Les démocrates reprennent aussi le Sénat à la suite des élections

La victoire de Jim Webb, en Virginie, a donné la majorité au Sénat aux démocrates.
Photo: Agence Reuters La victoire de Jim Webb, en Virginie, a donné la majorité au Sénat aux démocrates.

Les démocrates ont finalement obtenu la majorité au Sénat hier soir, au lendemain des élections de mi-mandat qui avaient déjà permis aux démocrates de reprendre la majorité à la Chambre des représentants. Les démocrates ont donc repris le plein contrôle du Congrès pour la première fois depuis 1994. Chose certaine, la défaite est difficile à encaisser pour les républicains. Mais si le président américain George W. Bush a reconnu porter une large part de responsabilité dans la défaite de son parti, il a pris soin d’ajouter que le résultat des élections ne rimerait pas avec un retrait d’Irak.

Au Sénat, dont un tiers des 100 sièges était renouvelé, les démocrates devaient reprendre six sièges aux républicains pour s’emparer de la majorité. Ils en avaient déjà pris cinq mardi: le Missouri, la Pennsylvanie, l’Ohio, le Rhode Island et le Montana. Bien que dans ce dernier État, le sénateur républicain sortant, Conrad Burns, refusait toujours de concéder la victoire à son adversaire démocrate, Jon Tester.
Le contrôle du Sénat s’est toutefois joué en Virginie, où le démocrate Jim Webb l’a finalement emporté hier soir sur le républicain George Allen. Le sénateur républicain sortant pourrait toutefois réclamé un recomptage, ce qui prolongerait l’attente de trois semaines. Avec la victoire de Jim Webb, les démocrates comptent 51 sièges au Sénat contre 49 pour leurs adversaires républicains.
Les démocrates s’étaient déjà emparés de la majorité à la Chambre des représentants. Ces élections de mi-mandat leur ont permis de progresser d’une trentaine de sièges, alors qu’un gain de 15 sièges leur suffisait pour redevenir majoritaires au sein de cette assemblée de 435 élus, qui était entièrement renouvelée mardi. Les démocrates vont donc prendre la tête des différentes commissions de la Chambre, ce qui va leur donner la possibilité d’enquêter sur les aspects les plus contestés de la politique de George W. Bush, notamment dans les domaines diplomatiques, militaires et énergétiques.

Bush se sent responsable
Le président s’est par ailleurs dit «en grande partie responsable» de la défaite de mardi. «J’ai compris que les gens n’étaient pas d’accord avec certaines de mes décisions», a-t-il soutenu. Le président a également reconnu lui-même que sa politique en Irak, pays envahi en mars 2003 par les forces américaines et plongé depuis dans une spirale de violences, ne «fonctionnait pas assez bien, et pas assez vite».
Il a ajouté qu’il était d’accord avec son secrétaire à la Défense, Donald Rumsfeld, qui a démissionné hier, sur le fait qu’il fallait adopter une «nouvelle perspective» sur le dossier irakien, tout en soulignant que le résultat des élections ne signifiait pas que les États-Unis étaient prêts à retirer leurs soldats d’Irak. «Les gens qui vont observer cette élection, l’ennemi, vont dire, eh bien, cela doit signifier que l’Amérique va partir [d’Irak]. La réponse est non [...] les démocrates vont soutenir nos troupes exactement comme les républicains [...] Les Irakiens doivent bien comprendre cette élection.»

Main tendue aux démocrates
Outre les élections au Sénat et à la Chambre des représentants, les démocrates ont aussi enregistré des gains importants pour les postes de gouverneurs, en reprenant six États aux républicains et en obtenant une majorité de voix au plan national. Ils ont également remporté la majorité des assemblées d’État. Seul motif de satisfaction pour les conservateurs, les électeurs de sept États ont rejeté le mariage homosexuel lors de référendums organisés parallèlement aux scrutins locaux.
Conscient de son recul, le président a d’ailleurs exhorté hier républicains et démocrates à s’entendre sur des dossiers essentiels, comme celui du financement de la sécurité sociale. «Il est très important que les gens apportent des idées, que ces gens soient républicains ou démocrates. Si ce n’est pas le cas, rien ne pourra se faire», a-t-il dit lors d’une conférence de presse.
Il a estimé que des terrains d’entente pourraient être trouvés entre démocrates et républicains au Congrès sur des dossiers comme le salaire minimum. «Je crois que nous pouvons trouver un terrain d’entente sur de nombreux sujets, et il y a une différence notable entre trouver un terrain d’entente et abandonner ses principes», a-t-il dit. Les démocrates se sont engagés à augmenter le salaire minimum horaire, actuellement de 5,15 $ et qui n’a pas été revalorisé depuis septembre 1997.
Les dépenses pour les retraites et l’assurance-maladie devraient peser de plus en plus lourd sur le budget américain avec l’arrivée à la retraite de la génération du baby-boom, et M. Paulson a parlé à ce sujet du «plus grand dossier économique auquel le pays est confronté». Les démocrates devraient aussi s’attaquer à la politique de l’immigration, alors que les États-Unis se sont lancés dans la construction d’un mur à la frontière avec le Mexique. Et l’un des dossiers les plus ardus sera le programme de baisses d’impôts de M. Bush, qui arrive à expiration en 2010. Les démocrates y sont très hostiles parce qu’à leur avis il favorise surtout les riches, mais le président a un droit de veto qui rendra toute action difficile.

Le monde réagit timidement
La défaite des républicains aux élections de mi-mandat a été accueillie hier avec circonspection dans le monde, même au Moyen-Orient, personne ne pariant sur de grands changements dans la politique américaine. Le Vénézuélien Hugo Chavez a été le seul chef d’État à se réjouir ouvertement de cette «raclée pour le président américain». En revanche, aucun enthousiasme n’était perceptible ni à Bagdad, ni dans le monde arabe, même si les démocrates ont réclamé une nouvelle politique en Irak. Le premier ministre canadien, Stephen Harper, a jugé que ce scrutin ne changeait rien aux relations canado-américaines.
La victoire démocrate aux élections de mi-mandat n’a aussi guère eu de répercussions sur les marchés financiers mondiaux: Wall Street a clôturé sur un nouveau record, tandis que le dollar a un peu rebondi après un bref fléchissement.
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Avec l’Agence France-Presse, la BBC, CNN et Reuters