Irak: le massacre de Sadriya soulève un tollé

Le général américain William Caldwell a déclaré hier à Bagdad que l’offensive promise par le gouvernement irakien pour faire cesser les violences ne donnerait pas de résultats du jour au lendemain.
Photo: Agence Reuters Le général américain William Caldwell a déclaré hier à Bagdad que l’offensive promise par le gouvernement irakien pour faire cesser les violences ne donnerait pas de résultats du jour au lendemain.

Bagdad — La capitale irakienne, frappée samedi par le deuxième attentat le plus meurtrier en Irak en quatre ans s'est réveillée hier au son de nouvelles explosions. Sommé d'agir, le gouvernement irakien a renouvelé son engagement à lutter contre les groupes armés au lendemain de la mort de 135 personnes dans un attentat suicide au camion piégé dans un secteur à majorité chiite de Bagdad.

La violence de cet attentat a choqué des Irakiens pourtant accoutumés aux violences quotidiennes qui menacent de plonger leur pays dans une guerre totale entre majorité chiite et minorité sunnite. «C'est une catastrophe. Ce qui s'est produit est une catastrophe totale, même pour l'Irak», a déclaré un responsable du gouvernement irakien.

«Ce qui est arrivé à Sadriya est un acte terroriste. C'est une catastrophe humaine. Nous appelons le gouvernement à prendre de nouvelles mesures, et c'est ce que nous attendons du plan pour Bagdad», a dit pour sa part le président du parlement, le sunnite Mahmoud al-Machhadani. «Nous leur demandons de riposter d'une poigne de fer.»

Une série d'attentats et de fusillades ont encore fait au moins 37 morts hier dans la capitale, où les corps de 33 personnes tuées par balle ont également été découverts. Devant ce bilan, le général américain William Caldwell a prévenu que l'offensive promise par le gouvernement irakien pour faire cesser les violences ne donnerait pas de résultats du jour au lendemain.

«Les gens doivent être patients. Laissez au gouvernement et aux forces de la coalition une chance d'appliquer [le plan de sécurité] à fond. Il faudra un certain temps pour que les renforts irakiens et américains soient déployés», a-t-il dit. Le président américain George Bush a décidé l'envoi de 21 500 militaires en renfort, dont une grande partie devrait appuyer l'offensive irakienne à Bagdad.

Un millier de personnes ont été tuées durant la semaine écoulée dans des attentats suicide, des fusillades ou des combats entre forces de sécurité et rebelles islamistes, d'après des calculs effectués par Reuters à partir de bilans officiels. «Il y a maintenant dans l'opinion chiite beaucoup de colère contre le gouvernement», a dit un responsable chiite de la coalition de Maliki. «Les gens sont excédés. Ils exigent des actes de leur gouvernement. Ils veulent une réponse à ces meurtres.»

Dans le quartier de Sadriya, les secours ont poursuivi la recherche des cadavres sous les décombres ensanglantés. Un bulldozer a déblayé les ruines de deux bâtiments dévastés par l'explosion, qui a également fait 300 blessés.

Le premier ministre chiite Nouri al Maliki a mis en cause des partisans de Saddam Hussein et des extrémistes sunnites. Son cabinet a diffusé samedi soir un communiqué dans lequel le gouvernement, faisant allusion aux extrémistes, s'engage à «supprimer leurs racines, leurs ressources et leurs partisans».

Le porte-parole du gouvernement irakien, Ali al Dabbagh, a déclaré en outre hier à la chaîne de télévision Al Arabiya que la moitié des extrémistes sunnites responsables des attentats en Irak arrivaient de la Syrie. «Nous avons la confirmation que 50 % de ces takfiris et de ces assassins qui se prétendent djihadistes arabes arrivent en traversant la frontière syrienne», a-t-il dit par allusion aux sunnites radicaux autorisant les meurtres de musulmans jugés infidèles.

Maliki a promis en janvier de lancer une vaste opération de répression contre les groupes armés à Bagdad, mais cette annonce n'a pas encore été suivie d'effets. De précédentes initiatives du même genre ont échoué.

Deux responsables chiites de la puissante Alliance irakienne unifiée pensent que l'offensive sera déclenchée dans une dizaine de jours. «Cet attentat [à Sadriya] devrait accélérer le travail sur le plan [de sécurité]», a déclaré un haut responsable à Reuters. «Nous avons besoin d'un plus grand soutien politique. Cela pourrait être annoncé sous peu.»

Interrogé par Reuters, Salim al Djibouri, homme politique issu de la minorité sunnite, a estimé que le gouvernement devait s'engager, dans le cadre de cette offensive, à respecter les droits de l'homme et à s'abstenir de tout recours excessif à la force.

Par ailleurs, l'armée américaine a confirmé pour la première fois hier que ses quatre hélicoptères ayant chuté en deux semaines en Irak avaient été abattus. Le général William Caldwell, porte-parole militaire, a déclaré que l'armée américaine avait procédé à un réajustement tactique dans son utilisation des hélicoptères en appui aux forces américaines et irakiennes au sol.

Au total, 21 militaires américains et civils travaillant dans le domaine de la sécurité ont été tués dans ces opérations, a précisé Caldwell, confirmant des informations transmises par des témoins ou émanant de fuites à l'intérieur de l'armée.

Des dizaines d'hélicoptères américains ont été abattus en Irak en quatre année de conflit. Mais le bilan anormalement élevé de ces deux semaines a laissé penser que les rebelles avaient peut-être changé de tactique ou qu'ils utilisaient des armes plus puissantes.

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Avec l'Agence France-Presse