Une première défaite pour Pelosi

Nancy Pelosi (à gauche) en compagnie de Steny Hoyer.
Photo: Agence Reuters Nancy Pelosi (à gauche) en compagnie de Steny Hoyer.

Washington — La première réunion de travail des parlementaires démocrates depuis leur victoire électorale a révélé hier leurs profondes divisions, en dépit de la désignation par acclamation de leur leader Nancy Pelosi comme présidente de la Chambre des représentants américaine.

Mme Pelosi, 66 ans, une opposante déterminée à l'administration du président Bush, sera la première femme à présider la Chambre des représentants, à partir de janvier, ce qui fera d'elle le troisième personnage en importance aux États-Unis.

Mais cette victoire sans surprise pourrait avoir un goût amer pour Mme Pelosi, qui a perdu une première bataille politique en échouant à imposer un de ses proches pour être numéro deux de la Chambre et chef de la future majorité. Un ancien rival de Mme Pelosi, Steny Hoyer, 67 ans, l'a emporté haut la main pour ce poste (par 149 voix contre 86), face à Jack Murtha, 74 ans, l'un des plus virulents critiques de la guerre en Irak, qui réclame depuis un an d'entamer immédiatement le retrait des troupes américaines.

D'âpres débats

À la sortie de la réunion du vote à bulletins secrets, plusieurs visages crispés reflétaient l'aigreur du débat ayant précédé ce vote. «Nous avons eu nos débats, nos désaccords, mais maintenant c'est fini», a cependant lancé Mme Pelosi, après avoir rendu un vibrant hommage au vaincu: «C'est lui qui a changé les termes du débat [sur l'Irak], d'une façon qui nous a offert la majorité», a-t-elle estimé.

Le vainqueur, Steny Hoyer, était jusqu'à présent le numéro deux du groupe démocrate, derrière Mme Pelosi. «Nancy et moi travaillons ensemble depuis quatre ans, de façon proche et unie, et [...] cette équipe victorieuse a été priée [par les parlementaires] de continuer son travail», a-t-il affirmé, proclamant sa loyauté envers la future présidente de la Chambre.

L'élection de M. Hoyer pourrait refléter le souci des élus d'écarter tout soupçon de corruption, M. Murtha ayant été qualifié de «l'un des parlementaires les plus immoraux» par une organisation indépendante, Citoyens pour la responsabilité et l'éthique à Washington.

La campagne pour départager MM. Hoyer et Murtha avait illustré de façon éclatante les profondes divisions d'un groupe parlementaire représentant un large éventail de positionnements politiques, de la gauche la plus libertaire à un centrisme conservateur.

Sûr de gagner

L'issue de cette bataille pourrait affaiblir politiquement Mme Pelosi, qui selon plusieurs commentateurs a commis un faux pas majeur en soutenant M. Murtha.

Mardi soir encore, cet ancien marine s'était montré confiant sur ses chances de devenir numéro deux de la Chambre, estimant que sa dénonciation de la guerre suffisait à le qualifier. «Je serais la voix la plus forte sur le dossier qui a été le plus important durant la campagne électorale», avait-il fait valoir sur la chaîne de télévision MSNBC, reprochant à M. Hoyer de n'avoir jamais appuyé sa demande de retrait des troupes dès que possible.

M. Murtha a cependant souffert d'avoir été cité en 1980 dans la plus grosse affaire de corruption jamais mise au jour au Congrès, et d'avoir clairement indiqué que la réforme des pratiques éthiques de la Chambre ne devait pas être une priorité législative.

L'équipe dirigeante choisie par les élus démocrates va prendre officiellement place en janvier, avec l'entrée en fonctions du nouveau Congrès. Le coordonnateur de la campagne démocrate Rahm Emanuel, considéré comme un architecte de la victoire, a été récompensé en étant désigné à l'unanimité numéro 4 du groupe.