Discours sur l'état de l'Union - Bush veut réduire la pétrodépendance et garder le cap en Irak

Washington — Dans son discours sur l'état de l'Union, le président américain George Bush a rejeté hier soir la tentation de «l'isolationnisme et du protectionnisme» et appelé les États-Unis à sortir de leur «état de dépendance vis-à-vis du pétrole».

À neuf mois des élections de mi-mandat, que l'opposition démocrate entend mettre à profit pour se renforcer au Congrès, le président américain, en difficulté dans les sondages, a adopté un ton tour à tour offensif et optimiste au long des 52 minutes de son intervention suivie en direct par des millions de téléspectateurs.

«Les États-Unis ne se retireront pas du monde, et nous ne capitulerons pas devant le mal», a-t-il clamé de la tribune du Sénat, dont les banquettes bondées réunissaient toutes les élites politiques de Washington.

Insistant sur la nécessité pour les États-Unis de ne pas abandonner leurs engagements «en cette période d'épreuve», il a estimé qu'«un retrait soudain de nos forces en Irak abandonnerait nos alliés irakiens à la mort et à la prison, placerait au pouvoir d'un pays stratégique des hommes comme Ben Laden et Zarkaoui et démontrerait qu'une promesse de l'Amérique ne vaut pas grand'chose».

Balayant les doutes sur les motifs de l'intervention de mars 2003 et les accusations de mensonges portées contre son administration — ce sont là «des décisions et des débats qui appartiennent au passé», a-t-il dit —, George Bush a souligné que la nation américaine «n'avait qu'une seule option: nous devons tenir parole, battre nos ennemis et soutenir l'armée américaine dans sa mission vitale».

Évoquant deux autres dossiers brûlants de la diplomatie, la victoire du Hamas aux élections législatives palestiniennes et la crise liée au nucléaire iranien, le président des États-Unis a appelé les dirigeants du Mouvement de la résistance islamique à «reconnaître Israël, désarmer, rejeter le terrorisme et oeuvrer à une paix durable» et a accusé les mollahs au pouvoir à Téhéran de «prendre en otage» le peuple iranien.

«Le gouvernement iranien défie le monde avec ses ambitions nucléaires, et les nations du monde ne doivent pas permettre que le régime iranien se dote d'armes nucléaires», a-t-il dit.

Pétrole

Confronté au mécontentement de ses concitoyens qu'alimente notamment la hausse du prix des carburants, George Bush a également esquissé dans son sixième discours du genre les contours d'un programme écologique visant à réduire la pétrodépendance de l'économie américaine en misant sur la technologie.

Le président républicain, issu des milieux pétroliers texans, a ainsi affiché un objectif de réduction de 75% des importations de pétrole en provenance du Moyen-Orient d'ici 2025 — objectif difficilement tenable cependant puisque cette région de la planète devrait alors représenter le quart de la production totale de pétrole.

«L'Amérique est en état de dépendance vis-à-vis du pétrole, qui est souvent importé de régions instables du globe», a-t-il souligné avant d'en appeler au «talent et à la technologie de l'Amérique» pour y mettre fin.

«Notre pays peut améliorer de manière spectaculaire notre environnement, dépasser une économie basée sur le pétrole, et faire de notre dépendance à l'égard du pétrole du Moyen-Orient une chose du passé», a poursuivi Bush sous les applaudissements nourris des sénateurs et des représentants.

Mais ses détracteurs doutent de la sincérité du 43e président des Etats-Unis, souvent dépeint comme un dirigeant sous l'influence du lobby pétrolier, et ne font guère de cas des annonces présidentielles en faveur des énergies propres et renouvelables.

«Le président doit en finir avec ses promesses creuses et agir véritablement pour réduire notre dépendance à l'égard du pétrole étranger, l'avenir des États-Unis en dépend», déclare le démocrate Ed Markey, élu du Massachusetts à la Chambre des représentants.

Avec ce discours, George Bush donnait d'une certaine manière le coup d'envoi de l'année électorale aux États-Unis. En novembre, les élections intermédiaires renouvelleront partiellement le congrès des États-Unis. Le cap est toujours difficile pour un président en cours de second et dernier mandat.