Bush désavoué

Le président américain George W. Bush débarque sur le parterre de la Maison-Blanche après avoir voté au Texas, hier, jour d’élections législatives aux États-Unis. Les démocrates espéraient prendre le contrôle de la Chambre des représentants
Photo: Agence Reuters Le président américain George W. Bush débarque sur le parterre de la Maison-Blanche après avoir voté au Texas, hier, jour d’élections législatives aux États-Unis. Les démocrates espéraient prendre le contrôle de la Chambre des représentants

Une vague démocrate a déferlé sur les États-Unis, hier, où les républicains ont perdu le contrôle de la Chambre des représentants pour la première fois en 12 ans et voyaient, au moment de mettre sous presse, leur majorité fortement menacée au Sénat.Les électeurs américains allaient aux urnes hier dans le cadre de législatives de mi-mandat considérées comme un référendum sur le président George W. Bush et la guerre en Irak.

La percée démocrate va contraindre M. Bush à une laborieuse cohabitation pendant les deux dernières années de sa présidence.
Les démocrates cherchaient à reconquérir le contrôle du Congrès, dans au moins une des deux Chambres, pour la première fois depuis 1994. Il leur fallait augmenter à la Chambre des représentants leur députation de 15 sièges pour obtenir la majorité. En fin de soirée, ils avaient conquis 21 sièges de représentants aux républicains dans des États baromètres comme l’Indiana, le Kentucky, le Connecticut et l’État de New York.
Sur CNN, le président du Parti démocrate, Howard Dean, avait estimé plus tôt que si les sièges de l’Indiana basculaient dans le camp démocrate, «nous gagnerions sans doute, je crois, la totale» majorité de la Chambre des représentants.
Au Sénat, il leur fallait ravir six sièges aux républicains, ce qui représentait un défi autrement plus grand. Au moment de mettre sous presse, les démocrates en avaient enlevé trois aux républicains dans les États clé de l’Ohio, de la Pennsylvanie et du Rhode Island (où le républicain sortant, Lincoln Chafee, était pourtant très critique du président Bush). Il leur fallait encore s’emparer de trois sièges dans quatre États jugés prenables: la Virginie, le Tennessee, le Missouri et le Montana — où toutes les luttes étaient très serrées. Les démocrates auront du reste réussi, selon les projections de CNN, à conserver deux sièges, au New Jersey et au Maryland, que les républicains menaçaient de leur arracher.
Ailleurs, le socialiste indépendant, Bernie Sanders, proche des démocrates, a facilement été élu sénateur du Vermont.
La sénatrice Hillary Clinton a été réélue sans problème dans l’État de New York. Comme l’indépendant Joe Lieberman, ex-démocrate qui a perdu l’investiture du parti pour avoir adopté une position proguerre, au Connecticut.
Quelque 200 millions d’électeurs étaient appelés à élire ou réélire les 435 membres de la Chambre des représentants, 33 des 100 sénateurs et 36 des 50 gouverneurs d’État. Les deux camps ont déployé des efforts considérables pour mobiliser leur base respective, ce qui semblait annoncer un taux de participation électoral inhabituellement élevé. À l’occasion des législatives de mi-mandat, les Américains boudent traditionnellement les urnes dans des proportions de l’ordre de 60 %.
M. Bush a voté dans une caserne de pompiers de son fief texan de Crawford, en encourageant ses concitoyens à l’imiter. «Faites votre devoir, votez et faites-vous entendre!», a lancé le président, qui pendant dix jours a multiplié les réunions électorales dans le pays. Il a suivi la soirée électorale depuis la Maison-Blanche.
Les démocrates ont tout fait pendant la campagne pour faire de ces élections un référendum sur l’impopulaire président et la guerre en Irak, où plus de 2800 militaires américains ont jusqu’à maintenant trouvé la mort. Une victoire démocrate serait «un mandat pour faire autre chose en Irak», a estimé M. Dean sur Fox, affirmant sa volonté de «stabiliser la situation et partir». Contrairement aux élections de 2002 et 2004, où le Parti républicain était clairement le parti que l’électorat jugeait le plus fiable en matière de sécurité nationale et de lutte antiterroriste, les sondages ont montré que l’opinion perdait radicalement foi dans le GOP et sa stratégie irakienne.
«C’est un grand soir pour les démocrates, n’est-ce pas? Je veux vous remercier de vous être prononcés pour le changement», a déclaré Hilllary Clinton à la foule de ses supporters, réunis dans un grand hôtel de New York. «Le message ne pouvait être plus clair: il est temps de prendre une nouvelle voie!»
Le démocrate Keith Ellison est devenu le premier Américain musulman élu aux Congrès en remportant un siège de député dans le Minnesota. La victoire démocrate fera une autre première: Nancy Pelosi, représentante de Californie, deviendra la première femme de l’histoire du pays présidente de l’une des deux chambres du Congrès. Elle deviendra également le troisième personnage de l’État après le président et le vice-président.
Six nouveaux gouverneurs démocrates ont en outre été élus, ce qui n’a pas empêché le républicain Arnold Schwarzenegger de conserver son poste en Californie. Le démocrate Deval Patrick est devenu le premier Afro-Américain a être élu gouverneur du Massachusetts.
Servis par de affaires de corruption et des scandales sexuels qui ont frappé le Parti républicain et la droite religieuse, les démocrates espéraient aussi que des référendums locaux sur le relèvement du salaire minimum mobiliseraient des électeurs en leur faveur. Quant aux républicains, ils misaient, pour mobiliser leur base, sur des référendums sur l’interdiction du mariage homosexuel organisés dans huit États. Les électeurs d’au moins quatre d’entre eux (Caroline du Sud, Virginie, Wisconsin et Tennessee) se sont prononcés contre le mariage homosexuel. En Caroline du Sud, le non au mariage a atteint 80 %.
La principale question que pose une victoire démocrate est la suivante: présidence et Congrès chercheront-ils le compromis ou l’affrontement? L’électorat américain souhaite en grande partie voir la classe politique gouverner au centre et les deux partis mieux collaborer. Dans les faits, la victoire donnera aux démocrates une plus grande influence au sein des comités du Congrès, les autorisant à ouvrir des enquêtes sur la guerre en Irak et à résister à l’administration Bush en matière fiscale.

Pépins techniques
La journée électorale s’est amorcée sur une série de pépins techniques — encore qu’apparemment mineurs — relevés dans le processus de votation dans plusieurs États, principalement en raison des nouvelles machines à voter électroniques mises en place pour éviter une réédition du cauchemar de l’élection présidentielle en 2000. Certains des pires problèmes ont été rapportés dans une circonscription de l’Indiana englobant Indianapolis, où l’on a eu du mal à faire démarrer les appareils dans la moitié des 914 bureaux de vote, en partie pour cause de travailleurs d’élections inadéquatement formés.
Républicains et démocrates, qui se sont lancé des accusations de fraude et d’intimidation d’électeurs, avaient déployé une armée d’avocats et d’observateurs dans les bureaux de vote.
Deux ans après le chaos de 2000, était adopté le Help America Vote Act, une loi prévoyant la plus importante opération de modernisation de l’équipement de votation dans l’histoire du pays. On évalue que le tiers des circonscriptions du pays utilisaient hier de nouvelles technologies de vote et que jusqu’à 55 millions d’électeurs s’en trouveraient potentiellement affectés.
Selon «Protéger les élections», une opération montée par plusieurs organisations, dont l’Association nationale pour la promotion des gens de couleur (NAACP), plus de 250 irrégularités ont été relevées dans l’Ohio, et entre 51 et 250 incidents dans plusieurs autres États (New York, Californie, Texas, Arizona, Michigan, Géorgie).
Une autre association, Common Cause, a affirmé avoir reçu hier des milliers d’appels d’électeurs se plaignant d’irrégularités. «Les plaintes sont de toutes sortes. Mais cela concerne principalement les machines à voter électroniques. Il est clair que les gens ne font pas confiance à ces systèmes», a déclaré une porte-parole de Common Cause, Mary Boyle.