Négociations à l'OMC - Washington veut toujours un accord mais le temps est compté

Susan Schwab, représentante spéciale américaine pour le commerce.
Photo: Agence France-Presse (photo) Susan Schwab, représentante spéciale américaine pour le commerce.

Washington — Le nouvel échec des discussions au sein de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) inquiète aux États-Unis car un accord risque de ne pas être conclu avant l'expiration du mandat spécial de négociation donné à l'administration Bush par le Congrès.

Le président George W. Bush et le secrétaire général des Nations unies Kofi Annan ont convenu, lundi soir lors d'un entretien téléphonique, que «les discussions de l'OMC sont à un stade critique et que la réussite des négociations constitue une priorité», selon Frederick Jones, porte-parole du Conseil à la sécurité nationale des États-Unis.

«Nous n'avons pas l'intention d'abandonner nos espérances», a affirmé Susan Schwab, la représentante spéciale américaine pour le commerce (USTR), à l'issue de la réunion de Genève qui s'est conclue samedi sur un constat de désaccord entre les 149 partenaires.

«Nous sommes déçus mais nous ne sommes pas découragés. En octobre, les États-Unis ont pris le risque qui incombe à ceux qui souhaitent diriger en mettant sur la table une importante offre en matière agricole. Ils s'attendaient à ce qu'elle fasse l'objet de propositions similaires de la part des autres, mais cela n'a pas encore été le cas», a-t-elle regretté.

Les Américains n'ont pas vraiment apprécié de se retrouver en position d'accusés à Genève, confrontés à des pays en développement les accusant d'exiger un plus grand accès des produits américains à leurs marchés sans offrir en contrepartie une réduction substantielle de leurs subventions agricoles.

Jusqu'ici, les États-Unis se cachaient derrière les Européens, affirmant que leur offre faite en octobre de réduire de 60 % les aides versées aux paysans américains obligeait l'Union européenne à se montrer tout aussi ambitieuse.

Cette tactique a montré ses limites lors de la réunion de Genève et, face à un Congrès peu disposé à faire d'autres concessions dans le domaine agricole en année électorale, l'administration Bush se retrouve quelque peu le dos au mur.

Chuck Grassley, l'influent sénateur de l'État agricole de l'Iowa, et par ailleurs président de la commission des Finances également chargée du commerce international, s'est dit «déçu» samedi mais satisfait que Mme Schwab ait «tenu bon sur l'accès au marché».

Le lobby agricole n'est pas le seul souci de l'administration Bush alors que se profilent les élections de mi-mandat en novembre.

Le mandat de négociation «Trade Promotion Authority» (TPA) qu'elle a reçu du Congrès expire à la mi-2007 et la balle reviendra ensuite dans le camp des parlementaires.

Ceux-ci sont, en vertu de la Constitution américaine, chargés de négocier les accords internationaux. Mais pour faciliter les choses, ils délèguent ces pouvoirs à l'administration, à charge pour elle de revenir devant eux pour les faire voter.

Dans le cadre du TPA, le Congrès n'a même pas le droit d'amender l'accord et doit l'accepter ou le rejeter en bloc.

Compte tenu des enjeux, il est toujours difficile pour la Maison- Blanche d'obtenir une telle loi. Le démocrate Bill Clinton l'avait laissée expirer en 1994 et son successeur, le républicain George W. Bush, a eu beaucoup de mal à l'obtenir à nouveau en 2002.

Si ses collègues républicains sont actuellement majoritaires au Congrès, les élections de novembre s'annoncent difficiles et rien ne dit qu'il obtiendra une prolongation au-delà de juillet 2007.

«Le temps est compté dans ces négociations», a souligné Chuck Grassley.

Quant aux conséquences pour les États-Unis d'un échec définitif à l'OMC, elles risquent d'être cuisantes car, en tant que première économie mondiale, ils ont besoin d'une plus grande ouverture des marchés pour nourrir leur croissance.

L'ancien président de la banque centrale américaine, Alan Greenspan, évoquait la menace d'un retour au protectionnisme comme l'un des plus grands risques pour l'économie américaine et mondiale.