Bush reconnaît que la victoire est loin d'être acquise en Irak

Le président américain reste sourd à plusieurs recommendations.
Photo: Agence Reuters Le président américain reste sourd à plusieurs recommendations.

Washington — Le président George W. Bush a reconnu hier que les Américains n'avaient pas la victoire en main en Irak et les a préparés à de nouveaux «sacrifices» en 2007.

Tout en dressant un sombre tableau des réalités irakiennes à ce jour, M. Bush a cependant refusé un désengagement d'Irak, malgré la pression exercée par les événements irakiens et par l'opinion américaine au moment où il prépare une nouvelle stratégie pour un pays au bord de la guerre civile.

«Je ne vais pas faire de prédictions pour 2007 en Irak, si ce n'est qu'il va falloir faire des choix difficiles et des sacrifices supplémentaires, parce que l'ennemi est violent et sans pitié», a-t-il déclaré en conférence de presse.

Dans un entretien accordé au Washington Post paru hier, il avait pour la première fois déclaré: «Nous ne gagnons pas, nous ne perdons pas», reprenant à son compte les mots du chef d'état-major de l'armée, le général Peter Pace.

Il pourrait s'agir de la reconnaissance la plus spectaculaire de sa part des difficultés rencontrées en Irak. Juste avant la défaite électorale de son camp aux élections parlementaires du 7 novembre, il déclarait encore: «Absolument, nous sommes en train de gagner» en Irak.

M. Bush a reconnu hier en conférence de presse que «2006 [avait été] une année difficile pour nos soldats et pour le peuple irakien». Il a même reconnu le «succès» des ennemis dans leurs tentatives de déstabilisation.

Se voulant «lucide», il a dit ne pas envisager la nouvelle année avec le même «optimisme» qu'en 2006, qui avait débuté après la réussite des élections générales irakiennes. «Nous ne réussissons pas tout à fait aussi vite que je le souhaitais», a-t-il aussi reconnu.

Il a toutefois réaffirmé sa confiance dans la victoire: «Je crois que nous allons gagner. [...] Voilà ce que vous devez savoir. Nous allons réussir.»

Mais le jour où le numéro deux d'al-Qaïda, Ayman al-Zaouahiri, resurgissait dans une vidéo pour prédire que les Américains seraient forcés de négocier avec les extrémistes islamistes en Irak et en Afghanistan, M. Bush a assuré que la victoire était «essentielle» dans le combat contre le terrorisme, dont l'Irak serait le premier «front».

«Ils pensent que ce n'est qu'une question de temps pour que l'Amérique se lasse et s'en aille, qu'elle abandonne les Irakiens par exemple. Cela n'arrivera pas», a-t-il dit.

M. Bush a dû se résigner à un changement de cap en Irak après la défaite électorale du 7 novembre, à laquelle la guerre a fortement contribué. Il a sacrifié son secrétaire à la Défense, Donald Rumsfeld, remplacé par Robert Gates.

M. Bush devrait annoncer une nouvelle stratégie en janvier. M. Gates s'est rendu hier en Irak deux jours seulement après avoir prêté serment.

M. Bush a dit que la voix de M. Gates serait «importante» mais qu'il écouterait toutes les propositions. «Laissez-moi vous dire que nous examinons toutes les options», a-t-il dit.

Il a confirmé que l'une d'elles consistait dans l'envoi de troupes supplémentaires, malgré la résistance à laquelle une telle éventualité semble se heurter de la part des généraux et la réprobation qu'elle risque de rencontrer dans l'opinion et la nouvelle majorité démocrate.

Taille de l'armée

M. Bush a cependant assuré ne pas avoir encore pris de décision sur la question cruciale des effectifs. Mais il a confirmé son intention d'augmenter la taille de l'armée de terre et du corps des marines.

M. Bush a de nouveau opposé une fin de non-recevoir à une des idées qui lui sont soumises avec le plus d'insistance: l'ouverture de discussions, sans autre préalable, avec les deux bêtes noires des États-Unis dans la région, l'Iran et la Syrie, pour les associer à la stabilisation de leur voisin irakien.

Au côté de M. Gates, le général John Abizaid, plus haut commandant pour le Proche-Orient, a annoncé son prochain départ à la retraite, confortant la suspicion que de nouveaux hommes pourraient être chargés d'une nouvelle politique. M. Bush devrait annoncer celle-ci en janvier.

D'influents parlementaires américains ont salué le projet du président d'augmenter des effectifs militaires dangereusement menacés d'atteindre les limites de leurs capacités avec les missions de longue durée en Irak ou en Afghanistan.

«Je suis contente que le président Bush change d'avis et qu'il finisse par écouter les démocrates, qui lui ont demandé d'accroître» les effectifs militaires, a déclaré la future présidente de la Chambre des représentants, la démocrate Nancy Pelosi. «C'est une bonne nouvelle que le président reconnaisse enfin ce qui est évident depuis longtemps: [...] il est plus que temps d'augmenter les capacités de l'armée de terre et des marines», a aussi déclaré la sénatrice démocrate Hillary Clinton, probable candidate à la présidentielle de 2008.

Dans le même temps, les responsables démocrates, qui se préparent à prendre les commandes du Congrès en janvier, ont continué de s'interroger sur la nouvelle stratégie en préparation pour l'Irak.

Le prochain chef de la majorité sénatoriale, Harry Reid, a trouvé «réconfortant de voir que le président Bush a changé d'avis, rejeté la doctrine Rumsfeld et entendu les appels démocrates à accroître les effectifs militaires»