Selon une analyse du Bureau du budget du Congrès américain - Irak : le plan Bush pourrait nécessiter jusqu'à 48 000 hommes de plus

La nouvelle stratégie pour l'Irak annoncée en janvier par le président américain George W. Bush pourrait exiger le déploiement de 35 000 à 48 000 hommes au total, et non seulement 21 500, et coûter 13 milliards de dollars.

«Jusqu'à présent, le ministère de la Défense n'a parlé que du déploiement d'unités de combat, mais les opérations militaires américaines exigent aussi d'importantes forces de soutien», logistique et autre, explique une analyse du Bureau du budget du Congrès (CBO).

Selon le CBO, le ratio des dernières années en Irak était de 5500 hommes affectés à des tâches de soutien pour 4000 hommes affectés à des rôles de combat. Envisageant que les effectifs des unités de soutien soient ramenés à seulement 3000 hommes, cet organisme estime que le déploiement de 21 500 combattants annoncé jusqu'à présent pourrait se traduire par un déploiement réel de 35 000 à 48 000 hommes au total. Actuellement, le contingent américain en Irak compte 138 000 militaires.

Au total, le déploiement de 48 000 hommes supplémentaires sur quatre mois entraînerait un surcoût de quelque 13 milliards de dollars par rapport au niveau de dépenses actuel (neuf milliards seulement dans l'hypothèse 35 000 hommes). Leur maintien sur le terrain pendant une année entière coûterait 27 milliards de dollars (ou 20 milliards), selon le CBO.

Pour l'opposition démocrate au président Bush, majoritaire au Congrès, ce rapport «ne fait que confirmer que le président a continuellement tenté de cacher les vrais coûts humains et financiers de cette guerre», comme l'a dit le représentant Martin Meehan.

M. Meehan souligne toutefois que cette estimation va à l'encontre de déclarations du chef d'état-major de l'armée de terre Peter Schoomaker, entendu par la Commission des forces armées de la Chambre des représentants la semaine dernière. Il avait alors affirmé que le déploiement de cinq brigades de combat annoncé par M. Bush n'exigerait pas de déployer des soutiens supplémentaires.

Désaveu

La menace d'un désaveu sans précédent du président Bush par le Sénat américain se précise avec l'union de sénateurs républicains et démocrates spécialistes des questions de défense pour faire adopter un texte condamnant sa stratégie en Irak.

«C'est vraiment l'occasion que le Sénat s'exprime clairement», a expliqué hier le président démocrate de la Commission des affaires étrangères, Joseph Biden, rappelant qu'il s'agit d'exprimer un message simple au président George W. Bush: «N'envoyez pas plus de soldats américains au milieu d'une guerre civile.»

Le compromis annoncé la veille par le président démocrate de la Commission des forces armées, Carl Levin, et le très respecté John Warner, son prédécesseur républicain, semble ouvrir la voie à l'adoption la semaine prochaine d'un projet de résolution non contraignant exprimant le rejet du déploiement supplémentaire en Irak.

Ce texte rejette clairement le déploiement des renforts annoncé le 10 janvier, fût-il plus modeste que les 21 500 hommes annoncés, tout en incluant un élément consensuel parmi les républicains et la plupart des démocrates: le refus de mettre un terme au financement de la guerre, une solution pourtant réclamée par la base du Parti démocrate et ses éléments les plus à gauche.

Pour l'instant, la Maison-Blanche s'affiche immuable. «Le président s'est engagé à mettre cinq brigades à Bagdad et 4000 marines [dans la province] d'al-Anbar, ça n'a pas changé», a déclaré le porte-parole présidentiel Tony Snow.

Sur le terrain, au moins 70 personnes ont été tuées hier dans des attaques en Irak, dont 57 dans un double attentat suicide contre un marché de Hilla, à 120 kilomètres au sud de Bagdad. L'explosion dans un marché de la ville a aussi fait 138 blessés.