Katrina: «un échec national»

Washington — «Une litanie de fautes, d'erreurs de jugement, de défaillances et d'absurdités en cascade»: le cyclone Katrina de la fin août a été géré en dépit du bon sens, selon un rapport parlementaire qui met un membre du gouvernement américain, Michael Chertoff, au banc des accusés.

Au total, «Katrina représente un échec national, une abdication du devoir le plus solennel d'assurer le bien public», affirme la commission spéciale de la Chambre des représentants qui a mené l'enquête depuis septembre, dont le rapport complet est attendu demain.

La Maison-Blanche est également mise en cause dans le rapport: «L'équipe de sécurité nationale du président n'a pas bien vérifié ni analysé les informations dont elle disposait, pas plus qu'elle n'y a bien réagi.» Plus précisément, le rapport confirme que la présidence avait été avertie des ruptures de digues de La Nouvelle-Orléans au soir même de la tempête, le lundi 29 août — alors même que, le lendemain, le président George W. Bush, en vacances au Texas, s'était déclaré soulagé de voir que La Nouvelle-Orléans avait «esquivé le coup».

Les services de météorologie nationale à La Nouvelle-Orléans avaient décelé la rupture d'une première digue dès le lundi matin, une information alors relayée par les médias locaux.

Plus de douze heures plus tard, la Maison-Blanche était prévenue que «environ les deux tiers ou 75 % de la ville étaient submergés», souligne le rapport.

Alors que la gravité du cyclone avait été prévue par les services de météorologie avec 56 heures d'avance, le ministre de la Sécurité intérieure Michael Chertoff n'a pas déclenché le niveau d'alerte suffisant.

Cette inaction a poussé les responsables sur le terrain à «prendre la décision difficile de court-circuiter les procédures établies», d'où une désorganisation des opérations, explique le rapport.

Il est notamment reproché au ministère de la Sécurité intérieure de «n'avoir pas anticipé les conséquences probables de la tempête, ni fourni les cars, bateaux et avions qui se sont révélés nécessaires pour évacuer la ville inondée avant le déferlement de Katrina». Un seul responsable gouvernemental a été limogé après Katrina, le directeur de la FEMA Michael Brown.

Lors d'une audition parlementaire vendredi, M. Brown a fait étalage de ses affrontements avec M. Chertoff, expliquant avoir choisi de s'adresser directement à la Maison-Blanche dans un souci d'efficacité.

Hier M. Chertoff, qui doit être entendu aujourd'hui au Sénat, a contre-attaqué en annonçant une réforme du fonctionnement de la FEMA, centrée sur l'amélioration des circuits logistiques et des moyens de communication. Il a rejeté certaines accusations portées contre lui, tout en déclarant assumer la responsabilité de ses erreurs.

Dans leurs efforts pour aider les victimes de l'ouragan, les autorités américaines ont gaspillé des millions de dollars et versé des sommes excessives pour loger des sinistrés à l'hôtel, montrent deux audits publiés hier.

Les deux rapports épinglent des erreurs de comptabilité, ainsi que des cas de fraude et de mauvaise gestion dans le cadre d'une étude initiale sur la manière dont 85 milliards d'aide fédérale ont été dépensés.

Les audits publiés hier estiment que jusqu'à 900 000 personnes ont bénéficié du programme d'aide financière d'urgence de la FEMA, l'agence fédérale de gestion des secours d'urgence, alors que les informations communiquées sur leur identité étaient fausses.

Des milliers de dollars supplémentaires ont été gaspillés dans la location de chambres d'hôtels pour les sinistrés, qui ont été payées au détail. Les enquêteurs évoquent notamment le financement de chambres à 438 $ par jour à New York et des appartements en front de mer à Panama City à 375 $ la nuit.

Les deux audits conduits par des organismes officiels ont été publiés hier par la commission sénatoriale sur la sécurité intérieure, qui a achevé son enquête sur l'état de préparation et la réaction du gouvernement américain à la catastrophe.