Le Washington Post fait le point sur le raid israélien en Syrie - Bush avait été averti

Washington — La Maison-Blanche s'est retranchée derrière un inflexible «no comment» sur un raid israélien en Syrie qui met à l'épreuve par ricochet les efforts américains pour le désarmement nucléaire de la Corée du Nord.

Or, George W. Bush a placé dans la Corée du Nord une grande partie des espoirs d'un dernier grand succès diplomatique avant la fin de sa présidence en janvier 2009, quitte à passer outre aux objections des durs dans son gouvernement.

M. Bush est le premier à dresser un mur de silence entre la Maison-Blanche et ceux qui cherchent à savoir si les aviateurs israéliens ont bien bombardé le 6 septembre un site où Syriens et Nord-Coréens auraient coopéré sur le nucléaire. «Je ne m'exprimerai pas sur le sujet», a dit sèchement M. Bush jeudi à quatre reprises.

Deux porte-parole de la Maison-Blanche ont signifié hier qu'une consigne de mutisme absolu était passée, au moins officiellement.

«Je crois que je sais quand il faut suivre les directives du patron, et quand il dit: pas de commentaires, cela veut dire: pas de commentaires. Je vais m'y conformer», a dit l'un d'eux, Tony Fratto.

Pourtant M. Bush est au courant de ce qui s'est passé, écrivait le Washington Post. Citant des sources gouvernementales américaines, le quotidien écrit qu'Israël a partagé cet été avec M. Bush les informations de son renseignement selon lesquels du personnel nucléaire nord-coréen se trouvait en Syrie.

Après un délai de réflexion, les États-Unis auraient fini par confirmer dans une certaine mesure, avant que l'État hébreu ne passe à l'attaque, de nuit, pour minimiser les risques de pertes humaines, dit le journal.

Si le gouvernement américain a pris son temps, c'est, dit le journal, par peur de compromettre les fragiles négociations avec la Corée du Nord.

Après bien des résistances, George Bush a cédé aux instances des plus modérés dans son administration et a accepté un accord multilatéral avec la Corée du Nord, devenue puissance atomique militaire en 2006, pour qu'elle renonce à toutes ses activités nucléaires.

La mise en oeuvre de cet accord est en cours.

M. Bush a dit récemment qu'il espérait pouvoir refermer le dossier nord-coréen avant la fin de sa présidence. Il s'agirait probablement d'une de ses dernières réussites diplomatiques majeures.

Mais une coopération nucléaire avec la Syrie pourrait être dénoncée comme une grave entorse par ceux qui estiment que négocier avec la Corée du Nord, c'est récompenser le mauvais comportement d'un État que M. Bush lui-même a placé sur «l'axe du mal» en 2002.

L'affaire est d'autant plus sensible que la Syrie est pour M. Bush l'un des fauteurs de troubles au Proche-Orient et qu'elle est la principale alliée de la bête noire du président, l'Iran, autre pays de «l'axe du mal», autre pays dont M. Bush dénonce les menées nucléaires.

La Corée du Nord a démenti toute collaboration nucléaire avec la Syrie. La présidence américaine a assuré que les États-Unis ne se laissaient pas bercer de promesses et avaient une «vue réaliste» de la Corée du Nord.

Les informations sur les événements du 6 septembre sont très fragmentaires et certaines rapportaient que les frappes israéliennes ne visaient pas un site dédié au nucléaire, mais à des missiles.