflètent ceux des Noirs d'un certain âge, qui ont grandi à l'époque de la ségrégation raciale. Le révérend, a-t-il rappelé avec reconnaissance, lui a apporté le christianisme, a célébré son mariage et baptisé ses enfants.

«Aussi imparfait soit-il, il [Wright] a été pour moi comme l'Amérique. Je ne peux pas plus le renier que je ne peux renier la communauté noire», a-t-il dit.

Wright, de la Trinity United Church of Christ à Chicago, a présenté par exemple les attentats du 11 septembre 2001 comme une réponse à la politique étrangère américaine, et le gouvernement des États-Unis comme la source du virus du sida. Il fustige en outre souvent le racisme qu'il prête à l'Amérique.

Obama, qui livre un duel serré à la sénatrice de New York, avait déjà désavoué Wright et dit n'avoir pas été présent lorsqu'ont été prononcés les sermons incriminés. Obama a commencé à fréquenter l'église de Wright il y a 20 ans, avant de débuter sa carrière politique.

«Si je les avais entendus [ces sermons] à l'église, j'aurais exprimé directement ma préoccupation au révérend Wright», avait-il dit sur MSNBC, en ajoutant que le révérend ne faisait plus partie du comité de conseil spirituel de sa campagne.