Washington d'accord pour discuter de l'Irak avec l'Iran

Interrogé par des sénateurs américains, le général John Abizaid, chef du commandement central de l’armée américaine, a déclaré hier qu’une augmentation du contingent américain en Irak ne constituait pas la solution aux problèmes de ce pays
Photo: Agence Reuters Interrogé par des sénateurs américains, le général John Abizaid, chef du commandement central de l’armée américaine, a déclaré hier qu’une augmentation du contingent américain en Irak ne constituait pas la solution aux problèmes de ce pays

Un haut responsable du département d'État a indiqué hier que Washington était d'accord «sur le principe» pour discuter directement avec l'Iran de la situation en Irak. «En ce qui concerne l'Iran, nous sommes prêts, en théorie, à discuter avec les Iraniens de la situation en Irak», a affirmé David Satterfield, principal conseiller de la secrétaire d'État Condoleezza Rice sur les affaires irakiennes au cours d'une audition devant une commission du Sénat américain.

«Nous sommes prêts, en théorie, à un dialogue direct avec l'Iran», a-t-il ajouté devant la commission des Forces armées. «Le calendrier pour un tel dialogue direct doit encore être examiné», a-t-il ajouté.

Empêtré dans le bourbier irakien, subissant des pressions très fortes pour résoudre le problème, Washington pose, pour toute rencontre avec Téhéran, des conditions qui touchent un autre dossier en exigeant que l'Iran cesse toute activité nucléaire avant de discuter de l'Irak.

Ces déclarations surviennent deux jours après que les États-Unis eurent indiqué que Washington avait renoncé à discuter directement avec Téhéran des moyens de lutter contre la violence en Irak. Mardi, Damas et Téhéran ont fait savoir qu'ils étaient prêts à discuter des moyens pour stabiliser la situation en Irak.

À bord de l'avion présidentiel Air Force One, Stephen Hadley, le conseiller pour la Sécurité nationale du président George W. Bush en route vers Singapour, a affirmé hier que ce dont les États-Unis ont besoin, c'est «moins de discussions que d'actions de la part de l'Iran».

Dans l'avion la conduisant au Vietnam, avant une escale sur la base américaine de Ramstein, en Allemagne, la secrétaire d'État Condoleezza Rice a indiqué de son côté que les États-Unis avaient fait «de multiples ouvertures aux Iraniens sur l'amorce d'un dialogue avec eux», en rappelant avoir offert en mai dernier de rencontrer son homologue iranien à condition que Téhéran suspende son programme d'enrichissement.

«La question est de savoir s'il y a quoi que ce soit dans le comportement des Iraniens suggérant qu'ils sont prêts à contribuer à la stabilité en Irak», a-t-elle ajouté.

«Il y a eu une période au cours de laquelle une offre de contact [par l'intermédiaire de l'ambassadeur américain en Irak Zalmay Khalilzad] a été proposée, [mais] cela n'a pas fonctionné pour plusieurs raisons», avait indiqué lundi le porte-parole du département d'État Sean McCormack.

L'année dernière, les États-Unis avaient autorisé Zalmay Khalilzad à prendre directement contact avec l'Iran pour tenter de lutter contre l'insurrection en Irak, alors que les relations entre Washington et Téhéran sont rompues depuis 1980.

«Si les Iraniens veulent dialoguer avec nous, nous leur avons dit comment, c'est-à-dire qu'ils doivent suspendre de manière vérifiable leurs activités d'enrichissement d'uranium», avait déclaré de son côté lundi le président George W. Bush, à l'issue d'une rencontre avec le premier ministre israélien Éhoud Olmert à la Maison-Blanche.

Révision de stratégie

George W. Bush a lancé une vaste revue d'ensemble interne de la politique irakienne par son administration, au moment où le président américain est soumis à une forte pression pour modifier sa stratégie, a révélé hier la Maison-Blanche.

Face à la persistance de l'instabilité depuis des mois en Irak et devant l'absence apparente de perspective, M. Bush n'a cessé d'assurer que son administration révisait «constamment la tactique» pour l'adapter aux conditions sur le terrain.

Mais cette révision est une nouvelle indication d'un changement possible de politique, que l'opinion américaine attend avec plus d'impatience depuis la défaite des amis républicains de M. Bush aux élections parlementaires du 7 novembre.

Elle a commencé «assez discrètement» il y a plusieurs semaines, mais M. Bush a réuni mardi ses responsables en charge de la sécurité nationale et a donné pour instruction que les conclusions de ce réexamen soient consignées dans un rapport, a indiqué le conseiller du président à la sécurité nationale, Stephen Hadley, à bord de l'avion présidentiel.

Une partition de l'Irak serait «complètement inacceptable» pour les États-Unis, a déclaré hier un responsable du département d'État, qui a mis un garde contre le coût humain d'une telle hypothèse.

«Une partition de l'Irak pourrait seulement se faire au prix de beaucoup de souffrance humaine et de violence et pourrait conduire à une dislocation qui serait à la fois profonde et complètement inacceptable, je pense, pour les Américains», a déclaré l'ambassadeur David Satterfield, le coordonnateur pour l'Irak au département d'État.

Un général optimiste

Le général John Abizaid, chef du commandement central de l'armée américaine, a pour sa part jugé hier qu'une augmentation du contingent américain en Irak ne constituait pas la solution aux problèmes de ce pays, où les violences ont atteint selon lui un niveau inacceptable. Interrogé par des sénateurs américains, il a en revanche formulé le souhait que les Irakiens prennent davantage la responsabilité de la sécurité de leur pays.

Le général Abizaid est le premier responsable militaire américain à s'exprimer au Capitole depuis la perte du contrôle du Congrès par le Parti républicain de George Bush lors des élections du 7 novembre.

«Je pense qu'un renforcement du contingent américain empêcherait les Irakiens d'en faire davantage, de prendre davantage la responsabilité de leur avenir», a dit le général Abizaid, commandant des forces américaines au Proche-Orient.

Il a exprimé son désaccord avec certains sénateurs américains prônant l'envoi de renforts pour diminuer les violences en Irak. Il s'est toutefois également opposé à un retrait des forces américaines en prévenant le Congrès que tout calendrier de retrait ou toute limitation des effectifs priverait les commandants sur le terrain de la «flexibilité» nécessaire. Les militaires déjà présents sur place devraient être davantage affectés à la formation des forces irakiennes, a-t-il proposé.



Des reproches de McCain

Le sénateur républicain John McCain a reproché au général Abizaid de ne recommander que le statu quo. «Je suis bien sûr déçu que, fondamentalement, vous défendiez ici aujourd'hui le statu quo, dont, je crois, le peuple américain a dit lors des dernières élections qu'il ne constituait pas un état acceptable», a déclaré l'élu de l'Arizona.

Les démocrates, qui vont désormais contrôler les deux Chambres du Congrès, ont réclamé une nouvelle stratégie pour l'Irak, et beaucoup réfléchissent à un moyen de sortir de ce pays. Carl Levin, futur président de la commission sénatoriale des Forces armées, a réclamé un début de retrait militaire dans un délai de quatre à six mois. Il a renouvelé cet appel hier et invité les Irakiens à se prendre en charge. «Nous devrions confier la responsabilité de l'avenir de l'Irak exactement à ceux auxquels il appartient, les Irakiens», a-t-il dit.

Contrairement aux responsables civils du Pentagone, le général Abizaid a régulièrement fourni au Congrès une évaluation franche de la situation en Irak. En août, il avait déclaré au Sénat que les violences confessionnelles en Irak étaient les pires qu'il ait jamais vues et qu'elles pourraient conduire à une guerre civile.

Hier, il a fait part de son optimisme quant à la capacité de l'armée américaine de stabiliser l'Irak. «L'évolution des défis en matière de sécurité en Irak nécessite des évolutions de notre propre approche afin de parvenir à la stabilité, a-t-il dit. Je reste optimiste sur le fait que nous pouvons stabiliser l'Irak.»

Il a également assuré que le niveau de violences avait baissé: «Je ne dirais pas que nous avons franchi un tournant dans ce domaine, mais [la situation] n'est plus aussi mauvaise qu'en août.»