Super Mardi: un tremplin pour qui?

Photo: Agence Reuters

Hillary Clinton attendue en Virginie, Barack Obama en Louisiane. La poussière à peine retombée sur le Super Tuesday, les deux candidats démocrates repartent en campagne, guerre de communication publique à la clé. Si l'un et l'autre tentaient de se donner des airs de vainqueur mardi soir, il est entendu que, faute d'avoir obtenu un avantage décisif, ils sont plus que jamais engagés dans une lutte sans merci pour décrocher l'investiture du parti à la présidentielle du 4 novembre prochain.

Chacun veut croire et faire croire que le Super Mardi leur a procuré un effet de tremplin pour la suite de la bataille. Nombre d'experts estiment que le duel démocrate durera au moins jusqu'à ce que les gros États de l'Ohio et du Texas votent, le 4 mars, voire jusqu'à ce que la Pennsylvanie se prononce à son tour, en avril.

«Un mois et demi est une éternité en politique, en général. Il est certain que c'est une éternité dans cette campagne en particulier», a déclaré le sénateur Barack Obama à des journalistes, ajoutant: «Nous sommes confiants dans le fait que nous avons le vent dans le dos.»

Howard Wolfson, responsable des communications de la sénatrice Hillary Clinton, a reconnu que les choses pourraient se jouer au dernier moment. «Ceux qui rêvent d'une bataille lors de la convention parce qu'aucun des camps n'a l'avantage clair risquent d'être servis», a-t-il déclaré.

Hier, stratèges et commentateurs politiques étaient à leur calculette et à leurs analyses de conjoncture. «Je m'attends à ce que rien ne soit réglé avant août», opine Kenneth Janda, professeur émérite de sciences politiques à la Northwestern University d'Evanston, dans l'Illinois.

Au total des délégués, distribué à la proportionnelle, moins de cent voix séparent Mme Clinton de M. Obama à l'issue du Super Mardi. Elle a remporté 584 délégués, pour un total de 845 délégués depuis le début de la course, lancée dans l'Iowa début janvier. Lui a obtenu l'appui de 569 délégués, pour un total de 765 à ce jour, selon le décompte de l'Associated Press. Un candidat a besoin de 2025 votes pour décrocher l'investiture lors de la convention, qui aura lieu fin août à Denver, au Colorado.

Le camp Obama, qui continue de cultiver une image d'outsider, considère avoir remporté le pari de ne pas se laisser distancer. Le camp Clinton aurait voulu pouvoir creuser un écart d'au moins 200 délégués pour se prémunir contre le mouvement qui se dessine en faveur de M. Obama (qui dispose pour l'heure d'une caisse électorale mieux garnie que celle de son adversaire) dans au moins la moitié des dix élections primaires qui se bousculeront au cours des 15 prochains jours: ce samedi en Louisiane, au Nebraska et dans l'État de Washington; mardi en Virginie, au Maryland et dans le district de Columbia; le 19 dans le Wisconsin. Autant d'États qui pourraient lui permettre de combler la différence.

«Plus ça dure, plus il se fait connaître. Et plus il se fait connaître, meilleur il est», estime David Gergen, qui a déjà conseillé plusieurs présidents, tant démocrates que républicains.

Des 22 États qui étaient en jeu mardi, Mme Clinton en a remporté huit, dont les quatre États riches en délégués que sont la Californie, le Massachusetts, le New Jersey et celui de New York, dont elle est sénatrice. Les quatre autres États où elle a gagné sont l'Arizona, l'Arkansas, l'Oklahoma et le Tennessee.

Le sénateur Obama en a rallié treize, s'adjugeant, outre son Illinois, des États du Sud qui comptent une forte minorité afro-américaine, comme la Géorgie (à une très nette majorité) et l'Alabama. L'Utah, le Dakota du Nord, le Missouri, le Minnesota, le Kansas, l'Idaho, le Delaware, le Colorado, l'Alaska et le Connecticut lui reviennent aussi. Au Nouveau-Mexique, la lutte était encore trop serrée hier pour qu'on puisse avancer le nom du vainqueur.

Le Super Mardi a mis en évidence des fractures multiples et croisées au sein de l'électorat démocrate. Fracture géographique et démographique: Obama l'a emporté dans le centre du pays, Mme Clinton à l'est et à l'ouest. Fracture raciale et ethnique: Obama a rallié le vote noir dans une proportion massive de 80 %, Mme Clinton, celui des Latinos. À preuve, ses victoires en Arizona et en Californie. Dans ce dernier État, sept Latinos sur dix ont voté pour elle. Fracture ville-campagne: le Missouri en est un exemple probant. M. Obama l'a emporté, de justesse, grâce à l'appui non seulement des Noirs mais aussi de la classe moyenne et des hommes blancs de la ville de Saint Louis. Fracture sexuelle: au New Jersey, par exemple, Mme Clinton a obtenu le vote de 70 % des femmes blanches, confirmant le soutien dont elle dispose, depuis le début de la course, auprès de l'électorat féminin.

Ces divisions pourraient aller jusqu'à grever les chances démocrates de décrocher la présidence en novembre prochain. La polarisation devient telle entre les camps Clinton et Obama que si le parti ne parvient pas à refaire l'unité derrière un candidat lors de la convention, cela pourrait ouvrir la voie à l'élection du républicain John McCain à la Maison-Blanche, analyse Donald Cuccioletta, de la chaire Raoul-Dandurand, à l'UQAM.

Course républicaine

D'autant que M. McCain a pris mardi une sérieuse option sur l'investiture républicaine en remportant les primaires dans neuf États, dont ceux de New York et de la Californie. Il est en outre arrivé en tête dans les États du Connecticut, du New Jersey, du Delaware, de l'Illinois, de l'Oklahoma, de l'Arizona et du Missouri. La perspective pour lui d'obtenir à brève échéance les 1191 délégués nécessaires pour obtenir l'investiture de son parti, dont la convention aura lieu du 1er au 4 septembre à Minneapolis-Saint-Paul, lui donnerait le temps nécessaire pour unifier le Parti républicain derrière sa candidature, analyse M. Cuccioletta.

Depuis le début des primaires, M. McCain aurait obtenu le soutien de 613 délégués, contre 269 pour le mormon multimillionnaire Mitt Romney et 190 pour l'ancien pasteur baptiste Mike Huckabee. Le sénateur de l'Arizona est encore loin du compte mais bénéficie du fait que MM. Romney et Huckabee se divisent le vote de l'influente droite conservatrice.

Avec respectivement sept et cinq victoires, Romney et Huckabee restent toutefois dans la course. Jusque-là considéré comme le principal rival de M. McCain, M. Romney se retrouve en mauvaise posture: il a enregistré des résultats décevants mardi, se faisant doubler, non sans causer la surprise, par M. Huckabee en Géorgie (troisième État le plus important pour ce qui est du nombre de délégués), en Arkansas, dont il est un ancien gouverneur, en Alabama, au Tennessee et en Virginie occidentale, cinq États conservateurs du sud du pays, essentiels à la stratégie électorale républicaine.

Le défi pour M. McCain consistera à rassurer une droite religieuse qui le trouve beaucoup trop libéral et qui, bientôt orpheline du président George W. Bush, semble avoir trouvé en M. Huckabee, surgi de l'obscurité avec sa victoire dans l'Iowa, le fiable défenseur de ses valeurs conservatrices. Aussi, M. Cuccioletta avance que M. McCain pourrait bien décider, le temps venu, de faire de M. Huckabee son colistier à la présidence.

«Huckabee représente actuellement l'aile sociale conservatrice du parti. S'il sort de la course, ce courant du parti perd son influence, aussi ses membres apprécient-ils de le voir rester et comptent l'en récompenser, peut-être en l'aidant à obtenir l'investiture pour le poste de vice-président», a déclaré à Reuters David Domke, professeur à l'Université de Washington.

Les candidats républicains se soumettront samedi à de nouvelles primaires en Louisiane, au Kansas et dans l'État de Washington; au tour, mardi prochain, du Maryland, de la Virginie et du district de Columbia.

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Avec Reuters, l'Agence France-Presse et The New York Times
3 commentaires
  • oneil bouchard - Inscrit 7 février 2008 11 h 36

    les dés sont probablement déjà joués...

    Obama peut battre Mc Cain.
    Hilary ne peut battre Mc Cain.. dit-on.

    Mais Obama ne peut battre seul Mc Cain ( le Hilary républicain) si ce dernier fait campagne avec Huckabe, (le preacher du bible belt qui s'emploiera à mélanger les genres, spécialement sur l'électorat noir.

    Mais Hilary peut battre Mc Cain et Huckabe si Obama devient son "preacher". Serait-ce cela l'astuce clintonnienne?

    D'ou mon titre. Mc cain ou Hilary, les conservateurs républicains et les conservateurs démocrates américains gardent la haute main sur le pouvoir, sur la maison blanche, sur la politique extérieur et sur le pétrole comme outil d'enrichissement des mêmes personnes, en se servant de Huckabe et de Obama pour attirer les petites gens, la bible belt, les électeurs hispaniques qui ne sont pas les mieux nantis, tout cela pour garder les choses telles qu'elles sont avec l'appui du petit monde crédule. Business as usual.

    A moins que Obama soit assez persuasif et résilient pour s'élever au dessus de ces deux déferlantes conservatrices passablement usées en utilisant la force de leurs vagues combinées, comme font toutes les chaloupes et les bateaux dignes de ce nom.

  • André Doré - Inscrit 7 février 2008 11 h 38

    Le vent souffle en faveur d'Obama...

    Sur le site suivant:
    http://www.cnn.com/ELECTION/2008/primaries/results
    Aujourd'hui, 11:00 heures, on montre qu'à date, Hillary Clinton a remporté l'appui de 630 délégués alors que Barack Obama a reçu l'appui de 635 d'entre eux. Monsieur Obama remporte donc la faveur "populaire" par une marge très très légère. Quant aux super-délégués composés des personnalités ou de l'establishment du parti, Clinton est en avance (pour l'instant) de 87 délégués, soit 193, contre 106 pour Obama.
    Le momentum profite à monsieur Obama. Si la tendance se poursuit, ce dernier gagnera l'appui d'un pourcentage de plus en plus grand de délégués dits "ordinaires", ce qui obligera les super-délégués à reconsidérer leur préférence. Avec un peu de temps de réflexion, la raison de ces super-délégués devrait rejoindre le coeur populaire. Surtout qu'ils devront réfléchir sérieusement au risque de perdre les élections présidentielles au profit de McCain s'ils font pencher la balance en faveur d'Hillary Clinton qui représente encore la même vieille poutine à Washington... Les chances du parti démocrate d'accéder à la Maison Blanche sont de beaucoup supérieures si le "combat" final oppose les candidats McCain et Obama. Les super-délégués devraient donc normalement pencher en faveur de monsieur Obama, le moment venu...

  • Henry McRandall - Inscrit 7 février 2008 12 h 35

    Ou sont les progressistes?

    C'est fort dommage qu'il ne reste aucun(e) candidat(e) progressive a la presidence americaine. Malheureusement, ni Hillary Clinton ni Brack Obama est un(e) vraie progressiste. C'est-a-dire que pour les pauvres et les ouvriers il n'y a aucuan(e) candidat(e) acceptable.