Vote attendu sur un mur à la frontière sud des États-Unis

Washington — Le Parti républicain du président Bush était déterminé hier à partir en campagne électorale en ayant pris au moins une mesure pour résoudre le problème de l'immigration clandestine: la construction d'un mur sur une large partie de la frontière avec le Mexique.

Le chef de la majorité au Sénat américain, Bill Frist, a annoncé hier qu'il comptait organiser un vote avant 3h du matin sur un projet de mur courant sur près de la moitié de la frontière, soit 1200 kilomètres sur un total de 3200 kilomètres.

En dépit de la suspension prévue hier soir des travaux parlementaires pour cause de campagne pour les élections parlementaires du 7 novembre, la Chambre des représentants s'affirmait décidée à siéger aujourd'hui même si nécessaire pour mettre la dernière main au texte.

La mesure pourrait être promulguée par George W. Bush au cours des prochains jours, à temps pour que certains élus la vantent lors de leurs réunions électorales.

Le mur de séparation avec le Mexique, financé dans le budget du ministère de la Sécurité intérieure, également en voie d'adoption, reste un des très rares éléments concrets issus du vaste débat sur l'immigration qui a occupé le Congrès pendant des mois en début d'année et provoqué au printemps dernier les plus grosses manifestations de l'histoire récente des États-Unis.

Objectifs ambitieux

Elle reste très en deçà des objectifs ambitieux du président, qui se heurte à l'aile la plus conservatrice de son parti pour faire adopter une vaste réforme migratoire alliant à la répression de l'immigration clandestine la régularisation des 11 millions de clandestins vivant aux États-Unis, ainsi qu'un plan pour encadrer le flux d'immigration non qualifiée venue du Sud.

Le 15 septembre encore, M. Bush avait promis qu'il poursuivrait ses efforts en ce sens. «Le Congrès doit adopter un plan global», avait-il dit, et «sur la durée, pour consolider la frontière, il faut un plan de travail rationnel».

Il avait toutefois dû convenir qu'il n'avait plus de «calendrier» pour mener à bien une réforme qui avait pourtant semblé tout près d'aboutir quand le Sénat l'avait votée, en mai. Depuis lors, l'intransigeance des dirigeants républicains de la Chambre y a mis un coup d'arrêt.

Le texte semblant en passe d'être adopté prévoit la construction d'ici au 31 décembre 2008 de quelque 1200 kilomètres de clôture sur des tronçons particulièrement vulnérables de la frontière avec le Mexique, notamment dans le désert meurtrier de l'Arizona.

Il se complète avec l'installation d'une «barrière virtuelle» déjà annoncée par le ministère de la Sécurité intérieure la semaine dernière, comprenant 1800 tours équipées de caméras et de détecteurs, le long des frontières des États-Unis avec le Mexique mais aussi le Canada.

Financement

Certains observateurs soulignent toutefois que le projet de mur souffre de difficultés de financement: le budget pour 2007 pour la sécurité intérieure dégage 1,2 milliard de dollars pour ces travaux de grande ampleur alors qu'une précédente mesure votée par le Sénat, prévoyant la construction de moins de 1000 kilomètres de mur, avait été évaluée au printemps à 1,8 milliard de dollars.

Le chef de la majorité au Sénat, Bill Frist, a convenu qu'il ne s'agissait que d'une «première étape» d'une réforme migratoire plus complète.

Mais le sénateur démocrate Edward Kennedy, fer de lance d'un projet plus généreux, a souligné que «les murs ne fonctionnaient pas» pour stopper l'immigration clandestine, qui, pour près de moitié, résulte de permis de séjour expirés. Sans compter que «des mesures répressives inutiles sont également nocives pour les relations des États-Unis avec le Mexique et d'autres pays».

Au début du mois, le Mexique avait jugé «regrettable» le projet de mur.