Le président Bush veut transgresser les clivages pour réformer l'immigration

Yuma, Arizona — Le président américain George W. Bush a dit hier vouloir trouver un accord politique pour promulguer une réforme «globale» des lois de l'immigration en 2007. Selon lui, l'immigration reste l'un des seuls terrains où une entente est encore possible dans le climat de tension croissante que l'Irak fait régner entre un président impopulaire et un Congrès passé en janvier aux mains de ses adversaires démocrates.

Mais l'adoption d'une réforme selon ses désirs est tout sauf acquise, tant la question divise les Américains et la classe politique, à l'intérieur même des partis. M. Bush a défendu ce projet qui est, a-t-il dit, un sujet de «profonde conviction»: il associerait renforcement des frontières, lutte accrue contre l'immigration et le travail clandestins, mais aussi régularisation très controversée d'une partie des 11 ou 12 millions d'étrangers qui travailleraient illégalement aux États-Unis.

M. Bush sait que 2008 sera accaparée par la présidentielle, il ne peut guère espérer mener à bien un des grands chantiers de sa présidence. «Je travaille pour rassembler les républicains et les démocrates et pour résoudre les questions pendantes afin que le Congrès puisse adopter une loi globale et que je puisse la promulguer cette année», a déclaré M. Bush devant des garde-frontières après avoir inspecté le secteur de Yuma (Arizona), important point de passage pour les clandestins. Le président a déjà signifié qu'en fait, après août, il serait difficile de forger un compromis.

Depuis des semaines, la Maison-Blanche se démène pour rallier républicains et démocrates à une réforme qui serait l'une des dernières grandes de la présidence. L'administration doit vaincre l'opposition des plus conservateurs chez ses amis républicains. Ils dénoncent la régularisation de millions de clandestins comme une «amnistie».

M. Bush a répété hier qu'il était hostile à une telle «amnistie», que les clandestins devraient payer une «amende importante» pour avoir enfreint la loi, et qu'ils n'auraient pas automatiquement accès à la citoyenneté américaine plus tard. Il a souligné l'importance que revêtent pour l'économie américaine ces travailleurs qui viennent «faire le travail que les Américains ne font pas».

M. Bush a invoqué tous les maux liés à l'immigration clandestine: criminalité, trafic d'êtres humains, pressions sur les écoles et les services locaux. Il a jugé «inapplicable» la décision de renvoyer tous les clandestins chez eux.

Des propositions qui circulent actuellement, et que la Maison-Blanche décrit comme de simples outils de travail, viseraient à convaincre les républicains récalcitrants. Les clandestins pourraient obtenir un visa de travail, mais ils devraient commencer par rentrer chez eux et payer 3500 $, une fortune pour beaucoup d'entre eux. Pour obtenir un statut de résident permanent, ils devraient retourner chez eux, faire une demande officielle et payer 10 000 $.

De telles dispositions risquent de heurter les démocrates, plutôt favorables aux principes de la réforme voulue par M. Bush. Elles ont été dénoncées samedi par plusieurs milliers de personnes manifestant à Los Angeles. Une journée nationale d'action en faveur des immigrés est prévue aujourd'hui.

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