L'Iran tourne le dos au dollar américain

L’Iran a annoncé hier qu’il remplacerait le billet vert au profit de l’euro comme monnaie de référence pour ses revenus extérieurs et ses avoirs à l’étranger. Selon certains analystes, l’échange des pétrodollars, qui représentent 80 %
Photo: Agence Reuters L’Iran a annoncé hier qu’il remplacerait le billet vert au profit de l’euro comme monnaie de référence pour ses revenus extérieurs et ses avoirs à l’étranger. Selon certains analystes, l’échange des pétrodollars, qui représentent 80 %

Le dollar américain fait face à une baisse de popularité sur les marchés internationaux. L'Iran a annoncé hier qu'il remplacerait le billet vert au profit de l'euro comme monnaie de référence pour ses revenus extérieurs et ses avoirs à l'étranger. Cette décision, prise pour des raisons plus politiques que financières, vient s'ajouter aux intentions déclarées de la Chine, de monarchies pétrolières ou encore de la Russie de diversifier leurs réserves de devises afin de limiter leur exposition à une éventuelle glissade du dollar.

«Les ressources de l'étranger et les revenus pétroliers seront calculés en euros, et nous les recevrons en euros pour mettre fin à la dépendance à l'égard du dollar», a déclaré le porte-parole du gouvernement iranien, Gholam Hossein Elham. Le même changement doit être apporté aux avoirs iraniens à l'étranger. La Banque centrale iranienne a quant à elle reçu l'ordre de procéder à la même substitution pour ses réserves de changes.

Téhéran laissait planer déjà depuis quelque temps l'idée de ce passage à l'euro. Ce changement vise à la fois à infliger un camouflet diplomatique aux Américains et à se libérer des multiples contrôles et contraintes que les États-Unis tentent d'exercer sur les rapports entre l'Iran et les institutions financières étrangères. Washington a accusé l'Iran d'être le «banquier central» du terrorisme et fait tout ce qu'ils peuvent pour remettre son programme nucléaire sur le droit chemin. Selon certains analystes, l'échange des pétrodollars, qui représentent 80 % des revenus extérieurs de l'Iran, en euros risque de coûter cher compte tenu du fait que le dollar est préféré par les vendeurs.

Cette décision arrive dans un contexte où de plus en plus de pays disent vouloir s'émanciper un peu du dollar américain. Des représentants de la Banque de Chine ont ainsi rappelé récemment que l'institution avait un plan concret de diversification de ses réserves de changes. Plus grande détentrice de réserves de change au monde, la banque centrale chinoise a une cagnotte évaluée à 1000 milliards US$, dont environ 700 milliards seraient libellés en dollars américains.

D'autres pays, dont la Russie ainsi que des monarchies pétrolières du Moyen-Orient, ont également dit vouloir rééquilibrer un peu la place relative occupée par le dollar, l'euro ou encore le yen dans leurs paniers de devises étrangères. Tous présentent ces changements comme une façon de se prémunir d'une éventuelle dépréciation de la devise américaine.

Depuis 2001, le total des réserves mondiales de devises serait passé de 2000 milliards à 4700 milliards, selon le FMI, dont les deux tiers seraient détenus par seulement six pays: la Chine, le Japon, Taïwan, la Corée du Sud, la Russie et Singapour. L'essentiel de ses réserves serait libellé en dollar américain, l'autre grande monnaie internationale, l'euro, ne comptant que pour 25,4 % de ces réserves.

L'annonce de l'Iran n'a pas eu d'influence notable sur les taux de changes hier. Les déclarations émanant de la Banque de Chine avaient semblé avoir plus d'effet, arrivant en même temps qu'une volée de mauvaises nouvelles économiques à propos du marché immobilier, de la confiance des ménages et de la consommation de biens durables.

Plus ça change...

La tendance à la baisse du dollar américain n'a rien de neuf. Elle a commencé en 2002 et tient entre autres au déficit du compte courant américain, rappelle Martin Lefebvre, économiste au Mouvement Desjardins. Il se trouve aujourd'hui qu'après des mois passés à resserrer la vis des taux d'intérêt, la Réserve fédérale américaine laisse entrevoir qu'elle pourrait relâcher un peu sa prise afin de redonner un peu vie à l'économie. La Banque centrale européenne de son côté est bien décidée à continuer son resserrement des taux. Résultat: l'écart de rendement entre les obligations libellées en dollar et celles libellées en euros joue de moins en moins en faveur du dollar.

À moyen terme, il y a donc fortement à parier que le dollar restera bas et se dépréciera même encore un peu dit Martin Lefebvre. L'économiste doute cependant que les grandes banques étrangères fassent quoi que ce soit qui puisse accélérer ce processus. «Quel serait leur intérêt? Elles s'en prendraient à la valeur de leurs propres réserves.»

Denis Durand, associé principal chez Jarislowsky Fraser, est sensiblement du même avis. «Je crois que le dollar américain est maintenant très près de son niveau plancher», dit-il. Quoi que l'on dise des avantages pour un pays d'avoir une monnaie plus faible en terme d'augmentation des exportations et de réductions des importations, l'économiste ne croit pas que les États-Unis s'y complairont. «L'économie américaine ne compte pas sur les exportations. Elle fonctionne en quasi-autarcie, 94 % reposant sur son marché intérieur.» Il pense plutôt que la Réserve fédérale finira par augmenter ses taux d'intérêt.

De toute façon, on est loin d'avoir trouvé une devise capable de remplacer le dollar américain comme monnaie d'échange sur les marchés internationaux, pense-t-il. Il est vrai que l'euro a pris de l'assurance ces derniers temps, mais la stabilité de sa croissance reste compromise par plusieurs facteurs, dont le manque de discipline budgétaire chronique de la France et de l'Allemagne. Quant au yen japonais, il a été relégué au rang de devise au mieux régionale.

Le dollar canadien, pendant ce temps, continuera de suivre les hauts et le bas de l'économie américaine, dit Denis Durand.

Avec AFP
1 commentaire
  • Yan Roy - Inscrit 19 décembre 2006 09 h 14

    Apeller mon courtier?

    Je pense cette semaine transférer une partie de mes épargnes en $US vers des fonds européens et asiatiques.

    Je ne suis qu'un petit épargnant inquiet pour la valeur de son "cash down"... Mais qu'en serait-il si a court terme 500 millions d'épargnants faisaient de meme?