Menaces américaines en septembre 2001 - Bush et Musharraf éludent la polémique

Les deux chefs d’État ont tenu une conférence de presse commune à l’issue d’un entretien à la Maison-Blanche.
Photo: Agence Reuters Les deux chefs d’État ont tenu une conférence de presse commune à l’issue d’un entretien à la Maison-Blanche.

Washington — Les présidents américain, George W. Bush, et pakistanais, Pervez Musharraf, ont réaffirmé hier leurs liens étroits dans la «guerre contre le terrorisme», mais ils ont éludé la polémique sur les menaces de bombardement qu'auraient proférées Washington contre le Pakistan en 2001.

Lors d'une conférence de presse commune tenue à l'issue d'un entretien à la Maison-Blanche, M. Bush s'est déclaré «déconcerté» par les affirmations de son homologue pakistanais sur ces menaces de bombardement évoquées dans une entrevue accordée à la chaîne de télévision américaine CBS.

«J'ai entendu parler de cela pour la première fois en lisant les journaux ce matin. Je pense que j'ai été déconcerté par la rudesse des termes», a déclaré le président américain, qui n'a cependant pas nié explicitement qu'il ait pu y avoir des menaces.

De son côté, Richard Armitage, ancien secrétaire d'État adjoint américain, a démenti, hier dans un entretien accordé à CNN, avoir proféré de telles menaces après les attentats du 11 septembre 2001.

«Jamais je n'ai menacé de faire usage de la force militaire», a déclaré M. Armitage sur la chaîne américaine.

«Je n'y étais pas autorisé», a-t-il ajouté, reconnaissant cependant qu'il a transmis une série d'exigences, sans négociation possible, dans lesquelles les États-Unis souhaitaient s'assurer de la coopération du Pakistan dans leur offensive contre le régime des talibans en Afghanistan.

Le porte-parole de la Maison-Blanche, Tony Snow, a déclaré pour sa part que «la politique des États-Unis n'était pas de lancer des menaces de bombardement, la politique des États-Unis était de dire au président Musharraf: "Nous avons besoin que vous fassiez un choix".»

Dans une entrevue qui a été rendue publique jeudi et qui doit être diffusée demain par CBS, M. Musharraf a déclaré avoir reçu des menaces américaines après les attentats du 11-Septembre, si son pays ne coopérait pas dans la lutte contre le terrorisme.

«Le directeur des services de renseignement m'a rapporté que M. Armitage avait dit: "Soyez prêts à être bombardés. Soyez prêts à revenir à l'âge de pierre"», a déclaré le dirigeant pakistanais.

Hier, M. Musharraf a éludé le sujet en expliquant qu'il allait publier lundi prochain un livre évoquant ces informations et qu'il ne souhaitait pas faire de commentaires avant la publication.

Le président pakistanais a par ailleurs démenti que l'accord de paix conclu avec les chefs de tribu dans la zone frontalière de l'Afghanistan était un pacte déguisé avec les talibans.

«Ce traité n'est pas un arrangement avec les talibans. Il est destiné à combattre les talibans», a-t-il déclaré.

Les autorités pakistanaises avaient annoncé, le 5 septembre, la conclusion d'un «accord de paix» avec les militants islamistes pro-talibans de la zone tribale pakistanaise frontalière de l'Afghanistan, pour mettre un terme à plus de deux ans de troubles.

L'accord a été sévèrement critiqué par des experts et des responsables politiques américains, qui craignent que le gouvernement pakistanais n'ait été trop conciliant et qui s'inquiètent de voir les insurgés trouver plus facilement refuge dans les zones frontalières.

M. Bush a salué l'action de son homologue pakistanais dans la lutte contre le terrorisme et a souligné qu'al-Qaïda avait tenté de l'assassiner plusieurs fois: «C'est un dirigeant solide et volontaire qui est devenu la cible de ceux qui ne supportent pas que la modération l'emporte.»

Plus tôt dans la semaine, MM. Bush et Musharraf avaient affiché publiquement leur désaccord sur la traque du chef d'al-Qaïda, Oussama ben Laden.

Le président américain avait affirmé, dans un entretien donné à CNN, qu'il était prêt à traquer et à abattre Ben Laden et d'autres terroristes au Pakistan. Mais M. Musharraf avait indiqué qu'il n'était pas favorable à une intervention des États-Unis sur son territoire, même si c'était pour traquer des terroristes.