Obama et Clinton à égalité en ce «super mardi»

L’acteur Robert de Niro a apporté hier son soutien au démocrate Barack Obama lors d’un rassemblement dans le New Jersey.
Photo: Agence Reuters L’acteur Robert de Niro a apporté hier son soutien au démocrate Barack Obama lors d’un rassemblement dans le New Jersey.

À la veille d'une consultation d'ampleur nationale sans précédent dans la course à la Maison-Blanche, Barack Obama était hier à égalité dans les sondages avec Hillary Clinton chez les démocrates, tandis que le républicain John McCain semblait assuré de l'emporter dans le camp républicain.

Près de la moitié des États américains, soit une vingtaine, sont appelés à se prononcer aujourd'hui lors de primaires ou de caucus (assemblées d'électeurs). C'est la première fois qu'autant d'États doivent choisir leurs délégués en même temps.

Selon une enquête Gallup publiée hier par USA Today, le sénateur de l'Illinois, 46 ans, qui pourrait devenir le premier président noir des États-Unis, est crédité de 44 % d'intentions de vote contre 45 % pour Mme Clinton, 60 ans, au niveau national. La marge d'erreur de ce sondage est de plus ou moins 3 %.

Une autre enquête, de l'université de Quinnipiac, indique que Barack Obama gagne du terrain sur Hillary Clinton à New York (39 % contre 53 %) et dans le New Jersey (43 % contre 48 %).

Mme Clinton, les traits tirés par le manque de sommeil, faisait campagne hier dans le Connecticut et le Massachusetts, et a essuyé une larme à l'université Yale, où elle a fait ses études dans les années 70. «J'avais dit que je ne pleurerais pas, mais ce n'est pas exactement la campagne», s'est-elle excusée.

Chez les démocrates, le suspense est renforcé par le fait qu'ils ont ouvert leur primaire aux électeurs indépendants, au contraire des républicains. «Le soutien à Obama augmente régulièrement, tandis que le soutien à Mme Clinton a tendance à stagner», selon l'Institut Field. En Californie, siège des grands studios de Hollywood et lieu de résidence de nombreuses célébrités, tant le camp Clinton que celui d'Obama ont rassemblé de grands noms derrière eux.

Barack Obama a reçu hier le soutien de l'acteur Robert de Niro lors d'un meeting dans le New Jersey, l'un des bastions de Mme Clinton. «Je suis là parce qu'une personne m'a donné de l'espoir, m'a inspiré, m'a fait croire que nous pouvons changer les choses», a expliqué l'acteur.

M. Obama a aussi reçu dimanche le soutien de Maria Shriver, membre de la famille Kennedy mais surtout épouse du gouverneur de Californie, Arnold Schwarzenegger, un républicain modéré qui a pour sa part appuyé le favori de son camp, John McCain.

«Plus j'y pensais plus je me disais, vous savez, si Barack Obama était un État, il serait la Californie», a notamment déclaré Maria Shriver lors d'une réunion de soutien à M. Obama dimanche à Los Angeles, au côté de la «papesse» noire du petit écran Oprah Winfrey et du chanteur prodige Stevie Wonder.

M. Obama est ainsi défendu dans une vidéo sur le site de partage YouTube par le musicien Will.I.Am du groupe funk-rap Black Eyed Peas, vidéo où interviennent la jeune muse de Woody Allen, Scarlett Johansson, ainsi que le vétéran du jazz Herbie Hancock.

De son côté, Mme Clinton, qui bénéficie des réseaux tissés par son mari à Hollywood, a été vue lors d'une réunion publique au côté du basketteur de légende Magic Johnson, de l'actrice aux deux Oscars Sally Field et de la vedette de la série Ugly Betty, America Ferrera. Elle a aussi reçu hier l'appui de l'acteur Jack Nicholson.

Chez les républicains

Si le suspense est entier côté démocrate, pour les deux instituts de sondage le champ semble en revanche dégagé côté républicain pour le sénateur de l'Arizona John McCain, 71 ans, qui possède une nette avance sur ses rivaux avec près de 20 points d'avance sur l'ancien gouverneur du Massachusetts Mitt Romney, 60 ans.

«Nous pensons que nous serons capables d'emballer [l'investiture républicaine] mardi», a déclaré M. McCain, hier à Boston, le fief de son adversaire.

Au total, 24 États américains vont être consultés. Ces primaires et caucus sont destinés à désigner des délégués pour la convention de chaque parti qui choisira officiellement cet été le candidat démocrate et républicain pour l'élection présidentielle du 4 novembre.

Ni M. Obama ni Mme Clinton ne remporteront tous les délégués des États qu'ils sont susceptibles de gagner, car ces délégués seront alloués sur une base proportionnelle. En revanche, chez les républicains, le vainqueur de chaque État remportera tous les délégués attribués à cet État.

Hillary Clinton devait terminer la journée d'hier sur les plateaux de télévision. Barack Obama devait parcourir la Nouvelle-Angleterre. Côté républicain, Mitt Romney devait consacrer ses derniers efforts à la Georgie, John McCain à Boston et à la région de New York.

Les scénarios

Pour l'emporter côté démocrate, il faut gagner la confiance d'au moins 2025 des 4049 délégués invités à la convention démocrate — dont 2084 seront désignés aujourd'hui.

Côté républicain, il faut le soutien de 1191 délégués sur les 2380 attendus à la convention. 1081 délégués seront choisis aujourd'hui.

Il faudra cependant attendre encore plusieurs semaines avant de connaître le nom des deux candidats officiels à la Maison-Blanche.

Voici quelques-uns des scénarios de la course à la présidence à compter de ce soir.

- Parce que les démocrates attribuent aux candidats à l'investiture un nombre de délégués proportionnel à leurs résultats au niveau dans chaque l'État et à leurs résultats au niveau des circonscriptions des élections parlementaires, le perdant d'un État peut toujours achever un «Super Mardi» avec un nombre conséquent de délégués.

Ni la sénatrice de New York Hillary Clinton ni le sénateur de l'Illinois Barack Obama ne devraient donc s'imposer par K. O., mais l'un d'eux pourrait sortir du lot avec une avance importante.

- Hillary Clinton, ancienne première dame des États-Unis, est bien connue des électeurs et a maintenu son avance dans les sondages réalisés au niveau national même si Obama s'est imposé dans plusieurs consultations. Une campagne plus longue bénéficierait à Obama, car elle lui permettrait de se faire connaître auprès d'un plus grand nombre d'électeurs.

- Un duel au coude à coude pourrait finalement dépendre de la décision des près de 800 «super délégués» démocrates qui ne sont pas engagés officiellement pour l'un ou l'autre des candidats. Clinton et Obama courtisent avidement ces responsables élus ou cadres du parti, qui représentent un cinquième des 4049 délégués du parti.

- Côté républicain, dans 13 États du «Super Mardi», le vainqueur recueille en sa faveur l'ensemble des délégués. L'occasion pour le sénateur de l'Arizona, John McCain, de construire un avantage décisif sur l'ancien gouverneur du Massachusetts Mitt Romney et de vaincre les réticences des franges les plus conservatrices du parti, qui lui reprochent sa position sur les impôts ou l'environnement.

- Romney, ancien fondateur d'un fonds d'investissement, a déjà dépensé 35 millions de ses propres poches pour sa campagne et pourrait se maintenir même en cas de résultat décevant aujourd'hui.

- L'ancien gouverneur de l'Arkansas Mike Huckabee n'a plus rien remporté depuis sa victoire inaugurale dans l'Iowa, mais il concentre ses efforts en direction des États du Sud où son statut d'ancien pasteur baptiste lui vaut le soutien de l'électorat protestant conservateur. Son maintien dans la course pourrait nuire à Romney, qui a besoin des voix de ses électeurs pour revenir sur McCain.