Robert Gates prend la tête du Pentagone

Washington — Le nouveau secrétaire américain à la Défense, Robert Gates, a pris hier ses fonctions avec l'obligation de proposer rapidement des options sur l'engagement militaire américain en Irak. «Un échec en Irak serait une calamité qui hanterait notre pays, nuirait à notre crédibilité et mettrait en danger les Américains pour les dizaines d'années à venir», a-t-il estimé lors de la cérémonie d'intronisation au Pentagone en présence du président George W. Bush.

Il a assuré que l'Irak était sa priorité en tant que nouveau chef du Pentagone et qu'il se rendrait «assez rapidement» dans ce pays pour y rencontrer les commandants militaires américains. Il a promis à M. Bush de le conseiller avec «franchise» et «honnêteté».

Robert Gates a souligné que l'Afghanistan était son autre priorité. «Les progrès réalisés au cours des cinq dernières années par les Afghans sont menacés, a-t-il estimé. Nous ne pouvons pas permettre que l'Afghanistan devienne à nouveau un sanctuaire pour terroristes.»

M. Bush a salué de son côté en M. Gates un homme «de talent et d'innovation qui apporte une perspective neuve»: «En tant que secrétaire à la Défense, il aidera notre pays à forger une nouvelle voie pour aller de l'avant en Irak.»

Ancien directeur de la CIA, M. Gates, 63 ans, succède au très controversé Donald Rumsfeld, qui a régné sur le département à la Défense pendant six années marquées par les attentats du 11 septembre 2001, les guerres en Afghanistan en 2001 et en Irak en 2003, les scandales d'Abou Ghraïb et Guantanamo.

M. Bush a sacrifié M. Rumsfeld au lendemain de la défaite du camp présidentiel aux élections parlementaires du 7 novembre, largement due à l'impopularité du conflit en Irak. Réputé plus pragmatique que son prédécesseur, M. Gates prend ses fonctions au moment où M. Bush, sous la pression des événements irakiens et de l'opinion publique américaine, prépare l'annonce prévue en janvier d'une nouvelle politique en Irak.

Le nouveau secrétaire à la Défense a fait partie d'un groupe de personnalités respectées, la commission Baker, qui vient de présenter à M. Bush des recommandations préconisant un changement de stratégie en Irak.

Avant même d'entrer officiellement en fonction, M. Gates a été associé aux consultations tous azimuts menées par M. Bush pour élaborer cette nouvelle politique.

Lors de son audition devant le Sénat début décembre, sa franchise avait été saluée par des sénateurs, alors que son prédécesseur a été souvent accusé de nier la réalité. Robert Gates avait estimé que les États-Unis n'étaient pas en train de gagner la guerre en Irak et avait plaidé pour des contacts avec Téhéran et Damas en dépit des nombreux différends entre Washington et ces pays.

Réticent à fixer un calendrier précis pour le retrait des troupes américaines d'Irak, il avait estimé que les États-Unis devraient sans doute garder «longtemps» une présence militaire dans ce pays, quitte à ce que les effectifs soient nettement inférieurs aux quelque 130 000 soldats actuellement déployés en Irak.

Selon lui, tout retrait précipité laissant l'Irak dans le chaos risquerait d'entraîner un «conflit régional», impliquant l'Iran, la Syrie, les pays sunnites de la région et la Turquie.

Pasr ailleurs, le Croissant-Rouge irakien a suspendu hier ses activités à Bagdad, après l'enlèvement collectif dont il a été victime dimanche, dans un climat de violence généralisée que les propositions de la conférence de réconciliation nationale ne devraient pas suffire à juguler. Dix-sept personnes ont été libérées dimanche et hier et dix-neuf restent prisonnières.