États-Unis - Sécurité aérienne: la NASA publie des données inquiétantes

Washington — Collisions évitées de justesse, descentes en piqué, atterrissages sans autorisation: des centaines d'incidents de ce type ont été recensés entre 2001 et 2004, selon une vaste étude américaine sur la sécurité aérienne dont les résultats ont été partiellement publiés cette semaine par la NASA.

L'agence spatiale américaine a publié à contrecoeur lundi ces informations émanant d'un rapport de 16 000 pages, qu'elle avait jusqu'ici refusé de rendre public pour ne pas, selon elle, inquiéter les voyageurs ou nuire aux activités des compagnies aériennes.

L'étude pointe des problèmes de sécurité relevés par 25 000 pilotes d'avions de ligne et 4000 pilotes d'avions privés lors d'une étude sans précédent menée de 2001 à fin 2004. Sur la base de ces témoignages, le rapport recense au moins 1266 incidents où des appareils ont volé à moins de 150 mètres l'un de l'autre, ce qui est généralement considéré comme une collision évitée de justesse.

Autre problème: dans 1312 cas, les pilotes ont soudain plongé ou grimpé en vol par inadvertance de plus de 90 mètres, selon le document. Le rapport dénombre également 166 atterrissages sans autorisation dans des aéroports dotés d'une tour de contrôle en service. Il recense aussi 513 atterrissages difficiles et 4267 cas où des oiseaux ont été percutés par des avions.

Donnés insuffisantes

La NASA n'a pas donné toutes les clés pour analyser ces statistiques. Il est ainsi impossible de déterminer si plusieurs pilotes ont pu rapporter le même incident, et un expert clé juge les chiffres excessifs.

Les données publiées ont été «volontairement conçues pour empêcher les gens d'analyser les taux correctement et pour piéger les analystes avec des taux beaucoup plus élevés que ne le montre en réalité l'étude», accuse Jon Krosnick, de l'Université de Stanford, qui a aidé à préparer l'enquête. Il exhorte la NASA à publier davantage d'informations pour permettre une meilleure compréhension des données.

L'étude montre que des incidents comme les collisions évitées de justesse se produisent beaucoup plus souvent que ce qui était reconnu jusqu'ici, ont indiqué à l'Associated Press des sources proches du dossier. Mais le patron de la NASA, Michael Griffin, a estimé lundi que l'étude avait été mal gérée et a déclaré devant la presse que les Américains ne devaient pas s'en inquiéter.

La confiance du public

La NASA s'est attiré de vives critiques du Congrès et des médias pour avoir gardé secrètes ces informations. L'agence avait justifié sa position en expliquant ne pas avoir voulu saper la confiance du public dans les compagnies aériennes ou nuire aux activités de ces dernières. M. Griffin a finalement désavoué ses subordonnés et promis au Congrès qu'au moins une partie des données serait publiée avant la fin de 2007, ce qui a donc été fait le 31 décembre.

L'enquête de la NASA avait pour but de repérer d'éventuelles défaillances en matière de sécurité aérienne. Selon ses concepteurs, elle est unique, car il s'agit d'une étude aléatoire qui a obtenu un taux de réponse de 80 % et non d'une compilation de témoignages de pilotes rapportant de leur propre initiative des incidents.

M. Griffin avait indigné certains employés de la NASA en critiquant le projet et en déclarant que la méthodologie employée n'avait pas été correctement vérifiée. Le Congrès avait ouvert une enquête.

De son côté, l'Administration de l'aviation civile américaine (FAA) met en doute les résultats de l'étude qui rapportent davantage d'incidents que ses propres statistiques, estimant qu'ils reflètent des opinions subjectives des pilotes données a posteriori. «C'est quelque chose que nous allons devoir tenter de comprendre», a déclaré Peggy Gilligan, une responsable de la FAA, dans un entretien à l'Associated Press.

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