Une école bilingue arabe ouvre à New York sous protection policière

New York — Protégés par d'imposantes forces de police, une soixantaine d'élèves ont fait hier leur rentrée dans la première école bilingue arabe de New York, dont certains craignent qu'elle ne serve de base de propagation du radicalisme islamique.

«Ce n'est absolument pas une école religieuse», a déclaré Garth Harris, responsable du développement au département de l'Éducation de la ville, au sujet de l'Académie internationale Khalil-Gibran.

«Les enfants qui viennent ici sont simplement inscrits dans un établissement qui recherche l'excellence, comme des dizaines d'autres écoles bilingues de New York qui enseignent le chinois, le français ou le russe», a-t-il ajouté aux journalistes massés devant la grille d'un immeuble de Brooklyn abritant plusieurs écoles d'enseignement secondaire.

Hier matin, parmi les enfants, d'origines ethniques très différentes, on pouvait voir quelques filles portant un foulard. À l'extérieur, une quinzaine de policiers veillaient à ce que les journalistes ne dépassent pas un cordon jaune tendu à quelques mètres du bâtiment.

La directrice, Danielle Salzberg, nommée à la mi-août, a refusé de parler aux journalistes. «Elle est avec les élèves», a indiqué M. Harris. La précédente directrice, l'arabophone Debbie Almontaser, avait été contrainte de démissionner à la mi-août sous la pression, après avoir refusé de condamner la vente de T-shirts portant l'inscription «Intifada NYC».

«Je parle un peu l'arabe», dit avant d'entrer une écolière noire de 11 ans, Salima Abdulhassim, un foulard blanc sur la tête. «Ma mère aussi le parle un peu», ajoute-t-elle, refusant de donner plus de détails.

«Nous regrettons la polémique qui a surgi», dit Garth Harris, devant un grand panneau où l'on peut lire «Les New-Yorkais soutiennent l'école Khalil-Gibran». Près de lui, une quinzaine de défenseurs de l'école, dont le rabbin Michael Fendler, portent un macaron avec l'inscription «Bienvenue».

«Personne n'a retiré ses enfants de l'établissement, et aujourd'hui nous avons près de 60 inscrits», dit Garth Harris. Sur les 59 écoliers inscrits, garçons et filles, tous sont âgés d'une douzaine d'années et seuls neuf parlent correctement l'arabe, a-t-il ajouté.

«Nous allons commencer par l'enseignement de base: "Bonjour, comment allez-vous, mon nom est..."», a précisé la coordonnatrice de l'établissement, Danielle Jeffrey. «Deux tiers des élèves sont originaires de l'Afrique ou des Caraïbes, il y a quelques Blancs et une poignée de musulmans afro-américains, mais personne ne leur a demandé quelle était leur religion», a-t-elle déclaré à la radio publique américaine NPR.

«Certains parents ont choisi l'école pour que leurs enfants apprennent le langage de leurs origines, d'autres pour favoriser leur entrée sur le marché international du travail», a-t-elle ajouté. «Une parente d'élève a voulu que son fils voie la vie ailleurs que dans son école chrétienne de l'est de New York», dit-elle encore.

Un élu de Brooklyn, Dov Hikind (démocrate), avait estimé, il y a quelques semaines, que «l'ouverture d'une école arabe était une idée dangereuse» et que les enfants pouvaient être «endoctrinés».

La ville de New York compte plus de 200 écoles dont les programmes prévoient un enseignement bilingue.

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