L'entrevue - Le sénateur du Vermont, allié de la planète

Le premier sénateur socialiste de l'histoire des États-Unis représente le Vermont, voisin du Québec, dont il importe de l'hydroélectricité. Bernie Sanders est l'auteur de la proposition de loi la plus complète et la plus draconienne pour lutter contre le réchauffement de la planète. Il est aussi l'un des principaux détracteurs de la guerre en Irak.

Washington —Bernie Sanders n'a pas été surpris par le rapport alarmant que le Groupe intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC) a publié vendredi. «Ceux qui, moi, ont étudié le problème savent que le temps est compté pour réparer les dégâts et que le moment est venu de prendre des mesures audacieuses», déclare le sénateur du Vermont dans un entretien accordé au Devoir.

Bernie Sanders a tellement bien étudié le problème qu'il a rédigé une proposition de loi pour réduire les rejets de gaz à effet de serre aux États-Unis. Pas moins de sept propositions de loi sont soumises au débat que le Congrès a entamé la semaine dernière. La plupart vont plus loin que les prescriptions du protocole de Kyoto.

Celle de Bernie Sanders est la plus complète. Elle vise en effet tous les rejets, non seulement ceux des véhicules, mais aussi ceux des centrales thermiques et autres industries lourdes. Elle met aussi l'accent tant sur la baisse de la consommation de combustibles fossiles que sur le développement de sources propres, telles que les énergies solaire et éolienne. La proposition de loi du sénateur est également la plus draconienne puisqu'elle prévoit de réduire les rejets de gaz à effet de serre de 80 % en deçà des niveaux de 1990, et ce, d'ici à 2050.

La proposition de Bernie Sanders est jugée «irréaliste» par des proches du Parti républicain, comme le climatologue Patrick Michaels de l'Institut Cato, un centre de réflexion conservateur à Washington. «C'est le statu quo qui est irréaliste», réplique Bernie Sanders. «La position du président Bush est totalement irréaliste et même effrayante», ajoute-t-il.

George Bush a, certes, jugé «précieux» le rapport du GIEC vendredi. Mais, depuis son arrivée à la Maison-Blanche en 2001, il a repoussé le protocole de Kyoto, mettant en doute l'existence même d'un réchauffement. Dans le discours sur l'état de l'Union le mois dernier, George Bush a enfin reconnu que le réchauffement est «un défi grave et sérieux» et a proposé de diminuer la pollution des véhicules de 20 % sur 10 ans.

Mais Bernie Sanders n'est pas convaincu. Il rappelle que «le président utilise souvent le discours sur l'état de l'Union pour exprimer des préoccupations», mais que, «par la suite, il met souvent en place des politiques qui ne vont pas dans le sens de cette rhétorique».

L'Institut Cato et George Bush lui-même avancent régulièrement que les mesures contraignantes prônées par le traité de Kyoto ou par une proposition de loi comme celle de Bernie Sanders nuiront à l'économie et à l'emploi aux États-Unis. Le sénateur socialiste du Vermont pense néanmoins que le combat contre le réchauffement est parfaitement compatible avec la croissance. «Ma proposition de loi créera de nombreux emplois, et de bons emplois, grâce au développement de technologies plus efficaces.»

L'optimisme du sénateur est aidé par le fait que, parallèlement au changement du climat atmosphérique dans le monde, le climat politique a changé à Washington, et «radicalement», selon Bernie Sanders. Plus sensibles à la protection de l'environnement que le Parti républicain de George Bush, les démocrates désormais au pouvoir au Congrès ont en effet fixé pour objectif au Parlement d'adopter une loi avant la fin de l'année.

À la Chambre, la présidente Nancy Pelosi compte même sur un vote avant juillet. «C'est absolument faisable», estime Bernie Sanders, tout en notant qu'au Sénat «les choses seront plus difficiles parce que moi et les démocrates ne formons qu'une majorité de 51 voix sur 100, et il faut s'attendre à une résistance des républicains». Bernie Sanders souligne que sa proposition de loi est soutenue par la Californienne Barbara Boxer, nouvelle présidente de la Commission sénatoriale de l'environnement. «Vous allez voir le Congrès se montrer beaucoup plus agressif pour lutter contre le réchauffement de la planète», affirme le sénateur.

Avec le réchauffement, l'Irak est l'un des dossiers dans lesquels «il est urgent que les États-Unis agissent», comme le dit Bernie Sanders. Le Vermontois est l'un des rares élus du Congrès à avoir voté en 2002 contre l'invasion de l'Irak. Il qualifie de «déraisonnable» la requête de 300 milliards de dollars américains supplémentaires pour la guerre que George Bush soumet aujourd'hui au Congrès. Il s'oppose à l'envoi de 21 500 soldats américains en renforts en Irak, principal élément de la nouvelle stratégie de M. Bush.

«J'appuie la proposition du sénateur démocrate Ted Kennedy qui vise à dénier à George Bush les fonds pour cette escalade», indique Bernie Sanders. «Ce dont nous avons besoin, c'est d'une escalade de la diplomatie», lance le sénateur, qui a adressé une lettre en ce sens à Condoleezza Rice. «Nous devrions contacter les pays de la région, y compris la Syrie et l'Iran.»

Dans sa lettre à la patronne du Département d'État qu'il a rencontrée mardi dernier, Bernie Sanders s'inquiète aussi de l'attitude belliqueuse de son gouvernement envers l'Iran. «L'administration Bush me rend très nerveux», explique-t-il au Devoir. «J'espère qu'il n'y aura pas d'attaque contre l'Iran, mais on ne saurait sous-estimer ce que l'administration Bush pense avoir le droit de faire.»

Né à Brooklyn en 1941, ce fils d'immigrés polonais au fort accent new-yorkais fait partie du paysage du Vermont depuis 1971. Entré en politique cette année-là pour protester contre la guerre du Vietnam, Bernie Sanders sera maire de Burlington pendant près de dix ans avant de représenter sa circonscription à la Chambre des députés pendant sept mandats consécutifs, un record pour un élu indépendant des partis démocrate et républicain. Promu au Sénat avec 65 % des voix en novembre, il siège à plusieurs commissions, notamment celles de l'environnement et de l'énergie. Il est le premier socialiste dans l'histoire de la haute assemblée.

Comment vit-il le fait d'être socialiste dans un pays où, pour beaucoup, le mot est quasiment une insulte? «Je me définis comme un socialiste démocrate. Disons que, si j'étais dans un pays où il y a une tradition socialiste, comme la France, je me situerais sur l'aile gauche du parti», dit Bernie Sanders. «Aux États-Unis, la chaîne de télévision Fox fait l'amalgame entre socialiste et communiste, mais en tout cas, je me bats pour une forte protection de l'environnement, pour les droits des travailleurs, pour l'amélioration du système de santé et, plus généralement, pour construire une société plus égalitaire.»

Collaboratrice du Devoir
1 commentaire
  • Robert Daignault - Inscrit 5 février 2007 19 h 10

    Bonhomme intéressant;)

    Dans un monde parfait ce gars serait important;)