Caucus de l'Iowa - Clinton et Obama au coude à coude

Photo: Agence France-Presse (photo)

À la veille des caucus de l'Iowa qui lanceront le processus de sélection des candidats à la Maison-Blanche, la mobilisation et les tractations sont entrées dans une phase décisive hier. Confrontés à des sondages incertains, républicains comme démocrates ont en effet lancé des appels pressants en direction des indécis. Après tout, ce sont eux qui détiennent la clé du premier épisode de ce long processus électoral qui va s'étaler sur un an.

Après huit années passées à la Maison-Blanche comme première dame et sept comme sénatrice, Hillary Clinton a clos sa campagne-marathon sur un clip de deux minutes diffusé par toutes les chaînes de télévision de l'État à l'heure des informations. «Après tous les meetings, [...] on en arrive à cette question: qui est prêt à être président et à résoudre les difficultés auxquelles nous devons faire face?», a demandé la sénatrice, qui s'est présentée comme la seule capable de diriger son pays.

L'épouse de l'ancien président Bill Clinton sait toutefois que la partie est encore loin d'être gagnée. Un sondage Zogby diffusé hier par la chaîne C-Span place en effet Mme Clinton à égalité avec le sénateur de l'Illinois, Barack Obama. Tous deux obtiennent 28 % des intentions de vote, tout juste devant l'ancien sénateur de la Caroline du Nord, John Edwards (26 %). Même scénario à CNN, dont le dernier sondage publié hier plaçait Hillary Clinton en tête avec quatre points d'avance, un résultat qui reste toutefois inférieur à la marge d'erreur.

Donné pour sa part gagnant dans un des sondages publiés le jour de l'An, Barack Obama a tiré parti de ces résultats serrés en faisant à son tour un plaidoyer en faveur du changement. «Nous devons tourner la page et amorcer un nouveau chapitre de l'histoire américaine», a-t-il dit en insistant sur le fait qu'il incarne le changement «le plus important qui puisse survenir à Washington».

Si en Iowa ce genre de discours semble être bien reçu, M. Obama a encore manifestement du chemin à faire sur le plan national. Un sondage du Pew Research Center montre en effet que Mme Clinton tient toujours le haut du pavé avec 46 % des intentions de vote contre 26 % pour M. Obama et 14 % pour M. Edwards.

Les candidats sentant venir la soupe chaude, les premières tractations ont commencé hier et des alliances, parfois inattendues, se sont nouées. Ainsi, Dennis Kucinich, à la gauche du Parti démocrate et qui n'a aucune chance en Iowa, a demandé à ses partisans de choisir M. Obama comme «deuxième choix».

Duel Huckabee-Romney

Du côté républicain, les deux favoris — l'ancien gouverneur de l'Arkansas Mike Huckabee et l'ancien gouverneur du Massachusetts Mitt Romney — se faisaient encore la lutte hier. Et toute leur attention était elle aussi tournée vers les indécis et les indépendants. «N'allez pas [voter] seuls. Emmenez des gens avec vous, remplissez votre voiture, louez un minibus, volez le bus de la paroisse, faites tout ce que vous devez faire pour amener des gens qui voteront pour moi», a dit Mike Huckabee, qui s'exprimait depuis une salle d'une pizzeria.

Mitt Romney, quant à lui, a poursuivi sur sa lancée en diffusant des messages agressifs et en faisant tomber une pluie d'attaques verbales contre ses rivaux. Il a notamment livré un message sans concession à John McCain, qui a quelque peu délaissé l'Iowa pour concentrer ses efforts sur la prochaine étape: le New Hampshire, où se déroulera la première primaire, mardi prochain.

Dans cet État, où des primaires auront lieu cinq jours après les caucus de l'Iowa, John McCain confirme une spectaculaire remontée et rattrape même M. Romney, selon un sondage publié par CNN qui accorde 29 % des intentions de vote à chacun. «Si ces résultats se maintiennent, le New Hampshire pourrait valoir à McCain le surnom de Lazare, celui qui revient d'entre les morts», estime David Paleologos, du centre de recherche politique de l'Université du Suffolk.

En revanche, dans cet État volontiers libertaire, M. Huckabee stagne à une médiocre quatrième place (10 %), derrière l'ancien maire de New York Rudolph Giuliani (12 %). Il en va tout autrement en Iowa où, encore hier, M. Huckabee pointait à la première place chez les républicains, talonné de près par M. Romney, à 28 % contre 26 % des intentions de vote. Le sénateur de l'Arizona John McCain et l'ancien sénateur du Tennessee Fred Thompson se disputaient quant à eux la troisième place. Favori du camp républicain à l'échelle nationale, l'ancien maire de New York, Rudolph Giuliani, n'arrivait qu'en cinquième position.

Étant donné qu'aucun candidat arrivé en deçà de la troisième place en Iowa n'a réussi ensuite à remporter l'investiture de son parti, la partie s'annonçait spécialement difficile pour l'ancien maire de New York. Pour le sénateur républicain de l'Iowa, Charles Grassley, la décision de M. Giuliani de ne pas faire campagne en Iowa, ou si peu, aura d'ailleurs été une «grande erreur».

Un malheur en appelant un autre, il semblerait que la déconfiture de M. Giuliani ait gagné tout le pays. Le dernier sondage du Pew Research Center marque en effet la fin de sa longue domination chez les républicains. L'ancien maire est désormais devancé par M. McCain et talonné par M. Huckabee (22 %, 20 % et 17 % des intentions de vote), M. Romney se plaçant en quatrième position (12 %).

Bloomberg fustige

Parmi tous ces candidats, aucun n'a trouvé grâce aux yeux du présent maire de New York, Michael Bloomberg, qui a réaffirmé hier qu'il n'avait nulle intention de se présenter à l'élection présidentielle de cette année. Il ne s'est toutefois pas privé de critiquer l'ensemble des candidats en lice.

«Il n'y a aucun candidat. Ne dites pas: OK, Bloomberg critique A, B ou C dans un camp comme dans l'autre. Non, c'est l'ensemble des candidats, et je pense que là réside la frustration qui se voit chez un grand nombre de personnes indépendantes d'esprit, que l'on rencontre à une extrémité ou l'autre de l'échiquier», a-t-il dit lors d'une conférence de presse.

«Je n'ai entendu aucun d'entre eux dire ce qu'ils feraient réellement en matière de politique étrangère, de reconstruction des relations entre l'Amérique et le monde», a-t-il poursuivi.

Malgré ses dénégations répétées, nombre de politologues estiment que Bloomberg envisage toujours de se porter candidat indépendant à l'élection présidentielle du 4 novembre. Les spéculations sur ce thème ont repris de plus belle à l'annonce, dimanche, de la participation du maire de New York à un colloque organisé la semaine prochaine en Oklahoma par Unity 08, une organisation qui remet en cause le bipartisme.

Bloomberg, ex-démocrate devenu républicain, a été élu à la mairie de New York en 2001. Réélu, il a rompu en juin dernier avec le «Grand Old Party».

L'Iowa et le New Hampshire sont les premiers États à participer au processus de sélection des candidats des partis républicain et démocrate pour la présidentielle du 4 novembre. En à peine plus d'un mois, plus de la moitié des États américains auront participé à ce processus.

Aujourd'hui, quelque 130 000 adhérents du Parti démocrate et 80 000 républicains se réuniront dans 1784 lieux pour désigner les délégués appelés à participer au choix des candidats à la fin de l'été, lors des conventions nationales des deux partis. Toutes les équipes de campagne ont mobilisé des armées de bénévoles pour inciter les adhérents indécis à se déplacer et ces derniers étaient la cible des derniers discours.


Avec l'AFP, l'AP, Reuters et le New York Times.

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